Professions rĂ©glementĂ©es : l'inquiĂ©tude gagne les officines rĂ©unionnaises

"On va transformer les pharmacies en épiceries"

  • PubliĂ© le 30 juillet 2014 Ă  05:00
Pharmacie

Pharmacien, profession en danger ? Au même titre que les huissiers, les notaires, les greffiers et autres professions réglementées, ils sont en tout cas dans le viseur du gouvernement et du ministère de l'Économie. Mettant en avant des marges estimées trop élevées, un rapport de l'inspection générale des finances (IGF) préconise ainsi la fin du monopole de la vente de certains médicaments, la libre installation ou encore l'ouverture du capital des officines aux investisseurs extérieurs. Des suggestions qui font bondir les pharmaciens réunionnais - au même titre que leurs confrères métropolitains - qui y voient "la remise en cause des piliers de notre profession", selon les mots de Nicolas Turpin, président du syndicat des pharmaciens de La Réunion. Quant à Éric Cadet, président de l'URPS Pharmaciens, il estime qu' "on va transformer les pharmacies en épiceries".

Les propositions contenues dans le rapport de l’inspection générale des finances font l’unanimité dans le milieu pharmaceutique réunionnais. L’unanimité contre elles. Que ce soit Monique Lucine, présidente de l’ordre des pharmaciens de l’île, Nicolas Turpin, président du syndicat des pharmaciens, ou Éric Cadet, président de l’URPS Pharmaciens, ils sont tous vent debout contre la fin du monopole de la vente de certains médicaments, la libre installation et encore l’ouverture du capital des officines aux investisseurs extérieurs.

Et tous avec les mêmes arguments : le risque sanitaire d’une "surconsommation" en cas de libre accès de certains médicaments en grande surface, la disparition du maillage des officines dans les zones défavorisées qu’entraînerait la libre installation ou encore la perte d’indépendance causée par l’arrivée éventuelle d’investisseurs.

"Ce sont les piliers de notre profession qui sont remis en cause. Sans cela, notre métier n’a plus aucun sens", s’insurge Nicolas Turpin, sans doute le plus virulent. "Vendre des médicaments en grande surface est une idiotie et représente un réel danger car cela va pousser à la surconsommation. Cela va mettre en libre circulation des produits dangereux, c’est jouer à l’apprenti sorcier", prévient-il.

"Pas de garantie de baisse des prix"

D’autant que, selon les pharmaciens, mettre certains médicaments en vente en grande surface revient à effacer toute une partie de leur métier. "Proposer un médicament dans un rayon n’est pas la même chose qu’en délivrer derrière un comptoir avec un dialogue pharmacien/patient. Mettre de l’Ibuprofène en accès libre à la portée du public, c’est une situation à risque, pour les femmes enceintes par exemple, et on sait que les patients ne lisent pas toujours les notices", rappelle Eric Cadet.

L’argument avancé par l’IGF – la baisse des prix – est d’ailleurs loin de convaincre les pharmaciens. Ils présentent tous le même contre-exemple : l’Italie, qui a déjà adopté la vente en grande surface. "La baisse des prix supposées entraînerait une économie de 5 euros par an et par patient... Donc les économies, on ne voit pas où elles sont. D’autant que les prix des médicaments sont déjà en baisse et que la France est le pays le moins cher d’Europe. En Italie, où la libéralisation a déjà eu lieu, les médicaments sont 25 % plus chers !", souligne Monique Lucine. "En Italie, c’est une catastrophe. La moitié des officines ont fermé et les prix n’ont pas baissé !", avance de son côté Nicolas Turpin.

Pour les pharmaciens, il s’agit là d’une attaque en règle contre leur profession, eux qui s’estiment jugés à tort comme des privilégiés. "La situation économique des officines n’est pas très brillante. On n’a pas l’impression d’être des privilégiés. Si ça a pu être le cas dans le passé, ce ne l’est plus actuellement", précise le président du syndicat des pharmaciens. "Je connais beaucoup de confrères qui sont proches de la rupture et qui risquent de mettre la clé sous la porte", ajoute-t-il.

"On risque de perdre notre âme"

Aujourd’hui, la loi de répartition des pharmacies sur le territoire est stricte : une première officine pour une population supérieure ou égale à 2500 habitants, l’ouverture d’une autre ne pouvant avoir lieu que pour toute tranche supplémentaire de 3500 habitants. La libre installation supprimerait ces restrictions, non sans conséquences. "On risque de se retrouver uniquement avec de grosses pharmacies concentrées dans les villes au détriment des zones rurales, surtout à La Réunion, où les pharmacies situées dans les hauts n’ont pas beaucoup de clientèle. Le maillage ne va plus exister. Ça va être la guerre totale avec la disparition des pharmacies dans les zones défavorisées", prévoit ainsi Monique Lucine.

