[PHOTOS - VIDEO] Après la mort de six personnes dans les émeutes

Nouvelle-Calédonie : 600 gendarmes en opération dans le secteur de Nouméa pour rétablir l'ordre, "quoi qu'il en coûte"

  • Publié le 19 mai 2024 à 16:43
  • Actualisé le 19 mai 2024 à 18:55

L'État est passé à l'offensive dimanche en Nouvelle-Calédonie pour tenter de rétablir "l'ordre républicain" sur le territoire, "quoi qu'il en coûte", en commençant par une opération d'envergure des gendarmes sur la route entre Nouméa et l'aéroport international, après six morts en six jours d'émeutes contre une réforme électorale fortement contestée par par les représentants du peuple autochtone kanak, qui redoutent une réduction de leur poids électoral démantèlent

La colère des indépendantistes, provoquée par cette réforme du corps électoral de l'archipel du Pacifique sud, a enclenché un cycle de violences marquées par des jours et des nuits d'incendies, d'affrontements et de barrages.

 "Je veux dire aux émeutiers, stop, retour aux calme, rendez vos armes", a répété plusieurs fois lors d'un point presse dimanche vers 18h locales (11h à La Réunion) le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, Louis Le Franc.

"L'ordre républicain sera rétabli, quoi qu'il en coûte", a martelé le représentant de l'Etat, mettant en garde les "émeutiers": "s'ils veulent utiliser leurs armes, ils prennent tous les risques".

En l'absence de vols depuis et vers la Nouvelle-Calédonie, suspendus depuis mardi, l'exécutif français a donné la priorité à la route entre Nouméa et son aéroport international.

Selon le haut-commissaire, une soixantaine de barrages ont été "percés" - sans heurts malgré quelques légers accrochages sporadiques - mais la grande majorité (une quarantaine) encombrent encore la voie. Les carcasses de voitures brûlées, la ferraille et le bois entassés doivent être dégagés "demain et après-demain" (lundi et mardi).

La voirie a été abîmée à certains endroits et la circulation ne peut pour l'heure être rétablie, a-t-il précisé.

 

L'opération "avec plus de 600 gendarmes" vise "à reprendre totalement la maîtrise de la route principale de 60 km entre Nouméa et l’aéroport", a annoncé le ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin dans un message sur X.

L'opération des gendarmes a consisté à faire partir de Nouméa un convoi pour supprimer tous les obstacles sur cette route. Il est fait entre autres de blindés de la gendarmerie et d'engins de chantier qui déblayent le passage. Toutefois, certains barrages supprimés par le convoi se reconstituent dès son départ.

Des journalistes de l'AFP ont constaté que dimanche à la mi-journée, à Nouméa et dans les communes avoisinantes, la circulation pour ceux qui voudraient sortir de l'agglomération en direction du nord-ouest restait entravée.

Des indépendantistes filtrent le passage par de très nombreux barrages, faits de pierres et d'engins divers notamment.

Si ces journalistes ont pu rejoindre l'aéroport de La Tontouta dans l'après-midi, il leur a fallu s'arrêter à divers barrages, dont certains tenus par des hommes munis de bâtons ou d'armes blanches.

L'un d'entre eux, à Tamoa, a dit son intention de rester coûte que coûte: "On est prêt à aller jusqu'au bout, sinon à quoi bon ?"

Les gendarmes "sont passés, ils ont déblayé, et nous, on est restés sur le côté. On est pacifistes, nous", raconte à l'AFP Jean-Charles, la cinquantaine, tête enturbannée d'un foulard et drapeau kanak à la main à La Tamoa, à quelques kilomètres de l'aéroport.

"Une fois qu'ils sont passés, on a remis le barrage. De toute façon, il est filtrant, (...) sauf la nuit", affirme-t-il.

- Plus de 3.000 personnes bloquées -

Rétablir cette circulation presse d'autant plus que la Nouvelle-Zélande et l'Australie ont annoncé dimanche avoir demandé à la France de pouvoir poser des avions, afin de rapatrier leur ressortissants.
"Nous sommes prêts à décoller et attendons l'autorisation des autorités françaises pour savoir quand ces vols pourront avoir lieu en toute sécurité", a indiqué dans un communiqué le ministre néo-zélandais des Affaires étrangères, Winston Peters.

Son homologue australienne, Penny Wong, a affirmé sur X que des appareils de l'armée de l'Air étaient "prêts à s'envoler", mais que la France n'avait pas donné son accord.

En l'absence de vols depuis et vers la Nouvelle-Calédonie, suspendus depuis mardi, le gouvernement de l'archipel estimait samedi que 3.200 personnes étaient bloquées, soit parce qu'elles ne pouvaient pas quitter l'archipel, soit parce qu'elles ne pouvaient pas le rejoindre.

- Nouveaux renforts attendus -

Les violences ont fait six morts, le dernier en date samedi après-midi, un Caldoche (Calédonien d'origine européenne) à Kaala-Gomen, dans la province Nord. Les cinq autres morts sont deux gendarmes et trois civils kanaks, dans l'agglomération de Nouméa.

Lire ausi - Nouvelle-Calédonie: un sixième mort dans les émeutes

Le Haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie a fait état d'"une nuit plus calme" dimanche dans un communiqué l'arrivée prochaine de "plusieurs centaines de forces de sécurité intérieure, de soutien logistique et opérationnel et de sécurité civile", en plus des renforts déjà envoyés.

"Au total, 230 émeutiers ont été interpellés" en près d'une semaine, a-t-il ajouté.

Reprendre le contrôle par la force devrait être un travail de longue haleine pour les forces de l'ordre. La violence dans certains quartiers chaque nuit montre que les émeutiers restent très déterminés.

