Il apparaît dans l'enquête "Panama Papers" et tient à rencontrer Imaz Press pour s'expliquer

Interview - Le chef d'entreprise de La Réunion actionnaire d'une société offshore aux Seychelles se dit victime d'une escroquerie

  • Publié le 12 mai 2016 à 01:30

Nous l'appellerons M. X. Après la parution, lundi 9 mai 2016, d'une nouvelle liste de noms d'actionnaires de sociétés offshores par le Consortium des journalistes d'investigation (ICIJ), il s'est reconnu dans l'article que nous avons écrit en exclusivité ce mardi. Le patron réunionnais actionnaire, avec ses fils, d'une société offshore basée aux Seychelles, c'est lui. Il a pris contact avec notre rédaction tard dans la soirée de mardi et il a tenu à nous rencontrer ce mercredi (voir l'article publié ce mercredi) pour expliquer pourquoi il a créé une holding aux Seychelles et comment il a été escroqué. Entre temps, l'ICIJ a corrigé les erreurs d'adresses qui le domiciliaient en Indonésie, et lui attribuaient un colocataire portugais. Interview d'un patron qui a perdu 400 000 euros. "200 000 euros se sont envolées dans l'escroquerie et les fisc français me réclame 200 000 euros de pénalités" déclare-t-il à Imaz Press

Vous vous êtes reconnu dans l'article qu'Imaz Press a publié mardi. Vous y apparaissez, ainsi que vos trois fils, comme actionnaire d'une société enregistrée aux Seychelles, qui a été repérée par le Consortium de journaliste d’investigation, dans le cadre des Panama Papers. Pourquoi êtes-vous lié à cette société offshore ?

J’ai effectivement créé cette société en 2013 (voir aussi les déclarations du chef d'entreprise publiées par Imaz Press ce mercredi). A l’époque, mes sociétés étaient en redressement judiciaire et je cherchais des financements. Aucune banque ne voulait me suivre et m’accorder un prêt. C'est alors qu'un contact mauricien m’a présenté Philippe Gubbay, début 2013, afin de faire un montage financier qui me permettrait d'obtenir un prêt de 5 millions d'euros par le biais d’une société à Dubaï. C’est comme ça que j’ai été mis en relation avec un cabinet d’avocat et que j’ai monté la société aux Seychelles. Mais finalement, c’était une escroquerie. J’ai fait un versement de 200 000 euros en mai-juin 2013, j’ai monté la société en août 2013, et je n’ai plus eu contact avec M. Gubbay dès la fin 2013. J'ai vite compris que j'avais été victime d'une escroquerie, on m'a expliqué qu'il était en prison à Dubaï.

Vous parlez d’un contact à Dubaï et finalement d’une société aux Seychelles. Pouvez-vous nous parler de ce montage financier, qui semble assez complexe ?

Au départ, je voulais faire un prêt de 5 millions d'euros par le biais de ma holding de La Réunion. Ma holding n’ayant pas dans ses statuts de forme financière, sur les conseils de ce fameux M. Gubbay et par le biais du cabinet d’avocats basé à Dubaï, je décide de créer une société financière à Dubaï. C'est elle qui aurait reçu les fonds (les 5 millions d'euros ndlr) pour ensuite les transmettre à ma holding à La Réunion sous forme de prêt. Afin de pouvoir débloquer les 5 millions d'euros il fallait d'abord faire un apport de 200 000 euros sur le compte de la société financière à Dubaï. C'est ce que j'ai fait

Dans la foulée, le cabinet d’avocats qui a servi d’intermédiaire m’a expliqué qu'en cas de création d'une société aux Émirats, un citoyen émirati doit détenir 51% des parts. Si je voulais être propriétaire à 100%, il fallait créer une société offshore à Dubaï. Mais là encore, ça ne paraissait pas être une bonne solution. Si je décédais rien ne revenait à mes héritiers, tout restaità Dubaï. C’est là que le cabinet d’avocats m’a parlé de la possibilité de monter une société offshore aux Seychelles. C'est cette holding qui détiendrait les parts de la société de Dubaï. J’ai choisi cette option. Mais au final, la société de Dubaï n’a jamais été créé, les 200 000 euros se sont envolés, M. Gubbay es allé en prison et la société seychelloise est une coquille vide, sans compte bancaire ni activité.


