Toutes les composantes de la filiÚre BTP (Bùtiment et travaux publics) descendront dans la rue le vendredi 10 septembre 2010. Les différents corps de métiers du secteur (architectes, géomÚtres etc), ainsi que les syndicats ouvriers et patronaux vont manifester ensemble pour attirer l'attention des pouvoirs publics sur "la situation catastrophique" du BTP. Des motions seront déposées en préfecture, au conseil régional et au conseil général. Cette manifestation unitaire, au sens le plus large du terme, est une grande premiÚre à La Réunion. Les organisateurs attendent entre 3 000 et 5 000 personnes.
"Tous les grands chantiers ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s. Toutes les entreprises, mĂȘmes les plus grandes, sont en difficultĂ© ou vont l'ĂȘtre Ă trĂšs court terme. On se dirige droit dans le mur" constate un dirigeant syndical. Son syndicat reprĂ©sente les salariĂ©s, mais, dit-il, "c'est exactement le mĂȘme langage qui est tenu par nos interlocuteurs d'en face". Il fait allusion aux syndicats patronaux.C'est en effet Ă l'unanimitĂ© des diffĂ©rents secteurs du BTP que la dĂ©cision a Ă©tĂ© prise de mener une action commune. "Nous avons dĂ©jĂ eu trois rĂ©unions sur le sujets. Les banderoles sont en cours de finition" souligne le syndicaliste. "En tĂȘte de cortĂšge il y aura une banderole avec le logo de chacun syndicat et secteur reprĂ©sentĂ©s. Les uns et les autres dĂ©fileront ensuite sous leurs propres couleurs" prĂ©cise le reprĂ©sentant syndical.
Le vendredi 10 septembre au matin, les manifestants se rassembleront devant le jardin de l'Ătat Ă Saint-Denis. Le dĂ©part de la manifestation est prĂ©vu pour 10 heures. Le dĂ©filĂ© descendra les rues de Paris et de la Victoire. Un nouveau rassemblement doit avoir lieu devant la prĂ©fecture. "Nous allons demander une audience au prĂ©fet pour pouvoir lui remettre une motion attirant l'attention sur la situation du BTP et demandant la relace de la commande publique" indique le dirigeant syndical. Des dĂ©lĂ©gations remettront ensuite la mĂȘme motion au prĂ©sident du conseil rĂ©gional, Didier Robert et Ă la prĂ©sidente du conseil gĂ©nĂ©ral, Nassimah Dindar.
C'est l'arrĂȘt de plusieurs grands chantiers qui motivent l'inquiĂ©tude du monde du BTP. Lequel a dĂ©jĂ perdu plus de 8 000 emplois depuis le dĂ©butĂ© de l'annĂ©e. "Et ce n'est malheureusement pas fini. Des grandes entreprises ont dĂ©jĂ mis en place de nouveaux plans sociaux. Les licenciements vont se multiplier" souligne le reprĂ©sentant syndical. Le 17 mai dernier dĂ©jĂ , l'intersyndicale ouvriĂšre du secteur avait tirĂ© la sonnette d'alarme. "Nous sommes complĂštement pris Ă la gorge. C'est la premiĂšre fois que je vois une telle misĂšre sociale dans ce secteur" avait mĂȘme lancĂ© Jacky Balmine, porte-parole des syndicats de salariĂ©s.
Il ajoutait : "les politiciens de droite comme de gauche sont les principaux responsables de cette crise". Pierre Savigny, dirigeant de la fĂ©dĂ©ration CFDT du BĂątiment abonde dans le mĂȘme sens. "Gilbert Annette a arrĂȘtĂ© le PĂŽle ocĂ©an et le ZĂ©nith Ă Saint-Denis, Didier Robert a arrĂȘtĂ© la rocade du Tampon, la Maison des civilisations et le tram-train. L'argent qui a servi aux Ă©tudes, parfois mĂȘme aux premiers travaux est dĂ©finitivement perdu. Les projets sont stoppĂ©s dĂšs qu'une nouvelle majoritĂ© est Ă©lue Ă la tĂȘte d'une collectivitĂ©. On ne peut pas continuer de la sorte" dit-il.
L'annonce faite ce mardi par Didier Robert d'engager immĂ©diatement 28 millions d'euros dans des chantiers d'Ă©quipement communaux ne rassure guĂšre le secteur. "Il a sans doute pris conscience du malaise qui agite le secteur, c'est la raison pour laquelle il a fait cette annonce, mais 28 millions c'est largement insuffisant" commente un chef d'entreprise. Il en va de mĂȘme concernant le grand chantier de la nouvelle route du littoral. "Didier Robert a promis que les travaux commenceront avant la fin de son mandat. MĂȘme Ă supposer que ce soit vrai, combien d'entreprises seront mortes d'ici lĂ " se demande-t-il.
Le mĂ©contentement de ce secteur clĂ© de l'Ă©conomie rĂ©unionnaise n'a bien sĂ»r pas Ă©chappĂ© Ă l'Ătat. Ce mardi au cours de la confĂ©rence de presse qu'il tenait sur l'installation du conseil supĂ©rieur de la commande publique, le prĂ©fet, Michel Lalande, a Ă©tĂ© interrogĂ© sur la possibilitĂ© d'une intervention de l'Ătat en matiĂšre de relance Ă©conomique dans le BTP. Il rĂ©pondu : "j'espĂšre que celui qui vous l'annoncera (l'intervention de l'Ătat - ndlr) sera quelqu'un d'autre que moi dans les prochaines semaines".âšUne phrase sibylline pouvant sous entendre que François Fillon sera bientĂŽt en visite officielle Ă La RĂ©union. Le chef du gouvernement viendrait signer avec Didier Robert, prĂ©sident du conseil rĂ©gional, les nouveaux accords de Matignon (voir aussi article "Possible venue de François Fillon Ă La RĂ©union"). Il faudra alors que soient pris des engagements autres que ceux contenus dans ces accords pour calmer les inquiĂ©tudes du BTP.
Mahdia Benhamla pour
