ColĂšre agricole : une centaine de tracteurs de la Coordination rurale fait route vers Paris

  • PubliĂ© le 8 janvier 2026 Ă  05:30
  • ActualisĂ© le 8 janvier 2026 Ă  08:22
Des gendarmes bloquent un convoi d'agriculteurs prĂšs de Toulouse, le 7 janvier 2026

Bravant les intempéries, les interdictions préfectorales et faisant fi des derniÚres annonces du gouvernement, une centaine de tracteurs menée pas des agriculteurs de la Coordination rurale s'achemine vers Paris pour manifester le ras-le-bol de la profession.

Epizootie de dermatose bovine (DNC), cours du blé et prix élevé des engrais, menace d'une concurrence accrue des pays latino-américains du Mercosur... "Tant qu'on n'aura pas de réponse", les agriculteurs maintiendront la pression sur Paris et Bruxelles, a déclaré à l'AFP Lionel Candelon, président de la Chambre d'agriculture du Gers et membre de la direction nationale de la Coordination rurale (CR).

Le deuxiÚme syndicat agricole, coutumier des passages en force et des actions musclées, compte entrer jeudi en fin de matinée dans la capitale.

Déjà, "plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de tracteurs" étaient mercredi soir aux portes de Paris dans l'attente de converger jeudi vers les "lieux symboliques" parisiens et vers les parlementaires, a indiqué à l'AFP un porte-parole de la CR.

Dans les Yvelines, quatre tracteurs ont forcé un barrage de gendarmerie mercredi matin, touchant deux véhicules des forces de l'ordre, sans faire de blessé, selon une source policiÚre. Trois personnes ont été placées en garde à vue.

Au total, au moins une centaine de tracteurs ont Ă©tĂ© recensĂ©s Ă  16H00 dans les dĂ©partements limitrophes, notamment en Seine-et-Marne, dans l'Essonne et en Eure-et-Loir, selon la mĂȘme source.

Mais les manifestants, en provenance de plusieurs départements, surtout du Sud-Ouest, épicentre de la contestation agricole depuis décembre, doivent encore obtenir le feu vert de la préfecture de police de Paris pour entrer dans la capitale.

Une cellule interministérielle de crise a été activée mercredi en fin de journée "pour faire le point" sur les actions d'agriculteurs, a par ailleurs appris l'AFP auprÚs de l'entourage du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.

"On est trĂšs Ă©tonnĂ©s d'un tel dĂ©ploiement de moyens parce qu'on a dit que la manifestation Ă©tait pacifique", a dĂ©clarĂ© le prĂ©sident de la CR Bertrand Venteau sur France Inter. "MĂȘme en sous-marin par la Seine, on va y arriver. On aura peut-ĂȘtre perdu des troupes, mais on arrivera dans Paris sur des lieux symboliques pour porter nos dolĂ©ances", a-t-il ajoutĂ©.

- "Guerre d'usure" -

Dans le Sud-Ouest, la mobilisation s'est poursuivie mercredi à renfort de tracteurs, fumier et bottes de paille, les agriculteurs érigeant une dizaine de barrages sur les principaux axes autour de Toulouse. Et ce, malgré les températures négatives et les interdictions préfectorales de manifester prises notamment en raison du "risque de troubles à l'ordre public".

Au total, 16 manifestants ont été placés en garde à vue au cours de la journée de mercredi, principalement pour entrave à la circulation, et 12 dossiers ont été transmis au parquet, a indiqué le procureur de la République de Toulouse David Charmatz dans un communiqué. Toutes les gardes à vue avaient été levées en fin de journée.

"Cette situation est inacceptable et illustre une dérive grave dans la gestion de ce mouvement agricole", avait regretté plus tÎt dans la journée l'intersyndicale agricole de Haute-Garonne.

Mercredi en fin de journée, les points de blocage autour de Toulouse s'étaient en partie desserrés, notamment sous la pression des forces de l'ordre selon les manifestants joints par l'AFP, mais la circulation restait perturbée sur l'A61 et la RN124.

"C'est une guerre d'usure. On est dĂ©terminĂ©s Ă  faire le nĂ©cessaire pour avoir des rĂ©ponses et ĂȘtre entendus", a lancĂ© depuis un cortĂšge Ă  l'ouest de Toulouse Pierre Solana, Ă©leveur du Gers de 37 ans, aprĂšs que le Premier ministre SĂ©bastien Lecornu a promis mardi Ă  la FNSEA des annonces d'ici la fin de semaine.

AprÚs son entretien avec M. Lecornu, le patron de la FNSEA Arnaud Rousseau a répété mardi que l'accord UE-Mercosur, dont la signature est prévue le 12 janvier, représentait "le symbole de ce que nous ne voulons pas pour l'agriculture européenne".

En attendant, le gouvernement a encore tentĂ© de donner des gages au monde agricole en marge de la rĂ©union des ministres de l'Agriculture Ă  Bruxelles, la ministre française Annie Genevard affirmant que "la taxe carbone (europĂ©enne) sur les engrais pourra ĂȘtre suspendue". Une annonce que n'a toutefois pas confirmĂ©e la Commission europĂ©enne.

MĂȘme la rallonge budgĂ©taire de 45 milliards d'euros promise dans la future politique agricole commune (PAC) ne devrait pas "faire avaler la pilule du Mercosur" aux agriculteurs, a estimĂ© le dĂ©putĂ© de la Somme (ex-LFI) François Ruffin.

AFP

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