"La réalité c'est qu'il y a (...) des zones de non-droit (...) qui sont tenues par des bandes armées, des bandes indépendantistes, de la CCAT. Et dans ces endroits, ils détruisent tout", affirmait samedi sur BFMTV le vice-président de la province Sud de la Nouvelle-Calédonie, Philippe Blaise.

"Des écoles ont encore été détruites", de même que "des pharmacies, des centres vitaux d'approvisionnement alimentaire, des surfaces commerciales", a listé dimanche Louis Le Franc, en relevant qu'"on commence à manquer de nourriture".

Le haut-commissaire a annoncé de nouvelles "opérations de harcèlement" par les unités d'élite de la police et de la gendarmerie (Raid et GIGN) "dès cette nuit (de dimanche à lundi, NDLR), là où il y a des points durs", dans les villes de Nouméa, Dumbéa et Païta notamment.

"Les jours à venir, ça va s'intensifier", a-t-il prévenu, appelant ceux qui ont constitué des "groupes de protection" pour défendre leurs quartiers "à garder espoir" et "à ne pas commettre l'irréparable", qui provoquerait "un embrasement général".

"Tout ça va se terminer, croyez-moi", a-t-il promis. Pour la population, se déplacer, acheter des produits de première nécessité et se soigner devient plus difficile chaque jour surtout dans les quartiers les plus défavorisés.

De moins en moins de commerces réussissent à ouvrir et les nombreux obstacles à la circulation compliquent de plus en plus la logistique pour les approvisionner, surtout dans les quartiers les plus défavorisés.

La reprise de la route de l'aéroport est "vitale" au passage des convois logistiques pour réapprovisionner en médicaments et nourriture, "qui commencent à manquer", a confirmé M. Le Franc, expliquant que les surfaces commerciales devaient être sécurisées pour éviter les pillages.

- Nouméa "assiégée" -

Nouvel exemple des troubles dans la nuit de samedi à dimanche: d'après la chaîne de télévision publique Nouvelle-Calédonie La 1ère, la médiathèque du quartier de Rivière salée à Nouméa a été incendiée.

Interrogée par l'AFP, la mairie de Nouméa a répondu dimanche matin n'avoir "aucun moyen pour le moment de le vérifier, le quartier étant inaccessible".

La maire de Nouméa, Sonia Lagarde (Renaissance), estimait samedi sur BFMTV que la situation était "loin d'un retour à l'apaisement". "Est-ce qu'on peut dire qu'on est dans une ville assiégée? Oui, je pense qu'on peut le dire", ajoutait-elle.

Les mesures exceptionnelles de l'état d'urgence sont maintenues, à savoir le couvre-feu entre 18h et 6h heures locales (11h et 23h à La Réunion), l'interdiction des rassemblements, du transport d'armes et de la vente d'alcool, et le bannissement de l'application TikTok.

Dimanche matin, la province Sud, qui regroupe près des deux tiers de la population, a annoncé que toutes les écoles resteraient fermées dans la semaine.

Les autorités françaises espèrent que l'état d'urgence en vigueur depuis jeudi va faire reculer les violences, qui ont débuté lundi après une mobilisation contre une réforme électorale.

Cette réforme constitutionnelle qui a mis le feu aux poudres vise à élargir le corps électoral lors des scrutins provinciaux, au risque de marginaliser "encore plus le peuple autochtone kanak", selon les indépendantistes.

Adopté mercredi par les députés, après les sénateurs, le texte doit encore être voté par les parlementaires réunis en Congrès, à une date non déterminée.

Le passage de la flamme olympique en Nouvelle-Calédonie prévu le 11 juin a été annulé. "Priorité, vraiment, à la consolidation du retour à l'ordre public, et puis à l'apaisement", a expliqué à la presse la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra.

Sans faire de lien direct avec les violences, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a accusé l'Azerbaïdjan d'ingérence en Nouvelle-Calédonie, Bakou dénonçant des accusations "infondées".

Le sénateur français Claude Malhuret, rapporteur d'une commission d'enquête sur TikTok, interdit sur l'archipel en raison des émeutes, a lui estimé qu'il fallait plus craindre "des ingérences de la Chine" qui "veut être dans son pré carré en mer de Chine mais également prépondérante dans le Pacifique".

"Elle a besoin de nickel pour produire ses batteries", a-t-il expliqué dans un entretien à l'AFP, en référence au minerai brut dont l'archipel détient 20 à 30% des ressources mondiales.

Lire aussi - Kanaky-Nouvelle-Calédonie : le gouvernement met le feu aux poudres et refuse d'éteindre l'incendie

www.imazpress.com avec l'AFP

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3 Commentaires
Missouk
Missouk
1 mois

Dès qu'ils ont déblayé, les barrages se remettent en place aussi sec... Encore une communication à deux balles!

Missouk
Missouk
1 mois

Réponse policière comme d'habitude. Ils sont incapables de se remettre en cause. Mais ça finir par leur exploser à la figure, en Nouvelle Calédonie, et sans doute en métropole d'ici peu !

parce que vous Êtes gouvernés par Les Ratés En Mo
parce que vous Êtes gouvernés par Les Ratés En Mo
1 mois

Le gamin à l'Elysée a merdé dans cette affaire si seulement , le gamin avait pris le temps d'écouter les KanaKy lors du référendum du 21 décembre 2021, alors que ces derniers avaient demandé de respecter leur coutume au lendemain du COVID19 afin d'enterrer leur mort ...

L'arrogance du gamin met toutes les personnes de bonne volonté dans une situation difficile au dialogue, malheureusement la REUNION n'est pas mieux avec ces arrivées massives venues du froid ?

Y aurait-il une volonté, il faut le souhaiter mais sans le gamin à l'Elysé tellemnent imbu de sa personne politiquement ...