L'armée américaine compte apporter un soutien "plus limité" aux alliés de Washington en Europe pour donner la priorité à la sécurité intérieure et la dissuasion vis-à-vis de la Chine, a annoncé vendredi le Pentagone dans sa nouvelle stratégie de défense.
La "Stratégie de défense nationale 2026" marque une rupture avec la politique passée du Pentagone, tant par l'accent mis sur le fait que les alliés des Etats-Unis doivent assumer davantage la responsabilité de leur défense que par un ton plus modéré à l'égard des ennemis traditionnels des Etats-Unis que sont la Chine et la Russie.
"Tandis que les forces américaines se concentrent sur la défense de leur territoire et de la région indo-pacifique, nos alliés et partenaires assumeront la responsabilité de leur propre défense, avec un soutien essentiel mais plus limité de la part des forces américaines", peut-on lire dans le document, publié à l'issue d'une semaine de crise inédite entre Washington et ses alliés de l'Otan concernant le Groenland.
La précédente stratégie de défense nationale, publiée sous la présidence du démocrate Joe Biden, décrivait la Chine comme le défi le plus important pour Washington, et affirmait que la Russie représentait une "menace grave".
Mais le nouveau document préconise, lui, des "relations respectueuses" avec Pékin, sans faire aucune mention de Taïwan, allié des États-Unis, que la Chine revendique comme son territoire, et décrit la menace russe comme "persistante mais gérable", affectant ainsi plusieurs membres de l'Otan.
Les stratégies de défense de Joe Biden et de Donald Trump soulignent toutes deux l'importance de la défense de la sécurité intérieure, mais leurs descriptions des menaces existantes diffèrent considérablement.
Le Pentagone "donnera la priorité aux efforts visant à fermer nos frontières, à repousser toute forme d'invasion et à expulser les étrangers en situation irrégulière", peut-on lire dans le document de 2026.
Joe Biden s'était, lui, concentré sur la Chine et la Russie, affirmant qu'elles représentaient "des défis plus dangereux pour la sécurité et la sûreté intérieure" que toute menace terroriste.
La "Stratégie de défense nationale 2026" ne fait également aucune mention des dangers liés au changement climatique, que l'administration Biden avait identifiés comme une "menace émergente".
- Doctrine Monroe -
A l'instar de la "Stratégie de sécurité nationale" publiée par la Maison Blanche début décembre, le Pentagone place l'Amérique latine au premier rang des priorités américaines.
Le Pentagone "rétablira la domination militaire des Etats-Unis au sein du continent américain. Nous l'utiliserons pour protéger notre patrie et notre accès aux zones clés de la région", peut-on lire dans le document.
Il s'agit du "Corollaire Trump à la doctrine Monroe", stipule la feuille de route.
Le président américain avait justifié l'opération de capture de son homologue vénézuélien Nicolas Maduro par la nécessité de restaurer la suprématie incontestée des Etats-Unis sur l'ensemble des Amériques, un signal qui pourrait inspirer la Chine et la Russie.
Il avait présenté cette opération nocturne à Caracas, la capitale du Venezuela, comme une remise au goût du jour de la doctrine Monroe, il y a plus d'un siècle, considérant que l'Amérique latine est la chasse gardée des Etats-Unis.
Les Etats-Unis mènent depuis septembre dernier une trentaine de frappes contre des embarcations de trafiquants présumés, ayant fait plus de 110 morts dans les Caraïbes et le Pacifique.
L'administration Trump n'a jamais fourni la moindre preuve que les navires visés étaient effectivement impliqués dans un quelconque trafic.
AFP

EXTRAIT : Discours de la servitude volontaire "Étienne de La Boétie"- Institut la Boétie
La Boétie s’étonne que l’être humain, né pour la liberté et pour la raison, soit, comme l’écrira plus tard Rousseau, « partout dans les fers ». Que le peuple, qui a le nombre et la force pour lui, se soumet aux volontés d’un seul, qui le maltraite. C'est ainsi – comme une charge éloquente contre le tyran, comme un appel à la désobéissance et à la révolte – que le discours a été lu. C’est comme tel qu’il a été mobilisé, tout au long de l’histoire, par les rebelles à l’ordre établi, depuis les adversaires de la monarchie absolue jusqu’aux résistants antifascistes, en passant par les contestataires du XIX siècle.
C’est qu’il ne suffit pas d’un tyran pour faire une tyrannie. Le tyran n’est pas capable, seul, d’imposer sa loi à tous. Considéré objectivement et isolément, il n’est qu’un petit homme, aussi faible qu’un autre. Si le peuple n’était pas, pour une part au moins, disposé à servir, le pouvoir du monarque serait nul. Et voilà précisément ce qui intéresse la Boétie : saisir ce qui permet au tyran et à son régime inique de « tenir » ; comprendre ce qui assure la consistance de l’ordre tyrannique, la pérennité de la domination, la stabilité d’un système social et politique que tous, ou presque, devraient refuser et mettre à bas. Sur quoi repose le pouvoir du tyran ? Pour que son ordre inique tienne, il faut que les sujets se tiennent tranquilles, passifs. Il faut, en un mot, qu’ils consentent.
Le Prince doit d’abord, en abusant du langage, dissimuler ses vrais motifs et travestir le sens de ses actes......
Le pouvoir doit aussi impressionner les sujets........
Le pouvoir doit savoir distribuer les ressources à ses affidés, dans les hautes sphères ; mais il doit aussi abandonner des miettes à une partie au moins de la population. Pour se l’attacher, les tyrans font largesse au menu peuple......
Le pouvoir du tyran repose également sur l’oubli et l’ignorance organisés.......
Dernière recette pour faire un peuple consentant : l’avilissement par le divertissement......
Voilà ce qui fait la force et l’inaltérable modernité de La Boétie : il a compris qu’il ne suffit pas de commander aux sujets ; il faut qu’ils soient « enchantés et charmés » par le pouvoir. Il faut créer et entretenir en eux une « opiniâtre volonté de servir ». Il faut des institutions et des pratiques qui non seulement rendent la tyrannie acceptable, mais installent le consentement, l’amour de l’ordre tyrannique, au cœur même du sujet. Ce sont ces institutions, ces pratiques que La Boétie nous invite à analyser pour mieux combattre leurs effets, en nous et dans la société