Chaque annĂ©e, prĂšs de 3 millions de personnes sont contaminĂ©es par le VIH dans le monde. Sur l'Ăźle, on compte 694 patients atteints du Sida. Un combat au quotidien, mĂȘme si de nos jours nombreuses sont les amĂ©liorations des traitements antirĂ©troviraux. Vivre avec cette maladie n'empĂȘche pas d'avoir une vie normale. Bernard*, la trentaine a acceptĂ© de tĂ©moigner. Pour lui, il est important de montrer que l'espoir existe.
"J'aimerais dire aux gens de ne pas reproduire les mĂȘmes erreurs que moi." Il y a 2 mois et demi, Bernard* dĂ©couvre qu'il est atteint de la maladie. On lui diagnostique alors une douzaine de maladies infectieuses. "Je me suis senti mourir", prĂ©cise-t-il. Les mĂ©decins pensent que cette contamination date depuis trois ans. Quand on lui demande alors pourquoi il ne s'est pas fait dĂ©pistĂ© plus tĂŽt, il rĂ©pond tout simplement "par phobie des piqĂ»res." AprĂšs des semaines d'hospitalisation, le trentenaire reprend peu Ă peu goĂ»t Ă la vie. "J'ai de nouveau l'appĂ©tit. Ce n'est pas tous les jours facile, mais je veux montrer qu'il y a de l'espoir. La vie est quelque chose qu'on nous a donnĂ©e, il faut la prĂ©server."Aujourd'hui, Bernard aime Ă nouveau. Son amour n'est pas contaminĂ©. Toutes les prĂ©cautions sont prises dans ce sens. "Cette personne a su abandonner son emploi pour s'occuper de moi. C'est une plus belle preuve d'amour, elle m'a acceptĂ© comme je suis." Du cĂŽtĂ© de sa famille, Bernard a prĂ©fĂ©rĂ© les mĂ©nager au dĂ©part. "Je n'ai pas voulu le dire tout de suite, j'ai attendu de me rĂ©tablir." Il avoue que l'annoncer Ă ses proches fut une libĂ©ration.
Si Bernard a pu bĂ©nĂ©ficier du soutien de ses proches, d'autres, en revanche, ne l'ont pas. MĂȘme si les temps et les m?urs changent, le Sida reste malgrĂ© tout un sujet tabou, difficile Ă vivre dans la sociĂ©tĂ© rĂ©unionnaise. "Il faut apprendre Ă respecter les gens. L'ĂȘtre humain est bornĂ©," prĂ©cise Bernard. Selon Marion Patoureau, docteur au DĂ©pist'Ouest, "la sĂ©ropositivitĂ© peut tout simplement ĂȘtre vĂ©cue comme une infection chronique". Un point de vue que partage Ă©galement Catherine Gaud, docteur au service Immunologie du CHR de Bellepierre. "Il y a 20 ans, la maladie faisait peur. L'arrivĂ©e de la trithĂ©rapie en 1996 a aidĂ© Ă dĂ©dramatiser la maladie. Aujourd'hui, un malade a une vie normale, une espĂ©rance de vie normale et une sexualitĂ© normale. On peut avoir des enfants. Et les personnes le vivent trĂšs bien", souligne-t-elle.
Sur l'Ăźle, 694 patients au total ont Ă©tĂ© suivis par les antennes Nord et Sud du CHR, selon un rapport de la COREVIH (coordination rĂ©gionale de lutte contre l'infection due au virus de l'immunodĂ©ficience humaine) de 2009. "Une trentaine de nouveaux cas ont Ă©tĂ© recensĂ©s, pour dix dĂ©cĂšs", souligne Shantala ĂthĂ©ocle, chargĂ©e de communication et de prĂ©vention Ă l'association RIVE. Les hommes sont plus touchĂ©s que les femmes (69,45% contre 30,55%). 84,5% des patients ont entre 30 et 60 ans. Il faut toutefois rappeler que "tout le monde est concernĂ©, ce n'est pas une question d'orientation sexuelle, ni une question d'Ăąge".
D'ici 2050, les experts espĂšrent notamment une baisse de plus de 90% des contaminations. "Dans un monde idĂ©al", souligne Catherine Gaud. Le traitement comme prĂ©vention est peut-ĂȘtre une solution possible d'Ă©radication de la maladie sur le mode Ă©pidĂ©mique. Il est vrai qu'aujourd'hui les traitements sont plus efficaces et d'ailleurs avec moins d'effets secondaires. Et, en ce qui concerne un possible vaccin, "il n'y a aucune piste pour le moment", dĂ©clare le docteur.
"Le plus dur Ă vivre, ce n'est finalement pas le traitement en lui-mĂȘme mais bel et bien les paperasses", termine en riant Bernard.
*Prénom d'emprunt
Ămilie Sorres pour
