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Sommet de Maastricht: 25 ans aprĂšs, l'UE en proie au doute

  • PubliĂ© le 9 dĂ©cembre 2016 Ă  11:42
Photo de famille des dirigeants européens le 9 décembre 1991 à Maastricht

Vingt-cinq ans aprÚs le sommet de Maastricht, qui a jeté les bases de l'euro, l'UE marque vendredi, sobrement et sur fond d'euroscepticisme croissant, ce qui fut une avancée majeure dans l'intégration européenne.


Le patron de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, son homologue au Parlement européen Martin Schulz et le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, le "M. Euro", se retrouveront à Maastricht, pittoresque cité historique du sud des Pays-Bas, pour une conférence en l'honneur de ce 25e anniversaire.
"AprÚs Rome, le Traité de Maastricht est le plus important dans l'histoire de l'UE", selon M. Juncker, l'unique participant à ce sommet encore actif politiquement. Il était alors ministre des Finances du Luxembourg.
Le 9 décembre 1991, les chefs d'Etat et de gouvernement de douze pays européens, dont le Français François Mitterrand et l'Allemand Helmut Kohl, s'étaient accordés pour transformer la Communauté européenne en Union.
Le TraitĂ© de Maastricht, signĂ© deux mois plus tard --le 7 fĂ©vrier 1992-- fut ratifiĂ© d'extrĂȘme justesse par rĂ©fĂ©rendum en France et d'abord rejetĂ© par les Danois qui l'acceptĂšrent ensuite aprĂšs que Copenhague eut obtenu des clauses d'exemption. Il entra en vigueur le 1er novembre 1993.
Lors du sommet de Maastricht, les Douze affichÚrent des ambitions radicalement nouvelles, dépassant de loin le projet initial de la CEE de 1957 qui était de créer un "marché commun" pour sceller la réconciliation d'aprÚs-guerre entre la France et l'Allemagne.
Dans cette ville néerlandaise, toute proche de la Belgique et de l'Allemagne, ils créÚrent une Union qui devait se doter d'une monnaie unique et --c'était du moins l'ambition-- aussi d'une politique d'immigration, d'une police et d'une défense communes.
Mais ils avaient dĂ» reconnaĂźtre pour la premiĂšre fois qu'ils n'avaient pas tous la mĂȘme conception de leur avenir, Ă  commencer par le Royaume-Uni, qui obtint aussitĂŽt un "statut spĂ©cial" et, 25 ans aprĂšs, s'apprĂȘte Ă  sortir carrĂ©ment de l'UE.
"Le traité n'était certainement pas parfait. C'était le résultat d'un consensus entre les 12 pays membres, le plus petit dénominateur commun sur lequel ils pouvaient s'entendre", rappelle Julian Rappold, expert de l'institut de recherche allemand DGAP.
- Projet inabouti -
Dans un entretien avec les hÎtes néerlandais de la conférence de vendredi, Jean-Claude Juncker a avoué "continuer de regretter que nous n'ayons pas intensifié nos efforts pour avoir une réelle coordination de nos politiques économique, budgétaire et fiscale".
Pour le Luxembourgeois, qui fĂȘtera lui-mĂȘme son propre anniversaire vendredi --il aura 62 ans--, c'est la faille principale de ce TraitĂ©.
En jetant les bases de la future Union monétaire, lancée en 1999 avec 12 pays (actuellement la zone euro compte 19 membres), les dirigeants européens réunis il y a un quart de siÚcle à Maastricht n'ont pas su s'entendre pour présenter un projet totalement abouti.
"Si vous avez une mĂȘme monnaie, votre destin est liĂ© et par consĂ©quent vous devez coordonner, sinon harmoniser les diffĂ©rentes dimensions de votre politique nationale. Nous ne l'avons pas fait Ă  l'Ă©poque et nous continuons Ă  pĂątir de cette faiblesse", a admis M. Juncker.
L'éclatement de la crise bancaire en 2007-2008, qui s'est rapidement transformée début 2010 en crise des dettes souveraines et de l'euro avant de déferler sur le reste de l'économie a mis à jour les déficiences de l'Union monétaire, moins de dix ans aprÚs la mise en circulation des premiÚres piÚces de monnaie en euro.
Pour colmater les brÚches et sauver le systÚme, l'UE a lancé une Union bancaire et renforcé la discipline budgétaire --déjà mise en place avec les fameux (et impopulaires "critÚres de Maastricht"-- en matiÚre de déficits publics et de dettes, que la France et l'Allemagne s'étaient d'ailleurs empressés de ne pas respecter au milieu des années 2000.
"La question actuellement n'est plus: +Est-ce que l'on approfondit la zone euro+, mais plutĂŽt comment on l'approfondit ?", souligne M. Rappold.
Et c'est précisément là que les choses se corsent: les Allemands veulent avant tout un renforcement des contrÎles sur les budgets nationaux. Les Français, eux, insistent davantage sur l'intégration et favorisent une relance par la dépense.
Mais avec des élections cruciales dans ces deux pays en 2017, Berlin et Paris risquent de reporter à plus tard ce grand chantier.

- © 2016 AFP
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