Tristes célébrations dans le camp de migrants

Un nouvel An perse doux amer pour les exilés de Grande-Synthe

  • PubliĂ© le 22 mars 2017 Ă  15:01
Des enfants des migrants kurdes dans Ă  La LiniĂšre, camp Ă  Grande-Synthe, dans le nord de la France, le 21 mars 2017

Le tambour rĂ©sonne sur la scĂšne, les hommes dansent en cercle sous le prĂ©au, mais le nouvel An perse a un goĂ»t doux amer pour les exilĂ©s de Grande-Synthe (Nord), qui rĂȘvent toujours de Grande-Bretagne dans le camp surpeuplĂ©.


"Chez nous au Kurdistan c'est la fĂȘte la plus importante de l'annĂ©e, c'est un peu triste de la faire ici", regrette Berzan, Ă  l'entrĂ©e du plus grand camp de migrants de France et qui reste malgrĂ© tout optimiste: "l'an prochain j'aurai les meilleurs chanteurs, un grand repas, ce sera bien".
Avec ce concert de Norouz, l'idĂ©e est de "remettre un peu de fĂȘte dans une vie qui n'est pas toujours facile", explique HervĂ© Desvergne, directeur de ce camp traversĂ© de sourdes tensions communautaires et qui comptait plus de 1.500 personnes au dernier pointage.

La population a ainsi doublé en six mois, dans le sillage du démantÚlement du bidonville de Calais. Les passeurs sont nombreux, des tensions éclatent réguliÚrement et "cela ne peut pas, pour l'Etat, continuer" dans ces conditions, a récemment tonné l'ancien ministre de l'Intérieur, Bruno Le Roux.

A cÎté des petits chalets de bois, vantés pour leur respect des normes humanitaires à l'ouverture du camp en mars 2016, mais aujourd'hui surpeuplés et dégradés par l'hiver, les cuisines communautaires servent désormais de dortoirs aux derniers arrivés - notamment Afghans, qui sont désormais plus de 400 dans ce camp traditionnellement kurde.
"Bien sĂ»r que je prĂ©fĂšrerais un chalet. Mais il n'y a pas de place !", se dĂ©sole Hosein, un Pakistanais de 20 ans, en montrant l'emplacement - sous une table - oĂč il a passĂ© la nuit. Pas assez d'argent non plus, dans ce camp oĂč tout se monnaie, au grand dam des associations.

Un poĂȘle qui fume au centre de la piĂšce, des bancs transformĂ©s en lits et des vĂȘtements pendus aux murs: dans la cuisine numĂ©ro 2, l'Auberge des migrants rĂ©veille prĂ©cautionneusement les exilĂ©s pour leur distribuer kits hygiĂšne, couvertures et vĂȘtements.

La machine est bien rodée: chaque matin, une équipe passe de chalet en chalet pour recenser les besoins. Les "commandes" sont préparées à Calais, dans le gigantesque hangar de l'Auberge, puis distribuées le lendemain.

- Passeurs -

"On n'a pas assez de chaussures, et ils nous en demandent tous", soupire Margot Bernard, en secouant la tĂȘte devant les sandales d'un jeune Afghan. A cĂŽtĂ© des vĂȘtements, l'Auberge distribue chaque jour quelque 600 repas, et tient des "free shops", petites Ă©piceries oĂč les migrants peuvent obtenir gratuitement lait, lĂ©gumes, du riz... qu'ils se dĂ©brouillent ensuite pour cuisiner.

D'autres associations sont là: Salam distribue un déjeuner, Gynécologie sans frontiÚres... dont les bénévoles s'activent, dans le ronronnement de l'autoroute qui longe le camp.
Combien de temps la situation durera-t-elle ? Les Ă©lections font peser une incertitude, mais la convention liant l'association gestionnaire (l'Afeji) Ă  la ville et Ă  l'Etat vient d'ĂȘtre renouvelĂ©e pour six mois et le but est de rĂ©duire Ă  700 la population du campement. L'Etat a promis de mobiliser des places en CAO (centre d'accueil et d'orientation) et les premiers dĂ©parts devraient avoir lieu bientĂŽt, assure M. Desvergne.

"Les familles sont les plus faciles à convaincre car le passage (en Angleterre) pour elles n'est vraiment pas simple", assure Marie-Paule Plantey, coordinatrice de l'Ofii (Office français de l'immigration et de l'intégration), qui mÚne des maraudes d'information sur l'asile et les aides au retour, récemment majorées à 1.000 euros.
Une mission qui reste "plus difficile" qu'à Calais, reconnaßt-elle, tant les gens sont motivés pour passer en Grande-Bretagne, dans ce camp "assez cadré par les passeurs".

Raheem, 25 ans, s'est laissé convaincre: "il n'y a pas de place pour nous ici, je veux rentrer au Pakistan".
D'autres restent accrochĂ©s Ă  leur rĂȘve. Tahir, 15 ans, a payĂ© "3.000 euros" Ă  son passeur et n'envisage pas de rester en France. "Je veux rejoindre mon oncle en Grande-Bretagne, il m'a dit de monter dans un camion frigorifique", explique le jeune Afghan, qui en est convaincu: "si je surveille la tempĂ©rature c'est bon".

AFP

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