Etats-Unis

Washington va retirer prĂšs de 12.000 militaires d'Allemagne

  • PubliĂ© le 29 juillet 2020 Ă  23:36
  • ActualisĂ© le 30 juillet 2020 Ă  05:18
Le ministre américain de la Défense, Mark Esper, lors d'une conférence de presse le 4 mars 2020 au Pentagone, à Washington

Le chef du Pentagone Mark Esper a annoncĂ© mercredi le retrait de quelque 12.000 troupes d'Allemagne, prĂ©sentant ce projet comme nĂ©cessaire stratĂ©giquement, pour ĂȘtre aussitĂŽt contredit par le prĂ©sident Donald Trump qui s'est dit prĂȘt Ă  revenir dessus si l'Allemagne augmentait sa contribution financiĂšre Ă  l'Otan.

Des quelque 34.500 militaires actuellement déployés en Allemagne, environ 6.400 seront rapatriés aux Etats-Unis tandis que les 5.600 autres seront repositionnés dans d'autres pays de l'Otan, notamment la Belgique et l'Italie, a indiqué le ministre américain de la Défense au cours d'une conférence de presse.

M. Esper a assuré que l'objectif était stratégique, notamment à titre de dissuasion envers la Russie, mais quelques minutes à peine aprÚs sa conférence de presse au Pentagone, Donald Trump a expliqué que ce retrait était dû au refus de l'Allemagne de "payer plus".

"On en a marre d'ĂȘtre des pigeons", a dĂ©clarĂ© depuis la Maison Blanche le milliardaire rĂ©publicain. "Nous rĂ©duisons nos forces parce qu'ils ne paient pas. C'est trĂšs simple".

M. Trump a laissĂ© entendre que ce plan pourrait ĂȘtre revu. "S'ils commençaient Ă  payer leurs factures, je rĂ©flĂ©chirais". Berlin a cependant accueilli ces annonces de façon flegmatique. "Le gouvernement fĂ©dĂ©ral allemand prend note de cette dĂ©cision et en coordonnera Ă©troitement la mise en oeuvre avec les Etats rĂ©gionaux, le gouvernement amĂ©ricain et au sein de l'Otan", ont indiquĂ© dans un communiquĂ© commun les ministĂšres allemands des Affaires Ă©trangĂšres et de la DĂ©fense.

MĂȘme si le chef du Pentagone a assurĂ© que les rotations de soldats amĂ©ricains en Europe seraient plus frĂ©quentes dans les prochaines annĂ©es, ce projet aboutit Ă  une rĂ©duction nette du nombre de militaires amĂ©ricains stationnĂ©s en permanence en Europe.

Le projet, dont le coût est évalué à plusieurs milliards de dollars, portera les effectifs militaires américains en Allemagne autour de 24.000, a indiqué M. Esper.

Environ 2.000 soldats seront rĂ©partis entre l'Italie et la Belgique. Le commandement militaire amĂ©ricain en Europe (Eucom), actuellement basĂ© Ă  Stuttgart, dĂ©mĂ©nagera Ă  Mons, en Belgique, oĂč se trouve le commandement de l'Otan, ce qui Ă©pargnera au gĂ©nĂ©ral amĂ©ricain qui dirige traditionnellement les deux commandements des allers-retours entre les deux pays.

Une escadrille d'avions de chasse F-16 basĂ©e en Allemagne sera envoyĂ©e en Italie, plus prĂšs de la mer Noire oĂč ils pourront protĂ©ger le flanc sud-est de l'Otan, a indiquĂ© le ministre de la DĂ©fense.

- "Changement stratégique majeur" -

Le commandement militaire américain pour l'Afrique (Africom), qui se trouve aussi à Stuttgart, pourrait aussi déménager, mais aucune décision n'a encore été prise.

Les 2.500 militaires de l'US Air Force postés sur la base de Mildenhall, au Royaume-Uni, et qui devaient se repositionner en Allemagne, resteront au Royaume-Uni.

Washington envisage aussi de repositionner des forces en Pologne et dans les Etats baltes, si un accord est trouvé avec ces pays sur leur statut. M. Esper a indiqué que les premiers mouvements pourraient intervenir dans "quelques semaines", mais aucun retrait massif n'est prévu dans l'immédiat.

Le numéro deux de l'état-major américain, le général John Hyten, a souligné que le projet n'était pour le moment qu'un "concept". "Il faut maintenant en faire un plan", a-t-il ajouté.

"Le repositionnement de nos forces en Europe représente un changement stratégique majeur et positif", a assuré le chef du Pentagone. Il permettra de "relever le niveau de dissuasion des Etats-Unis et de l'Otan contre la Russie, de renforcer l'Otan, de rassurer les alliés et d'améliorer la flexibilité stratégique des Etats-Unis".

MĂȘme si leur nombre a diminuĂ© depuis la Guerre froide, l'Allemagne accueille plus de soldats amĂ©ricains que n'importe quel autre pays europĂ©en, un hĂ©ritage de l'occupation alliĂ©e aprĂšs la Seconde Guerre mondiale.

Le retrait de ces forces amĂ©ricaines pourrait avoir un impact financier important pour les villes concernĂ©es, notamment Stuttgart oĂč se trouvent les commandements pour l'Europe et l'Afrique.

Le maire de Stuttgart Fritz Kuhn a regrettĂ© cette "mesure punitive contre un alliĂ©" et Roger Lewentz, le ministre de l'IntĂ©rieur de l'Etat rĂ©gional de la RhĂ©nanie-Palatinat oĂč sont basĂ©s 18.500 soldats amĂ©ricains, a soulignĂ© que sa rĂ©gion devait se prĂ©parer "Ă  des pertes d'emplois allemands" Ă  cause de cette dĂ©cision.

Mais la Lituanie s'est rĂ©jouie de la possibilitĂ© d'accueillir plus de forces amĂ©ricaines sur son sol, oĂč elles sont actuellement dĂ©ployĂ©es par rotations. "Nous avons dit Ă  plusieurs reprises aux Etats-Unis que nous voulions qu'ils pensent Ă  la Lituanie pour un dĂ©ploiement permanent de leurs forces", a indiquĂ© Ă  l'AFP le ministre de la DĂ©fense Raimundas Karoblis.

AFP

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