Même chose pour l’arrivée éventuel d’investisseurs extérieurs dans le capital des pharmacies, qui ne seraient intéressés "que par la rentabilité" et compromettraient "l’indépendance des pharmaciens", selon le président du syndicat. "On peut imaginer que des laboratoires pourront acheter des officines... Où sera alors l’indépendance ? Nous n’aurons plus la main sur notre métier et le pharmacien deviendra un simple employé exécutant", craint-il. "On va transformer les pharmacies en épiceries et ce sont les patients qui vont y perdre", prédit quant à lui son confrère de l'URPS.

"On ne penserait plus à soigner les gens, mais uniquement à gagner de l’argent. Or nous avons une mission de conseil, de suivi, de prévention, au service de la population. On risque de perdre notre âme", conclut Nicolas Turpin.

www.ipreunion.com

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8 Commentaires
Eric B
Eric B
11 ans

Au fait, demander la carte vitale au début, permet d'avoir accès au dossier pharmaceutique pour éviter les intéractions médicateuses avec des médicaments pris dans d'autres pharmacies. C'est très important et a permis d'améliorer la délivrance http://www.ordre.pharmacien.fr/Le-Dossier-Pharmaceutique/Qu-est-ce-que-le-DP

Eric B
Eric B
11 ans

Chez moi les tests de grossesse que Michel Edouard leclerc veut vendre sont à 1.99 euros depuis hyper longtemps. Le problème des prix est une connerie. Il y a toujours eu des pharmacies chères et d'autres pas chères. De toutes façons le marché se serait régulé avec la disparition des petites structures du fait de la baisse de rentabilité chaque année. Au lieu de ça on dérégule le marché.
Au delà de l'aspect économique, on peut dire ce qu'on veut: plus la rémunération est faible plus le service est faible. Ne demandez plus de service de qualité ou de passer du temps avec vous si la rentabilité à l'acte est faible. Vous serez automatiquement traité comme des poulets de batterie.

Un exemple: si un pharmacien adjoint ou titulaire s'occupe de vous et que sa rémunération brute est autour de 25-30 euros + 20 euros de charges patronales (sans compter les charges de structure), pour payer son salaire il faut qu'il vende pour 200 euros par heure. Or votre pharmacien n'en tient pas compte et vous conseille ce que vous avez besoin. Nous nous passions facile une heure avec un patient car on se disait que nous allons nous rémunérer sur autre chose.
Une ordonnance fait entre 2.71 (1 doliprane en Guyane) et 15 euros en moyenne. pour faire cette délivrance il faut entre 5 min et 20 min selon les conseils nécessaires (fièvre, utilisation du thermomètres, conseil hygiéno diététique). Donc cela peut faire un CA horaire entre 10-15 euros jusqu'à 60 euros en moyenne car les médecins ont des consignes pour réduire les prescritions, deplus le prix des médicaments remboursés baissent chaque année. Donc clairement on perd de l'argent maintenant sur la partie médicaments. Et les marges arrières sur les médicaments génériques qui sont autour de 20 000 euros par an ne pourront jamais compenser.

Un autre exemple: les entretiens pharmaceutiques sur les anticoagulants qui sont payés 20 euros pour 20 minutes de suivi avec le patient sont payé au même tarif en métropole que les DOM alors que nos charges ne sont pas les mêmes. nous ne passons jamais 20 minutes mais entre 40 et 60 minutes. Donc on travaille clairement à perte, et plus on fait des entretiens et plus on se dirige vers la faillite. Comme l'état demande à ce qu'on fasse des entretiens que par les pharmaciens et sur des sujets différents, et que cela représente une partie importante du chiffre, on sait très bien ce vers quoi on se dirige...

Il est clair que des économies d'échelle peuvent être intéressantes en délocalisant le conseil par internet avec des call centers dans des pays francophones à bas coûts salariaux (afrique, magreb) et en utilisant des pharmacies online. Je pense que c'est l'avenir car le gouvernement souhaite arriver aux ordonances dématérialisées et la législation européenne qui enlèvent les barrières douanières de circulation des biens et des services demandent à ce que des pharmacies européennes vendent en France. Donc vous aurez des pharmacies "dupont" gérées en Roumanie. D'ailleurs c'est déjà le cas car pour les pharmacies françaises online qui avaient arrêté, les noms de domaine ont été discrètement repris par des structures non françaises. Et ce sont des noms de domaine bien français. L'ordre des pharmacies essaye de les faire arrêter.

