Après la dengue type 3 et le zika en 2013, la Polynésie française est confrontée au chikungunya. En quatre jours le nombre de cas a flambé et le territoire est placé en alerte sanitaire maximale.
Le chikungunya qui a laissé de bien mauvais souvenirs aux Réunionnais après la crise sanitaire qui a frappé l'île en 2005 et 2006, affecte aujourd'hui Tahiti, la plus grande île de Polynésie française et des "îles du Vent" (archipel de la Société). Un premier cas importé de Guadeloupe avait été identifié en mai dernier, sur la commune de Pirae, toute proche de Papeete, mais grâce à des pulvérisations d'insecticide autour du domicile de la personne atteinte, visant l'Aedes aegypti, moustique vecteur de cette arbovirose, la contagion avait été évitée. Malheureusement, quelques mois plus tard, le 11 octobre dernier, l'alerte n'a pu être donnée avant qu'une quinzaine de cas issus de Teva i uta, soient constatés par l'hôpital de Taravao, situé dans le Sud-Est de Tahiti, sur la Presqu'île.
Selon Blanche Chanfour, médecin responsable de cet établissement périphérique du centre hospitalier de la Polynésie française, si l'épicentre de l'épidémie est situé à Teva i uta, il ne faut pas se voiler la face, "le chikungunya concerne aujourd'hui tout Tahiti", car expliquait-elle sur divers médias tahitiens, "beaucoup de gens travaillent à Papeete et ne savent pas encore qu’ils sont malades…" L'épidémie se propage donc rapidement, sur la Presqu'île, mais aussi à  Punaauia, commune balnéaire de la côte Ouest, où un cas aurait été d'ores et déjà confirmé. De fait, le 15 octobre, 200 signalements ont été faits sur l'ensemble de la Polynésie et 59 cas ont été identifiés, entraînant trois hospitalisations ; sur Tahiti, 11 communes, dont Papeete, ont signalé des cas de "Chik", et le virus s'est manifesté aux Australes et Tuamotu, avec un cas signalé à Tubuai et une dizaine sur Apataki.
Zika, une autre arbovirose encore ignorée chez nous
Et si contrairement à La Réunion en 2005-2006, les Polynésiens peuvent compter sur l'Institut territorial de recherches médicales Louis Malardé pour identifier les cas de chikungunya, sans avoir besoin d'envoyer les prélèvements en métropole, le "fenua" (Ndlr : le pays en langue maohi) présente une grande fragilité face à une telle arbovirose dès lors que l'épidémie est lancée. En effet, comme à La Réunion, la population est "vierge" de tout contact avec cette arbovirose, ce qui laisse augurer d'un possible taux d'attaque supérieur à 30% des 268 270 Polynésiens qui composent la population du "fenua", Marquises comprises.
Pour mémoire, à La Réunion, environ 300 000 personnes ont été touchées, soit près de 38% de la population, avec 253 décès recensés. A Maurice, où officiellement tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, selon le gouvernement de l'époque et l'OMS, il est finalement apparu que 35 %, environ de la population avaient été touchés, avec une surmortalité de plus de 700 personnes directement imputable à l’épidémie de chikungunya…
Depuis fin 2013, le chikungunya affecte durement les Antilles et la Guyane, où 151 333 cas ont été enregistrés, pour un total de 49 décès plus ou moins "directs" pour paraphraser le vocabulaire utilisé à l'époque à La Réunion.
Dans le Pacifique, le Chik est omniprésent depuis quelques années, après avoir été importé d’Indonésie, dans les états insulaires de la fédération de Micronésie, en Papouasie Nouvelle-Guinée, Samoa, Tonga, et plus récemment, en Nouvelle Calédonie, où deux épidémies limitées ont été constatées en 2011 et 2013.
Tahiti s'ajoute donc à la liste, après avoir subi en 2013, une épidémie de dengue de type 3, redoublée d'une épidémie de zika, une autre arbovirose encore ignorée chez nous, mais courante en Asie et… en Afrique.
Philippe Le Claire pour www.ipreunion.com
