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Violences à Hébron, premier accroc dans un accord diplomatique

  • Publié le 27 octobre 2015 à 00:30
Des Palestiniens jettent des pierres sur des soldats israéliens à Hébron en Cisjordanie, le 26 octobre 2015

Hébron, plus grande ville et poudrière de Cisjordanie occupée, a été secoué lundi par des violences dans lesquelles trois Palestiniens ont été tués, tandis qu'un récent accord diplomatique visant à calmer les esprits connaissait un premier accroc de mauvais augure.


Hébron et ses environs sont le théâtre depuis des semaines de violences entre Palestiniens et soldats et colons israéliens, sur lesquelles l'accord diplomatique annoncé samedi et les efforts d'apaisement semblent ne pas avoir d'effet.
Dans ce secteur, deux Palestiniens ont été abattus lundi à la suite de deux attaques à l'arme blanche, dont une dans laquelle un Israélien a été grièvement blessé, selon l'armée israélienne, et un Palestinien de 17 ans a été tué par balles lors des heurts quotidiens avec les soldats israéliens, d'après la police et les secours palestiniens.
Hébron est un baril de poudre où 500 colons israéliens vivent parmi les Palestiniens derrière miradors et barbelés.
La ville abrite le tombeau des Patriarches, site sacré pour les musulmans et les juifs et source de vives tensions.
Aux alentours, le conflit est quasiment permanent entre Palestiniens et Israéliens de colonies comme Kyriat Arba.
Depuis le 1er octobre, la vague de violences dans les Territoires palestiniens, à Jérusalem et en Israël a fait d'un côté 57 morts, des Palestiniens et un Arabe israélien -pour moitié des auteurs d'attentat-, et de l'autre huit morts israéliens.
Devant le risque d'un embrasement généralisé, la communauté internationale et les autorités israéliennes et palestiniennes ont concentré leur effort sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem, de peur qu'elle ne produise, comme en 2000, l'étincelle d'une nouvelle intifada.
Les Etats-Unis ont présidé samedi à un arrangement entre Israël, qui contrôle les accès au site, et la Jordanie, qui est la gardienne des lieux saints à Jérusalem. Israël a accepté la mise en place d'une vidéosurveillance 24H/24 sur l'esplanade.

- "Ingérence israélienne" -

Cet accord a donné lieu à ses premières fausses notes quand Israël et la fondation islamique administrant l'esplanade se sont mutuellement accusés lundi de chercher à l'appliquer à leur guise.
La querelle, touchant à la question fondamentale du contrôle de ce site ultra-sensible, a éclaté quand la fondation qui administre l'esplanade sous l'égide de la Jordanie (Waqf) a entrepris lundi matin d'y installer des caméras.
Les caméras dissuaderaient les provocations de la part de juifs ou de musulmans et, si elles se produisaient, établiraient les responsabilités.
Seulement, "lorsque nous avons commencé l'installation ce (lundi) matin, la police (israélienne) est arrivée et a stoppé le travail en disant que c'était interdit", a dit à l'AFP cheikh Azzam al-Khatib, chef du Waqf.
Le Waqf a condamné "avec vigueur l'ingérence israélienne". "Nous considérons cette affaire comme la preuve qu'Israël entend installer des caméras qui servent uniquement ses intérêts", a-t-il dénoncé.
L'installation "devait être coordonnée" entre les parties concernées, a répondu le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
La mise en place de caméras a été la seule mesure concrète annoncée par le secrétaire d'Etat américain John Kerry après ses rencontres séparées avec les principaux acteurs: M. Netanyahu, le président palestinien Mahmoud Abbas et le roi Abdallah II de Jordanie.

- "Pas d'autre autorité" -

Le bureau de M. Netanyahu ne s'est pas privé de citer M. Kerry: les équipes techniques israéliennes et jordaniennes devaient "se rencontrer bientôt pour discuter de la mise en oeuvre de cette idée" jordanienne.
Le Waqf a agi sur ordre du palais royal jordanien, a dit le chef de la fondation islamique. Aucun commentaire n'a été obtenu à Amman.
?Il n'y a pas d'autre autorité sur l'esplanade" que le Waqf, a ajouté la fondation.
L'installation de cette vidéosurveillance suscite des questions sur les modalités de sa mise en place et de son contrôle, les dirigeants palestiniens s'alarmant d'un dispositif qui servirait uniquement aux Israéliens pour arrêter des Palestiniens.
Cette querelle illustre combien tout nouvel arrangement est délicat à mettre en oeuvre sur l'esplanade, située à Jérusalem-Est, partie palestinienne de Jérusalem annexée et occupée par Israël.
Elle est le coeur spirituel de Jérusalem-Est, là où les Palestiniens veulent établir la capitale d'un futur Etat.
Palestiniens et Jordaniens accusent Israël de vouloir changer les règles (le "statu quo") qui régissent les lieux pour autoriser les juifs à prier sur l'esplanade des Mosquées et à terme la diviser entre juifs et musulmans.
M. Netanyahu s'est toujours défendu d'un tel projet. Il accuse la direction palestinienne et d'autres organisations de souffler sur les braises et d'être responsables des tensions autour de ce site.
"Les Palestiniens ne sont pas prêts à mettre fin au conflit et à renoncer à leur rêve d'un Etat palestinien, non pas à côté d'Israël, mais à sa place", a affirmé lundi M. Netanyahu lors d'un hommage à Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien assassiné le 4 novembre 1995 par un extrémiste juif.
Plusieurs cérémonies officielles ont marqué lundi le 20e anniversaire de cet assassinat, dont la date hébraïque tombait samedi.


- © 2015 AFP
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