Sanction

Turquie: Erdogan limoge des responsables et s'en prend aux médias

  • PubliĂ© le 29 janvier 2022 Ă  20:32
  • ActualisĂ© le 30 janvier 2022 Ă  07:22
Le président turc Recep Tayyip Erdogan le 20 janvier au palais présidentiel à Ankara

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis samedi en garde les médias contre la diffusion de nouvelles "contraires aux valeurs et à la morale du pays", aprÚs avoir limogé le ministre de la Justice et le responsable des statistiques de l'inflation à dix-huit mois de l'élection présidentielle.

"Il est devenu nécessaire de prendre des mesures afin de protéger (les familles, les enfants et la jeunesse) contre les contenus nocifs des médias", affirme M. Erdogan dans un décret publié samedi, un geste immédiatement interprété comme une nouvelle tentative de faire taire les critiques.

M. Erdogan appelle les autorités à intenter "des actions en justice" pour lutter contre "les effets destructeurs" de certains contenus dans les médias, sans donner davantage de précisions.

- "Etat d'urgence contre les médias" -

Le président Erdogan vient de déclarer "un état d'urgence contre les médias", outre les arrestations de journalistes, a écrit sur Twitter Faruk Bildirici, journaliste et ombudsman reconnu.

L'homme fort de la Turquie a également limogé le chef de l'Office national des statistiques, Sait Erdal Dincer, selon un décret paru samedi, aprÚs la publication des chiffres annuels d'une inflation record.

M. Dincer avait été critiqué aprÚs avoir publié début janvier des données qui placent le taux d'inflation annuel à 36,1%, son plus haut niveau en 19 ans, dû à la dégringolade de la livre turque.

"J'ai une responsabilité vis-à-vis de 84 millions de personnes", avait fait valoir Sait Erdal Dincer, expliquant au quotidien économique Dunya qu'il ne lui était pas possible de publier des chiffres de l'inflation différents de ceux constatés par ses services.

"Je suis aujourd'hui Ă  la tĂȘte de ce service, demain cela pourrait ĂȘtre quelqu'un d'autre", avait-il dit dans cet entretien publiĂ© en janvier, comme s'il savait qu'il pouvait ĂȘtre rapidement limogĂ©.

L'opposition a néanmoins déclaré que le chiffre officiel était sous-estimé, affirmant que l'augmentation réelle du coût de la vie était au moins deux fois plus élevée.

- "Manque de confiance" -

Le prĂ©sident Erdogan, qui a limogĂ© trois gouverneurs de la Banque centrale depuis 2019, n'a pas expliquĂ© sa dĂ©cision de nommer Erhan Cetinkaya, ancien vice-prĂ©sident du rĂ©gulateur bancaire turc, au poste de chef des statistiques de l’État, Ă  la place de M. Dincer.

"Cette dĂ©cision ne fera qu'accroĂźtre le manque de confiance dans les donnĂ©es officielles dans un contexte oĂč la politique Ă©conomique est dĂ©jĂ  une source d'inquiĂ©tude", a estimĂ© l'analyste Timothy Ash de Blue Bay Asset.

Mais le prĂ©sident Erdogan, en position inconfortable Ă  dix-huit mois de l'Ă©lection prĂ©sidentielle, continue de dĂ©fendre ses choix. La hausse des prix Ă  la consommation, plus de sept fois supĂ©rieure Ă  l'objectif initial du gouvernement, Ă  13,58% sur le seul mois de dĂ©cembre, s'explique par la chute de prĂšs de 45% en un an de la livre turque face au dollar, malgrĂ© des mesures d'urgence annoncĂ©es par le chef de l’État mi-dĂ©cembre.

Conscient des dommages causés à sa cote de confiance, M. Erdogan avait promis début janvier de "ramener l'inflation à un nombre à 1 chiffre le plus vite possible".

Car ces donnĂ©es sont l'objet d'une Ăąpre bataille politique: l'opposition et une partie de la population accusent l'Office national des statistiques (TĂŒik) de sous-estimer sciemment la hausse des prix, alimentĂ©e par la politique Ă©conomique du prĂ©sident qui a poussĂ© la banque centrale turque Ă  abaisser systĂ©matiquement ses taux d'intĂ©rĂȘt ces derniers mois.

M. Erdogan a par ailleurs nommé comme nouveau ministre de la Justice l'ancien vice-Premier ministre Bekir Bozdag pour remplacer Abdulhamit Gul, une personnalité du parti au pouvoir à ce poste depuis 2017.

"Le ministre de la Justice est remplacĂ©, le prĂ©sident du TĂŒik est limogĂ© avant que les nouveaux chiffres de l'inflation ne soient publiĂ©s : on ignore pourquoi", a Ă©crit sur Twitter l'ancien vice-Premier ministre Ali Babacan, qui a quittĂ© le Parti de la justice et du dĂ©veloppement (AKP) d'Erdogan pour fonder le Parti de la dĂ©mocratie et du progrĂšs (Deva).

Les donnĂ©es de l'inflation du mois de janvier doivent ĂȘtre publiĂ©es le 3 fĂ©vrier.

AFP

guest
0 Commentaires