Verser 200 000 euros pour récupérer 5 millions d’euros… au premier abord, ça sent l’arnaque! Tout cela ne vous a pas paru louche ?

C’était une opportunité d’affaires qui se révèle être une escroquerie. J’ai fait confiance à mon contact mauricien, qui me disait avoir déjà fait ce type de montage avec cette personne. Et puis, vous savez, dans la vie, il faut prendre des risques. J’avais déjà eu recours à ce type de procédé en 2009, et ça avait également échoué. J’avais placé 120 000 euros et finalement, au bout de deux ans, j’avais été remboursé de  l’intégralité de la somme, et on m’avait même versé quelques intérêts.

Vous dîtes avoir été victime d’une escroquerie, vous avez porté plainte ?

Je ne l'ai pas fait tout de suite parce que j'avais espoir de revoir mes 200 000 euros, comme dans l’affaire précédente. Mais en septembre-octobre 2015, j’ai fait l’objet d’un contrôle fiscal, parce que le fisc français a eu connaissance de ma société aux Seychelles et des 200 000 euros qui sont partis sur le compte d’une société, je ne sais où, en Nouvelle-Zélande ou en Australie. J’ai présenté tous les documents que j’avais, les échanges de courriers, etc. Mais le fisc m'a infligé malgré tout 200 000 euros de pénalités. Les inspecteurs des services fiscaux doivent penser que j’ai planqué l’argent quelque part. Du coup, j’ai pris un avocat fiscaliste à Lyon et j’ai fini par déposer une plainte après du procureur de La Réunion contre M. Gubbay. Je voulais aussi porter plainte contre lui à Dubaï, j’en avais parlé au cabinet d’avocats qui avait servi d’intermédiaire à l’époque, mais ce dernier n’a pas voulu le faire parce qu’il a été en affaire avec ce monsieur.

Aviez-vous déclaré cette société aux services fiscaux français?

Non

Au termes des lois françaises vous étiez pourtant obligé de le faire

Je ne savais pas. Comme rien ne se passait en France, que tout était à l'étanger, je ne savais pas qu'il fallait déclarer quelque chose en France

Vous pensez donc être la victime d'une escroquerie ?

Au final, je me suis fait avoir sur toute la ligne. Je dois même subir une double plainte : jai perdu les 200 000 euros versés à Dubaï et le fisc me réclame 200 000 euros. Maintenant mon nom apparaît dans l'affaire des Panama Papers parce que je n'avais pas fermé la société des Seychelles. Je ne l'avais pas pour le cas où ma société ici à La Réunion se serait diversifiée ou installée aux Seychelles ou ailleurs dans la zone. Dans ce cas, la holding seychelloise aurait été changée. Mais je ne veux pas de problèmes, alors hier (mardi - ndlr) j'ai demandé au cabinet d'avocats qui a servi d'intermédiaire de la liquider. J'ai renouvellé ma demande ce matin (mercredi - ndlr)

Comment avez-vous compris que votre nom était mêlé aux révélations du ICIJ?

Ce sont mes collaborateurs qui ont fait le lien et qui m'ont prévenu quand ils ont lu votre article. J'ai tout de suite trouvé bizarre qu'on fasse un lien entre moi et un Portugais qui vivrait chez loi, qu'on dise aussi que mes fils vivaient en Indonésie ou en Chine (ces éléments ont été corrigés par le ICIJ après la parution de notre enquête). J'estime ne rien avoir à me reprocher, c'est pour cela que j'ai fait la démarche de venir m'expliquer auprès de vous.

www.ipreunion.com

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1 Commentaires
aterla
aterla
7 ans

Sidérant...