Venezuela

Voie grande ouverte pour Maduro aprĂšs l'exclusion de l'opposition

  • PubliĂ© le 26 janvier 2018 Ă  10:00
  • ActualisĂ© le 26 janvier 2018 Ă  10:12
Le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores (d), lors d'un rassemblement, le 23 janvier 2018 à Caracas

La voie semble libre pour la réélection de Nicolas Maduro: la Cour suprĂȘme de Justice du Venezuela, considĂ©rĂ©e comme acquise au prĂ©sident socialiste, a créé la surprise jeudi en excluant la principale coalition d'opposition de la prochaine prĂ©sidentielle anticipĂ©e, prĂ©vue d'ici fin avril.


"Le Conseil national électoral doit exclure la "Table de l'Unité démocratique" (MUD) du processus" électoral, selon la décision de la Cour qui autorise ce conseil à repousser de six mois l'inscription des partis d'opposition, dont cette coalition, en vue de ce scrutin. Cette inscription était prévue au départ pour samedi et dimanche. La MUD, composée des trois principaux partis d'opposition, Action Démocratique (AD), Volonté populaire et D'abord la justice, devait se réinscrire aprÚs avoir refusé de participer aux élections municipales du 10 décembre pour dénoncer une fraude lors des régionales du 15 octobre.

Depuis la décision de l'Assemblée constituante, dotée de pouvoirs étendus et acquise au chef de l'Etat socialiste Nicolas Maduro, de convoquer un scrutin avant le 30 avril au lieu de fin 2018, plusieurs adversaires du pouvoir avaient manifesté leur envie d'y participer, montrant une opposition divisée. Parmi eux, deux des principaux partis qui composent l'alliance de l'opposition, Volonté populaire et D'abord la Justice, songeaient à présenter un candidat indépendant pour affronter Nicolas Maduro.

Plusieurs noms avaient été avancés: l'entrepreneur Lorenzo Mendoza, l'ancien secrétaire exécutif de la MUD Ramon Guillermo Aveledo et le recteur de l'université centrale du Venezuela, Cecilia Garcia. Les principales figures de l'opposition, Henrique Capriles et Leopoldo Lopez, étaient déjà dans l'incapacité de concourir car privés de leurs droits civiques. Le second est en outre assigné à résidence, accusé d'avoir encouragé des manifestations contre Nicolas Maduro qui avaient fait 43 morts.

"Le TSJ annule le ticket d'entrĂ©e de la MUD, la plus populaire de l'histoire du pays", a soulignĂ© auprĂšs de l'AFP l'analyste politique Eugenio Martinez. Il faisait rĂ©fĂ©rence Ă  la victoire de la MUD aux Ă©lections lĂ©gislatives de fin 2015, qui avait dĂ©clenchĂ© une crise politique dans un pays oĂč toutes les institutions Ă©taient jusqu'alors aux mains des chavistes, du nom de l'ex-prĂ©sident socialiste Hugo Chavez (1999-2013).

- Soutiens russe et chinois -

La crise politique s'est doublée dans ce pays pétrolier d'une grave crise économique, déclenchant des manifestations violentes contre le président Maduro qui ont fait 125 morts d'avril à juillet.
MĂȘme si la cote de popularitĂ© de Nicolas Maduro est remontĂ©e lĂ©gĂšrement, le taux d'insatisfaits est de 70%, selon l'institut de sondage Delphos. Une partie des VĂ©nĂ©zuĂ©liens lui reproche pĂ©nurie d'aliments et hyperinflation, attendue Ă  13.000% en 2018, selon le FMI.

Nicolas Maduro risque de s'attirer de nouvelles foudres de la communauté internationale qui avait déjà condamné la décision du pouvoir d'avancer la présidentielle. Ce vote "ne serait pas le reflet de la volonté des Vénézuéliens, et serait perçu par la communauté internationale comme étant antidémocratique et illégitime", a dénoncé mercredi Washington, qui a également infligé des sanctions à Caracas l'été dernier.

Qualifiant Maduro de "dictateur", les Etats-Unis, suivis par le Canada, ont gelé ses avoirs et interdit à leurs banques et à leurs citoyens d'acheter de nouvelles obligations ou de négocier des accords avec le gouvernement vénézuélien. En Amérique latine, le Venezuela, autrefois soutenu par les gouvernements de gauche apparaßt bien seul aprÚs le virage régional à droite: les douze pays latino-américains du Groupe de Lima ont également critiqué Maduro.

Cependant, malgré la levée de boucliers internationale et des voyants économiques au rouge vif, Maduro, 55 ans, tient bon, en partie grùce au soutien de puissants alliés, la Russie et la Chine.
Car le Venezuela, qui fut le pays le plus riche d'Amérique latine, a un atout de poids: les plus grosses réserves pétroliÚres de la planÚte. Et la remontée de l'or noir, qui a terminé mercredi à ses plus hauts niveaux depuis 2014 à New York et à Londres, vient renforcer la marge de manoeuvre de Caracas.

AFP

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