Bondissant de la camionnette, les trois chiens s'élancent pour gambader dans le bois. Mais ce qui n'est pour eux qu'une simple promenade joue un rÎle crucial au Chili, récemment frappé par de graves incendies: sans le savoir, ils sÚment de nouvelles plantes.
En janvier, le pays sud-américain avait vécu "le pire désastre forestier" de son histoire, selon les mots de sa présidente Michelle Bachelet : en quelques jours, plus de 467.000 hectares étaient partis en fumée et 11 personnes avaient perdu la vie.
PrĂšs de Talca (centre), les animaux sauvages ont fui les forĂȘts dĂ©vastĂ©es par le feu et, pour les faire revenir, une mission spĂ©ciale Ă Ă©tĂ© confiĂ©e par une association Ă trois chiennes de la race Border Collie: Das, cinq ans, sa fille Olivia, un an, et Summer, Ă©galement ĂągĂ©e d'un an.
Si la mission est simple - courir, sauter, jouer Ă travers les bois -, elle est aussi prĂ©cieuse, chaque chien portant sur son dos un sac Ă dos rempli de graines qui s'Ă©parpillent sur le sol grĂące Ă des petits trous. Ces graines permettront de faire revivre les arbres, plantes et fleurs des forĂȘts dĂ©vastĂ©es par le feu et permettre ainsi le retour des renards, liĂšvres et lĂ©zards, entre autres.
"La partie principale de tout ça, c'est que la faune puisse vivre" sur ces terres, explique à l'AFP Francisca Torres, 32 ans, directrice de Pewos, association écologiste comptant plus de 26.000 membres et propriétaire des trois chiens.
Egalement instructrice de chiens pour les personnes handicapées, Francisca donne une récompense - un peu de nourriture - à Das, Olivia et Summer à chaque fois qu'ils reviennent avec leur sac vide... pour les remplir à nouveau de graines.
Les trois chiens ont Ă©tĂ© formĂ©s pour obĂ©ir Ă ses ordres et n'attaquer aucun animal pouvant encore se trouver dans la forĂȘt.
- Plus efficaces que les hommes -
Selon Francisca, les Border Collie, dont le pelage est généralement noir et blanc, se distinguent par leur intelligence, leur énergie et leur rapidité, ce qui en fait de parfaits semeurs. Et le principal avantage d'avoir recours à des chiens, plutÎt que des humains, pour effectuer cette tùche titanesque, c'est qu'ils affichent un bien meilleur rendement: ils peuvent parcourir jusqu'à 30 kilomÚtres en une journée et y répartir jusqu'à 10 kilos de graine. Par comparaison, un humain ne pourrait semer que sur 3 kilomÚtres en un jour.
En trois mois, Das, Olivia et Summer ont déjà réussi à semer dans 15 bois différents de la région de El Maule (centre). Depuis leur passage, l?herbe a déjà commencé à repousser et des arbustes, plantes grimpantes et champignons pointent déjà leur nez, encouragés par l'humidité de l'hiver austral.
"Nous traversons des prairies qui sont déjà totalement vertes et c'est vrai que c'est le travail d'elles trois, Summer, Olivia et Das", se réjouit Francisca, qui réalise ce travail uniquement grùce à des dons.
D'ici l'Ă©tĂ© austral (dĂ©cembre-mars), on attend une plus forte germination et le retour dans ces forĂȘts d'animaux comme les renards, les insectes, les colibris, les lĂ©zards, les liĂšvre et mĂȘme les singes.
Et au printemps prochain, l'espoir se reporte sur les fleurs, pour qu'elles attirent des abeilles, dont des milliers ont péri dans les incendies.
"La situation est trÚs critique parce que les abeilles n'ont rien à manger. Normalement à cette époque, les abeilles se nourrissent de certains arbres autochtones qui ont encore des fleurs, mais en ce moment il n'y a rien", s'inquiÚte Constanza, la soeur de Francisca, technicienne médicale de 35 ans.
Avec le travail de semis des chiens de Francisca, l'association Pewos estime que, d'ici cinq ans, les bois et prairies de la rĂ©gion auront retrouvĂ© le mĂȘme Ă©cosystĂšme qu'avant les incendies.
AFP




