La guerre se poursuit

Ukraine: Washington augmente son aide, reprise des pourparlers entre Kiev et Moscou

  • PubliĂ© le 16 mars 2022 Ă  08:14
  • ActualisĂ© le 16 mars 2022 Ă  08:39
Une habitante nettoie son balcon dans un immeuble résidentiel partiellement détruit par un bombardement, à Kiev le 15 mars 2022

Les Etats-Unis vont annoncer mercredi une nouvelle enveloppe de 800 millions de dollars pour aider l'Ukraine à faire face aux forces russes, qui resserrent leur étau en dépit de nouveaux pourparlers entre Kiev et Moscou, qualifiés par le président ukrainien de "plus réalistes".

Le président américain Joe Biden doit faire cette annonce aprÚs une intervention par vidéo de son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky devant le CongrÚs des Etats-Unis. "Au total, le président a autorisé deux milliards de dollars en matiÚre de sécurité depuis le début de l'administration" Biden, a précisé un responsable de la Maison Blanche.

M. Zelensky doit intervenir à 13H00 GMT devant les parlementaires américains, qui pressent réguliÚrement le président Biden de durcir le ton face à la Russie.

Le président ukrainien devrait appeler une nouvelle fois à la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de son pays, une mesure soutenue par plusieurs élus du CongrÚs, mais que le président américain a pour l'instant écartée. "Imaginez vos villes bombardées, encerclées", avait lancé mardi M. Zelensky devant les parlementaires canadiens, en réclamant à nouveau cette zone d'exclusion aérienne.

Des élus américains des deux camps exhortent aussi Joe Biden à faciliter la livraison d'avions polonais Mig-29 à l'Ukraine, ce à quoi Washington a opposé un refus définitif. "Les Russes ont déjà tué 97 enfants" en bombardant "des écoles, des hÎpitaux, des habitations", avait encore affirmé M. Zlensky devant les députés canadiens qui l'ont acclamé debout pendant plusieurs minutes.

- "Moment dangereux" -

En dépit de ces appels à l'aide, les tirs russes contre plusieurs villes ukrainiennes se sont intensifiés mardi, notamment à Kiev, qui vit un "moment dangereux", selon son maire Vitali Klitschko.

De longues files d'attentes se sont formées pendant la journée devant les supermarchés, les habitants faisant des réserves. "Nous tenons le coup", a assuré l'un d'eux, Vlad Volodko, 26 ans. Kiev, que les forces russes tentent d'encercler, s'est vidée d'au moins la moitié de ses 3,5 millions d'habitants depuis le début du conflit le 24 février.

Au moins quatre personnes ont été retirées mortes et une quarantaine d'autres dégagées vivantes d'un immeuble d'habitation d'un quartier de l'ouest de Kiev, Sviatochine, aprÚs une frappe russe qui a provoqué un incendie, selon les autorités locales.

A Marioupol, autre cité martyr dans le sud-est de l'Ukraine, la situation reste dramatique, mais quelque 20.000 civils ont pu quitter cette ville portuaire mardi à bord de 4.000 voitures, selon la présidence ukrainienne.

Tous ont décrit un voyage harassant pendant lequel ils ont été contraints de rouler à l'écart des routes pour éviter les troupes russes et les points de contrÎle, dans la crainte permanente d'un tir ennemi.

- "Voiture carbonisée" -

"Alors qu'on avançait, on a vu une voiture carbonisée. Les soldats nous ont dit qu'elle avait explosé avec une femme à l'intérieur aprÚs avoir heurté une mine, une heure avant qu'on arrive là", a raconté Mykola, qui a fui Marioupol avec sa femme et ses deux enfants.

La Russie élargit son offensive à l'ensemble de l'Ukraine, visant désormais aussi l'Ouest. AprÚs des frappes sur une base militaire proche de la Pologne dimanche, une frappe lundi contre une tour de télévision prÚs de Rivne (nord-ouest) a fait 19 morts, selon les autorités locales mardi.