L'intérêt d'un marché régulé est d'éviter que les acteurs qui sont pris à gorge économiquement auraient des pratiques éthiquement condamnables. Cela n'empêche pas les contrôles. Dans ma pratique j'ai demandé moi même à être contrôlé 2 fois par l'inspecteur de la pharmacie. Une fois au début de mon exercice et une fois après mon transfert.

M E Leclerc veut attirer plus de clients pour le médicament qui achèteront autre chose (alimentaire tensiomètre, balances journaux livres etc) c'est ce qui s'appelle augmenter les flux, et les ventes associés. Donc ce n'est pas une logique que le consommateur paye moins cher.

quand on laisse entrer le loup dans la bergerie, il faut pas jouer à la poupée avec après...

Eric B
Eric B
11 ans

En nutrithérapie, ma spécialité c'est la gestion du stress, sommeil, dépression, avec les compléments alimentaires en agissant sur les neurotransmetteurs, avec l'aide d'un psychiatre qui m'envoie ses patients pour lesquels il n'a pas de solutions avec les traitements classiques. En médecine, on a la même propagande sur les médicaments comme sur les maladies par les laboratoires pharmaceutiques. Comme le gouvernement et nous. Je donnerai l'exemple du cholestérol: le cholestérol est coupable de la survenue des maladies cardiovasculaires. Il faut le faire baisser même si on est pas en hypercholestérolémie avec des statines. Et on s'aperçoit qu'en baissant le cholestérol, on n'a pas de baisse de la mortalité! C'est le lait est bon pour les os.
Une vérité est un mensonge répété plusieurs fois.
Bande de moutons!

Ah au fait, désolé de le dire, mais le père Noël n'existe pas! et la souris c'est vos parents qui mettent l'argent sous votre oreiller...

Eric B
Eric B
11 ans

@Plastiko. Pas grave si tu réponds pas, tu es égoiste, égocentrique et tu manques de vision d'ensemble et de vision historique. Je continuerai en disant que la mouche est ridicule car à la limite même si je dois changer de boulot à cause de ça, je suis sûr que dans mes employés beaucoup resteront au chômage car pas de diplôme (équipe stock et administrative), ou trop spécialisé (pharmaciens ou préparateurs). Et cela dans toutes les professions réglementées. Il est certain qu'il y a des excès dans TOUTES les professions. il est évident qu'il y a des bons et des mauvais pharmaciens. Mais le principe de ce genre de mise à l'index c'est pour le gouvernement de dire :" ce sont eux les coupables et les responsables de votre malheur." Comme ce fut le cas des noirs, des arabes, des juifs, des étrangers, des jaunes, des chômeurs. Diviser pour mieux régner.
Il est évident que de toutes façons les commerces de proximité sont appelés à disparaître, c'est l'effet d'internet et des économies d'échelle. La modernité. Comme les disquaires, les libraires. Il ne restera que les chômeurs en France et ailleurs et les producteurs asiatiques ou ailleurs.
Il est dommage que les seuls personnes qui parlent sont celles qui souhaitent voir notre profession mourir. Car je suis une pharmacie certifiée assurance qualité ISO 9001, avec politique de formation trienale, réunion du personnel, et plan d'intéressement. Nous faisons de l'accompagnement thérapeutique de patients chroniques, et du conseil en 6 langues. Comme par exemple sur le suivi des patients sous anticoagulants. Par mes conseil j'ai évité au moins à 2 personnes de faire de graves hémorragies. Mon équipe est diplômée en nutrithérapie, nutrition, orthopédie, aromathérapie, phytothérapie, dermocosmétique. Notamment afin d'augmenter l'employabilité externe. Nous avons fait un travail sur les conditions de travail avec l'Agence Régionale pour l'Amélioration des Conditions de Travail en 2009. Nos clients nous aiment bien et nous sommes fidèles. Avec mon équipe nous avons pu détecter nombre d'intéractions ou de contre indications. Par notre conseil et notre écoute au delà de l'aspect argent, j'ai peu personnellement refuser de vendre des produits en automédication car je soupçonnais à raison 1 AVC (bonjour je voudrais un médicament pour la mémoire car ma mère a du mal à trouver ses mots), et une embolie pulmonaire (bonjour ma grand mère a du mal à respirer, ...). Nous avons réalisé des soins d'urgence à des patients en malaise comme des épileptiques, des blessures diverses, des hypoglycémies...
Je suis fier de ma pharmacie et de mes employés. J'aime mon métier, mais ça me soûle de voir des gens comme vous faire des généralités. ça me soûle de de voir des gens comme vous parler et avoir des avis fermés. Comme le rejet de l'autre. "je ne te parle pas parce que tu ne le mérites".
C'est déjà de l'apartaid. Déjà du racisme. Déjà des idées préconçues. Le gouvernement a gagné: pendant que les coupables sont désignés, la crise continue et ne s'arrêtera pas. Allez voir sur le blog de pierre jovanovic et sur les médias alternatifs ce qu'est la vérité.
C'est dommage que la France crache sur ses enfants compétents, moi je change de boulot... Plastique en tok. Evnor pas en or

evnor
evnor
11 ans

Je me m'inscrirai pas dans un débat de spécialiste mais je voudrai juste souligner que dans les pharmacies il arrive qu'on regarde avant tout les papiers de sécu avant la feuille d'ordonnance, je ne généralise pas, il faut se mettre à la place du patient à ce moment là pour comprendre!

