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Sous le périph' parisien, un restaurant-squat contre le gaspillage alimentaire

  • PubliĂ© le 6 avril 2016 Ă  12:00
Des squatteurs, menacés d'expulsion, tiennent un restaurant "freegan" ou "déchétarien", dont le menu est concocté avec des invendus du marché de Rungis, sous le périphérique parisien, le 25 mars 2016

Au milieu d'un bloc de béton soutenant le périphérique parisien, une porte entrouverte : dans ce local municipal abandonné, des squatteurs menacés d'expulsion tiennent un restaurant "freegan" ou "déchétarien", dont le menu est concocté avec des invendus du marché de Rungis.


Dans une piĂšce de la taille d'une Ă©glise --1000 m2, 8 mĂštres sous plafond--, plongĂ©e faute de fenĂȘtres dans une semi-pĂ©nombre, tables, canapĂ©s et tapis rĂ©cupĂ©rĂ©s chez EmmaĂŒs, Ă©clairage minimaliste et musique douce donnent Ă  l'endroit une chaleur qui contraste avec la froideur du bĂ©ton. Autour du grand plan de travail, la dizaine de bĂ©nĂ©voles du "Freegan Pony" s'affaire.
"Velouté céleri pommes noisettes", "gratin pommes de terre et légumes", "compote de pommes et chocolat". PrÚs du menu unique écrit à la craie sur le tableau, la liste des "rescapés": 110 kilos de petits oignons, 52 kilos de pommes golden, 56 kilos de choux chinois... une liste chaque jour différente avec laquelle il faut improviser.
Des aliments rĂ©cupĂ©rĂ©s notamment le vendredi auprĂšs des grossistes du marchĂ© d'intĂ©rĂȘt national de Rungis, prĂšs de Paris, qui donnent ce qu'ils ne peuvent lĂ©galement plus vendre mais reste comestible.
"C'est à chaque fois un petit défi de se dire qu'à partir de produits invendus, on va réussir à faire plaisir à 80 personnes", le nombre de couverts assurés par soir du vendredi au lundi, explique Floriane, la chef du jour.
Selon l'ONU, prÚs d'un tiers de la nourriture produite dans le monde pour les humains est perdue ou jetée, soit approximativement 1,3 milliard de tonnes par an. Les projets visant à la récupérer se multiplient dans les pays développés.
Aladdin Charni, squatteur en chef et en série de 32 ans, explique vouloir "toucher des personnes qui ne connaissent rien au gùchis alimentaire". "Freegan" --contraction de "free" (gratuit) et vegan, ne pas consommer de produit issu des animaux ou de leur exploitation-- pragmatique plus que militant, il dit se nourrir dans les poubelles depuis sept ans. "Je mange mieux que tous mes amis", s'amuse-t-il.
- "Aventure quotidienne" -
Queue de cheval, barbe semi-taillée et regard doux, Aladdin s'est lancé dans cette "aventure quotidienne" en misant sur "la foi et un brin de folie". Les chefs, motivés par le défi, "n'ont pas de limites, ils sont autonomes", plaide Aladdin, "c'est la liberté!".
Ce fouineur, qui squatte depuis des années et occupe actuellement un logement à Aubervilliers, tout prÚs de là, a découvert le lieu en mai. "Il y avait des mÚtres cube de détritus, un centimÚtre de poussiÚre..." Avec ses acolytes, ils l'aménagent en six mois pour ouvrir le restaurant en novembre. Le manteau y est de mise, faute de chauffage.
Cela ne freine pas la clientÚle, des jeunes branchés pour la plupart; chaque semaine, le site de réservation est pris d'assaut en quelques minutes. Un succÚs qui s'explique aussi par le tarif: les convives versent ce qu'ils veulent en partant. Pas de service, on vient chercher son plat au comptoir.
Aladdin Charni n'en est pas Ă  son coup d'essai: depuis son premier squat en 2010, il enchaĂźne les projets. Le "Freegan Pony" doit son nom au "Poney Club", boucherie chevaline dĂ©saffectĂ©e du sud de Paris dans laquelle il a organisĂ© des "teufs". Il y a ensuite eu le trĂšs Ă©vocateur "Pipi Caca", toilettes publiques abandonnĂ©es prĂšs d'un mĂ©tro des Grands Boulevards qu'ils a transformĂ©es en lieu de fĂȘte la nuit, d'exposition le jour. Le "Freegan Pony" a aussi eu sa premiĂšre version dans un squat du centre de la capitale.
Pour que ce projet tienne plus longtemps, il faut survivre à l'épreuve de la justice. La mairie a engagé des poursuites et les occupants, qui risquent l'expulsion, attendent la décision du tribunal, jeudi.
"Il est hors de question qu'on aille ailleurs", assure Aladdin au sujet d'une éventuelle offre de relocalisation de la mairie. Cette derniÚre, mal à l'aise vis-à-vis d'un projet éthique mais illégal, n'a pas souhaité répondre à l'AFP avant le jugement.
Au problÚme de sécurité mis en avant dans ce type de procédures par la municipalité s'ajoute un autre paramÚtre sensible: les déchétariens ont fait venir dans leur squat des migrants afghans, qui dorment sur la mezzanine qui jouxte l'espace principal.

Par Pierrick YVON - © 2016 AFP
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