Biodiversité réunionnaise

Des lézards uniques au monde

  • PubliĂ© le 9 juin 2010 Ă  06:00
Le gecko vert des Hauts (Photo : M. Sanchez)

La RĂ©union trouve sa place au sein de l'un des 34 "points chauds" de la biodiversitĂ© mondiale.‹Sur l'Ăźle, 17 espĂšces de reptiles terrestres vivant Ă  l'Ă©tat sauvage ont Ă©tĂ© recensĂ©es*. 14 d'entre-elles ont Ă©tĂ© introduites volontairement ou non par l'homme et seules trois espĂšces sont indigĂšnes et endĂ©miques, c'est-Ă -dire qui n'existent qu'Ă  La RĂ©union. Parmi les vertĂ©brĂ©s, les reptiles sont "l'un des groupes dont le statut de conservation est le plus dĂ©favorable, l'un des plus menacĂ©s d'extinction" souligne l'association Nature OcĂ©an Indien (NOI). Des deux geckos verts endĂ©miques de La RĂ©union, le plus menacĂ© est le gecko vert de Manapany. "La chasse, la destruction de l'habitat et l'introduction de nouvelles espĂšces plus compĂ©titrices sont les principales causes de la destruction de ces espĂšces fragiles et uniques au monde" indique l'association qui milite pour la protection des reptiles endĂ©miques et de leurs habitats.

Avant l'arrivĂ©e de l'homme, les Mascareignes Ă©taient l'archipel ocĂ©anique qui possĂ©dait "le plus riche herpĂ©tofaune (ensemble des espĂšces de reptiles, et par extension des amphibiens) au monde" indique l'association NOI. "Les taux d'endĂ©misme atteignaient 83 % pour la RĂ©union.‹Cette richesse fut en partie dĂ©truite dĂšs les dĂ©buts de la colonisation humaine, et se sont prĂšs de 60 % des espĂšces rĂ©unionnaises qui ont disparu" poursuivent les responsables de l'association.

Les espÚces présentes aujourd'hui à la Réunion se répartissent en six groupes : les geckos diurnes ou geckos verts (7 espÚces dont 2 endémiques et 5 exotiques), les scinques (1 espÚce endémique), les geckos nocturnes (4 espÚces exotiques), les caméléons (1 espÚce exotique), les agames (2 espÚces exotiques) et les serpents (2 espÚces exotiques).

Parmi les espĂšces endĂ©miques, on trouve les geckos verts (aussi appelĂ©s lĂ©zards verts) et le scinque de Bouton. Le gecko vert des Hauts est rĂ©parti entre 50 m et 2200 m d'altitude. Il se retrouve principalement en forĂȘt indigĂšne humide. Le gecko vert de Manapany est quant Ă  lui prĂ©sent dans le sud de l'Ăźle entre Grande Anse et Saint Joseph. Il vit principalement dans les arbres, mais est parfois ĂȘtre prĂ©sent dans les maisons. Leur statut de conservation est en cours d'Ă©valuation par l'UICN (union internationale pour la conservation de la nature) en vue d'une possible inscription sur la liste rouge mondiale des espĂšces menacĂ©es. A La RĂ©union, aucune donnĂ©e scientifique certaine n'existe sur la rĂ©partition actuelle du scinque de Bouton qui Ă©tait considĂ©rĂ©e comme disparue depuis plus de 130 ans. Une population a Ă©tĂ© redĂ©couverte en 1999, mais les connaissances actuelles sur sa rĂ©partition et son statut de conservation sont quasi-inexistantes, rapporte l'association NOI.

Des espÚces de reptiles terrestres ont été introduites d'Asie, d'Afrique du Sud ou encore de Madagascar et se sont acclimatées à La Réunion. Parmi les geckos diurnes de La Réunion, cinq sont exotiques : le grand gecko vert malgache, le gecko vert poussiÚre d'or, le gecko vert à ligne noire, le gecko vert de Maurice, le gecko vert des Seychelles. Mais il existe aussi les geckos nocturnes (aussi appelés margouillats) : le margouillat blanc, le margouillat des jardins, le margouillat des maisons et le margouillat à queue jaune. Au registre des espÚces introduites, on compte également le caméléon ou "endormi" introduit depuis Madagascar en 1850, les agames (agame des colons et agame arlequin ou "caméléon"), mais aussi les serpents (couleuvre loup ou "couleuv'miel" et la couleuvre de terre ou "serpent aveugle").

Plusieurs menaces pÚsent sur les populations de reptiles, selon l'association Nature Océan Indien. L'introduction par l'homme d'espÚces animales exotiques est l'une des premiÚres causes d'extinction d'espÚces dans les ßles. D'autre part, la perte, la dégradation et la fragmentation de l'habitat sont principalement liées au développement urbain et agricole et aux espÚces végétales invasives. Elles conduisent au fractionnement des espÚces en populations de faibles effectifs. Ces petites populations sont sujettes à de rapides déclins, voire à des extinctions. Enfin les pollutions environnementales telles que les épandages de produits phytosanitaires posent également un problÚme à La Réunion. "Bien que ces contaminants soient suspectés d'avoir contribuer au déclin des reptiles au niveau mondial, il n'existe que trÚs peu d'études écotoxicologiques sur le sujet" déplore l'association.

Au niveau international, les geckos verts endémiques de la Réunion n'ont pas encore été évalués par l'UICN (union internationale pour la conservation de la nature) et ne figurent pas sur la liste rouge des espÚces menacées. Cependant le commerce de toutes les espÚces du genre phelsuma (geckos diurnes issus de l'ßle de Madagascar et des environs, Réunion, Seychelles...) est réglementé par la convention sur le commerce international des espÚces de faune et de flore sauvage menacées d'extinction (CITES). Elles sont inscrites à l'annexe II de la CITES qui regroupe les espÚces qui, bien que n'étant pas nécessairement menacées actuellement d'extinction, pourraient le devenir.

Au niveau national, les geckos verts endĂ©miques sont protĂ©gĂ©s par l'arrĂȘtĂ© du 17 fĂ©vrier 1989 qui interdit la destruction ou l'enlĂšvement des ?ufs, la destruction, la capture ou l'enlĂšvement ainsi que la naturalisation des spĂ©cimens, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation et leur commerce. Par ailleurs, mĂȘme s'il s'agit d'une espĂšce exotique introduite, le camĂ©lĂ©on est considĂ©rĂ© comme faisant partie du patrimoine culturel de l'Ăźle, Ă  ce titre il est protĂ©gĂ© par ce mĂȘme arrĂȘtĂ©.

Plus d'informations sur le site : www.nature-ocean-indien.org

* ne sont pas comptées les espÚces de compagnie parfois rencontrées dans la nature mais non acclimatées comme les iguanes ou les tortues radiées.

Annabelle Ovré pour
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