Dans ce contexte de frappes intenses, des nĂ©gociations entre Moscou et Kiev, entamĂ©es mardi, doivent reprendre mercredi, dans l'espoir d'arrĂȘter l'hĂ©catombe.

Le prĂ©sident ukrainien a apportĂ© mardi un peu d'espoir, jugeant que les positions Ă©taient dĂ©sormais "plus rĂ©alistes". Cependant, a-t-il reconnu, "il faut encore plus de temps pour que les dĂ©cisions soient dans l'intĂ©rĂȘt de l'Ukraine." Il a Ă©galement fait un geste envers Moscou, se disant prĂȘt Ă  renoncer Ă  toute adhĂ©sion de son pays Ă  l'Otan, un casus belli pour la Russie.

Pas de quoi néanmoins fléchir le président russe Vladimir Poutine, selon un communiqué publié à l'issue de son entretien mardi avec le président du Conseil européen Charles Michel.

Lors de cette conversation, M. Poutine "a souligné que Kiev ne manifestait pas d'engagement sérieux à trouver des solutions mutuellement acceptables", selon ce communiqué.

- Médiation turque -

Les efforts de mĂ©diation de la Turquie, pays membre de l'Otan mais ayant refusĂ© de s'associer aux sanctions contre Moscou, se poursuivent Ă©galement. Le ministre turc des Affaires Ă©trangĂšres MevlĂŒt Cavusoglu est Ă  Moscou, oĂč il aura des entretiens mercredi, puis ira en Ukraine jeudi afin de rechercher un cessez-le-feu, selon Ankara.

Les occidentaux veulent aussi réaffirmer leur unité et leur engagement aux cÎtés de l'Ukraine. Un sommet extraordinaire de l'Otan consacré au conflit est prévu le 24 mars à Bruxelles, ainsi qu'un sommet des dirigeants de l'UE.
Joe Biden s'y rendra pour réaffirmer "l'engagement à toute épreuve" des Etats-Unis auprÚs de leurs alliés, selon la Maison Blanche.

Et, faute de pouvoir intervenir militairement, ils continuent Ă  durcir leurs sanctions. L'Union europĂ©enne va priver les oligarques russes de berlines de luxe, champagne et autres articles haut de gamme, via un quatriĂšme paquet de sanctions entrĂ© en vigueur mardi. Le Royaume-Uni a fait de mĂȘme, ajoutant des droits de douane punitifs sur la vodka et des gels d'avoirs supplĂ©mentaires.

- Contre-sanctions -

Moscou a répliqué avec des contre-sanctions visant Joe Biden, le Premier ministre canadien Justin Trudeau et plusieurs membres de leurs gouvernements.

La Russie cherche également à faire avancer un projet de résolution "humanitaire" devant le Conseil de sécurité de l'ONU, qui pourrait faire l'objet d'un vote jeudi.

Le texte russe, obtenu par l'AFP, exprime la "profonde préoccupation" du Conseil de sécurité "face aux informations faisant état de victimes civiles, y compris d'enfants, en Ukraine et dans les environs".

En l'état, il est peu probable qu'il recueille les voix nécessaires. Ce texte qui "n'appelle pas à une fin immédiate des hostilités" est "une plaisanterie", a ainsi réagi un diplomate occidental sous couvert d'anonymat.

La Cour internationale de justice (CIJ) rendra de son cĂŽtĂ© mercredi son verdict dans une procĂ©dure lancĂ©e par Kiev, qui demande au plus haut tribunal de l'ONU d'ordonner Ă  Moscou d'arrĂȘter immĂ©diatement son invasion de l'Ukraine.

En presque trois semaines de guerre, plus de trois millions de personnes ont fui l'Ukraine, majoritairement vers la Pologne, d'aprĂšs l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Dont 1,4 million d'enfants, soit "pratiquement un enfant par seconde", selon l'Unicef.

AFP

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