Mais la conclusion de me Nicolas Turpin me rassure .

PlastiKo
PlastiKo
11 ans

@Eric B. :
Tu me tutoies, je vais donc faire de mĂŞme.
Merci pour toutes tes gentilles paroles à mon égard, je n'en espérai pas tant, j'ai vraiment fait mouche vu ta réaction pleine de vigueur.
Je ne débattrai pas avec toi car cela ne te donnerai que trop d'importance, mais je dirai juste que je maintiens ce que j'ai dit.

Eric B
Eric B
11 ans

Plastiko: je suppose que tu es chef d'entreprise. Car je rigole des salariés qui veulent la mort des patrons et qui ne connaissent rien à la gestion d'entreprise. Selon vous, les seuls bons patrons sont des patrons morts. Qui va employer encore s'il n'y a plus de patron?
Ce que tu racontes sur les zones de pub financés par les labos, c'est complètement débile. il y a des marges supplémentaires sur les génériques si c'est ce que tu veux dire, mais nous n'avons pas de facturation pour les mise en avant comme pour la GMS (en GMS le laboratoire paye pour être mis en tête de gondole). Concernant tes arguments sur la zone de vente, les prix sont fixés selon la concurence et les prix de revient. Comme n'importe quel commerce. Peut être veux tu que les prix de tous les commerces soient administrés? Je vois ainsi que ton expérience du secteur est pauvre. Tu dois être un piètre professionnel.
De toutes façons, ce gouvernement veut servir les intérêts de la GMS (pôts de vin?) et augmenter le chômage en France. Car la libéralisation ce sera: les labos propriétaires de pharmacies, la vente en France de pharmacies étrangères et la délocalisation des emplois de santé. La virtualisation des relations, un peu comme pour les libraires et les disquaires. C'est certainement l'avenir, mais c'est un avenir où ta famille et tes prôches seront peut être au chômage au profit des intérêts étrangers. C'est ça la libéralisation , c'est la délocalisation, le chômage, ma précarité.
Quand je vais annoncer les volontés de l'IGF à mes employés, ils vont certainement pleurer car ils sauront que leurs emplois seront menacés. Et toi tu vas leur donner à bouffer tous les jours? Tu vas payer leurs prêts ?
Bienvenue dans ton monde, cerveau en plastique

PlastiKo
PlastiKo
11 ans

Je vais sûrement m'attirer les foudres de certaines personnes mais je pouffe de rire quand je lis que les pharmaciens prédisent que si la nouvelle réglementation était mise en place "On ne penserait plus à soigner les gens, mais uniquement à gagner de l’argent".
C'est déjà actuellement le cas !
Car il faut savoir que lorsque vous rentrez dans une pharmacie, et je parle surtout des officines de métropoles mais je suis sûr que c'est vrai pour toutes celles du territoire, TOUT ce qui se trouve avant le comptoir de règlement est une zone de vente qui a été négociée entre le gestionnaire de la pharmacie et les laboratoires pharmaceutiques !
TOUS les produits de cette zone ont un prix fixé par le pharmacien et c'est là où il se "gave" le plus.
Travaillant dans le secteur, j'ai connaissance de beaucoup de points qui rapportent pas mal d'argent aux pharmaciens, ainsi TOUTES les zones publicitaires que vous voyez dans une pharmacie sont sources de revenus. Idem pour les présentoirs et autre tourniquets de produits qui sont très très majoritairement financés par l'industrie pharmaceutique et avec lesquels les pharmaciens obtiennent la meilleure rentabilité (zero investissement ou presque, financement des laboratoires et marge généreuse sur produits).
Et des "astuces commerciales" de ce type, la majeur partie des pharmacies en sont truffées !

Donc quand je lis la grogne des pharmaciens, même si il y a un fond de vérité à vouloir protéger les patients, j'y vois surtout une grogne de petits nantis privilégiés qui ne veulent pas voir leur poule aux oeufs d'or être partagée avec l'ogre "grandes surfaces".

Il y en a un qui doit pas mal sourire de la situation actuelle, c'est M.Leclerc