Le territoire est placé en alerte sanitaire maximale

Tahiti frappée par le chikungunya

  • PubliĂ© le 17 octobre 2014 Ă  09:00
LUTTE CONTRE LE CHIKUNGUNYA

AprÚs la dengue type 3 et le zika en 2013, la Polynésie française est confrontée au chikungunya. En quatre jours le nombre de cas a flambé et le territoire est placé en alerte sanitaire maximale.

Le chikungunya qui a laissĂ© de bien mauvais souvenirs aux RĂ©unionnais aprĂšs la crise sanitaire qui a frappĂ© l'Ăźle en 2005 et 2006, affecte aujourd'hui Tahiti, la plus grande Ăźle de PolynĂ©sie française et des "Ăźles du Vent" (archipel de la SociĂ©tĂ©). Un premier cas importĂ© de Guadeloupe avait Ă©tĂ© identifiĂ© en mai dernier, sur la commune de Pirae, toute proche de Papeete, mais grĂące Ă  des pulvĂ©risations d'insecticide autour du domicile de la personne atteinte, visant l'Aedes aegypti, moustique vecteur de cette arbovirose, la contagion avait Ă©tĂ© Ă©vitĂ©e. Malheureusement, quelques mois plus tard, le 11 octobre dernier, l'alerte n'a pu ĂȘtre donnĂ©e avant qu'une quinzaine de cas issus de Teva i uta, soient constatĂ©s par l'hĂŽpital de Taravao, situĂ© dans le Sud-Est de Tahiti, sur la Presqu'Ăźle.

Selon Blanche Chanfour, mĂ©decin responsable de cet Ă©tablissement pĂ©riphĂ©rique du centre hospitalier de la PolynĂ©sie française, si l'Ă©picentre de l'Ă©pidĂ©mie est situĂ© Ă  Teva i uta, il ne faut pas se voiler la face, "le chikungunya concerne aujourd'hui tout Tahiti", car expliquait-elle sur divers mĂ©dias tahitiens, "beaucoup de gens travaillent Ă  Papeete et ne savent pas encore qu’ils sont malades
" L'Ă©pidĂ©mie se propage donc rapidement, sur la Presqu'Ăźle, mais aussi à  Punaauia, commune balnĂ©aire de la cĂŽte Ouest, oĂč un cas aurait Ă©tĂ© d'ores et dĂ©jĂ  confirmĂ©. De fait, le 15 octobre, 200 signalements ont Ă©tĂ© faits sur l'ensemble de la PolynĂ©sie et 59 cas ont Ă©tĂ© identifiĂ©s, entraĂźnant trois hospitalisations ; sur Tahiti, 11 communes, dont Papeete, ont signalĂ© des cas de "Chik", et le virus s'est manifestĂ© aux Australes et Tuamotu, avec un cas signalĂ© Ă  Tubuai et une dizaine sur Apataki.

Zika, une autre arbovirose encore ignorée chez nous

Et si contrairement à La Réunion en 2005-2006, les Polynésiens peuvent compter sur l'Institut territorial de recherches médicales Louis Malardé pour identifier les cas de chikungunya, sans avoir besoin d'envoyer les prélÚvements en métropole, le "fenua" (Ndlr : le pays en langue maohi) présente une grande fragilité face à une telle arbovirose dÚs lors que l'épidémie est lancée. En effet, comme à La Réunion, la population est "vierge" de tout contact avec cette arbovirose, ce qui laisse augurer d'un possible taux d'attaque supérieur à 30% des 268 270 Polynésiens qui composent la population du "fenua", Marquises comprises.

Pour mĂ©moire, Ă  La RĂ©union, environ 300 000 personnes ont Ă©tĂ© touchĂ©es, soit prĂšs de 38% de la population, avec 253 dĂ©cĂšs recensĂ©s. A Maurice, oĂč officiellement tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, selon le gouvernement de l'Ă©poque et l'OMS, il est finalement apparu que 35 %, environ de la population avaient Ă©tĂ© touchĂ©s, avec une surmortalitĂ© de plus de 700 personnes directement imputable Ă  l’épidĂ©mie de chikungunya


Depuis fin 2013, le chikungunya affecte durement les Antilles et la Guyane, oĂč 151 333 cas ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s, pour un total de 49 dĂ©cĂšs plus ou moins "directs" pour paraphraser le vocabulaire utilisĂ© Ă  l'Ă©poque Ă  La RĂ©union.

Dans le Pacifique, le Chik est omniprĂ©sent depuis quelques annĂ©es, aprĂšs avoir Ă©tĂ© importĂ© d’IndonĂ©sie, dans les Ă©tats insulaires de la fĂ©dĂ©ration de MicronĂ©sie, en Papouasie Nouvelle-GuinĂ©e, Samoa, Tonga, et plus rĂ©cemment, en Nouvelle CalĂ©donie, oĂč deux Ă©pidĂ©mies limitĂ©es ont Ă©tĂ© constatĂ©es en 2011 et 2013.

Tahiti s'ajoute donc à la liste, aprÚs avoir subi en 2013, une épidémie de dengue de type 3, redoublée d'une épidémie de zika, une autre arbovirose encore ignorée chez nous, mais courante en Asie et
 en Afrique.

Philippe Le Claire pour www.ipreunion.com

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