Halloween : entre créativité et obstacles, A2 MakeUp Art tente de faire vivre son art
Publié le 31 octobre 2026 à 02:57
Faux sang, plaies plus vraies que nature, visages effrayants et bien d'autres : à l'occasion d'Halloween, Adeline, alias A2 MakeUp Art, laisse libre cours à sa créativité. Derrière des maquillages spectaculaires, Adeline a appris à maîtriser de nombreuses techniques en autodidacte. Difficile pour elle, cependant, de vivre de cette passion à La Réunion, faute de produits adéquats, de visibilité, mais surtout de reconnaissance en tant qu'artiste. La jeune femme n'en démord pas et continue à mettre en avant son art. (Photos : Ludovic Brasier/www.imazpress.com)
Adeline, 24 ans, alias A2 MakeUp Art, est une maquilleuse autodidacte, coup de cœur du Prix départemental 2024. Son premier maquillage, elle s'en souvient, c'était la Dame de cœur avec une carte enfoncée dans le front. "C'était la première fois que j'utilisais du latex, du faux sang, et c'est ce qui m'a marquée le plus". À l'époque, la jeune femme est au collège, un jour d'Halloween. "Quand je suis arrivée au collège, j'ai eu tous les regards sur moi qui m'ont dit "Waouh, mais c'est trop bien ce que tu fais, Adeline !" Et je me suis dit "Ah, pourquoi pas ?" ". "Je n'ai pas lâché l'affaire ni abandonné".
- "Je me suis toujours cherchée dans l'art"-
Cette ambition de faire du maquillage artistique, elle ne sait pas trop si cela lui vient de ce jour-là ou si cette passion était déjà enfouie en elle. "Je me suis toujours cherchée dans l'art. J'ai commencé par le dessin, la peinture, le nail art aussi que j'ai essayé, et au fur et à mesure, ça a dévié sur l'esthétique", nous explique-t-elle. "Mais je ne trouvais pas ce qui me convenait, et c'est après que j'aie découvert le maquillage artistique. C'est arrivé comme par magie, on va dire".
La jeune femme a alors trouvé sa vocation. "Quand je dis maquillage artistique, c'est une généralité que je fais. Je suis spécialisée en science-fiction, donc avec les fausses blessures, le faux sang, comme dans les films, en body painting, en face painting, en belly painting pour les femmes enceintes, maquillage enfant, etc., un petit peu de tout", nous dit-elle.
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- Halloween, le tremplin du makeup artisit -
Palettes, pinceaux et accessoires, Adeline sort son attirail pour réaliser un maquillage d'Halloween. Un œil noir, une base blanche, difficile de deviner ce que prépare la makeup artist. Et quand le dernier coup de pinceau est donné, son modèle se transforme en une momie égyptienne.
"C'est une tradition pour moi de faire mes maquillages d'Halloween parce que chaque année, je tente des concours à l'international", nous dit la jeune artiste.
"En Amérique, il y a souvent des concours où je candidate. Par exemple, on a le Mehron 31 jours d'Halloween, où tu postes un maquillage et tu mets ce hashtag-là. J'ai déjà été sélectionnée en 2024 et c'est énorme. Tu as une grosse visibilité. Souvent, les marques en Amérique me repèrent et elles sont un peu étonnées de ce que je fais".
- Improviser avec les moyens du bord -
Une prestation pour une personne, va dépendre de s'il s'agit d'un face painting, pour Halloween, entre 1h30 et 2h en fonction des détails. "La prestation qui m'a pris le plus de temps, c'était l'année dernière pour le clip de Benji. Si je ne dis pas de bêtises, j'ai maquillé 17 zombies en moins de 2h", nous dit Adeline.
Autodidacte, la jeune femme a appris seule à se perfectionner. "Principalement, j'improvise. Normalement, c'est conseillé de faire des croquis". "Je ne regardais pas forcément des tutoriels. J'allais directement prendre des photos sur Pinterest ou Google et je reproduisais ce que je voyais avec les moyens du bord sans forcément avoir les mêmes produits".
En effet, si la jeune fille s'inspire des autres, une limite s'imposait et s'impose toujours à elle : l'écart dans les produits disponibles. "Si je regardais les tutos principalement, ce seraient des produits qui ne se retrouvent pas à La Réunion et je n'allais pas forcément avoir le même résultat ou pouvoir le refaire".
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Adeline préfère donc observer puis improviser avec ce qu'elle possède sous la main.
- À La Réunion, une passion difficile à faire vivre et à faire connaître -
En tant que makeup artist, Adeline rencontre tout de même le souci de la clientèle. "Il y a des périodes qui sont assez creuses, mais je vais avoir pas mal de clientèles lors des fêtes", nous explique t-elle. Les fêtes notamment Halloween ou encore Noël sont donc les mois lui rapportant le plus de prestations.
Un problème qui s'ajoute à la difficulté de trouver les produits nécessaires et adéquats à sa pratique, la plupart devant être importé directement à La Réunion. En parallèle, Adeline est community-manager, elle ne vit donc pas de sa passion. "C'est super dur car à La Réunion, par exemple, on ne va pas retrouver forcément des couleurs dans les magasins, à cause du "clean girl era", on va avoir des couleurs assez nude etc", pointe t-elle.
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"Il y a quelques petits magasins qui le font, mais la qualité n'est pas forcément ce que moi, je recherche pour mes prestations. Forcément, je vais devoir importer, aller prendre sur des sites et me taper les douanes, ou sinon je le fais livrer chez des amis en France qui me les renvoient ", continue-t-elle
De plus, l'activité qu'elle exerce n'est pas considérée comme de l'art et n'accorde pas à elle et aux autres qui la pratiquent, le statut d'artiste. "J'ai beau contacter des institutions parce que j'aimerais faire des études qui sont hors de prix en métropole, mais on n'est pas considéré comme artiste". "C'est comme peindre sur une toile, c'est quasiment la même chose, mais ce n'est pas de l'art aux yeux de ces institutions-là", explique Adeline.
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- "Ne pas abandonner. Toujours continuer" -
Pour la période d'Halloween, la jeune femme a produit plusieurs contenus en collaboration avec des photographes et créateurs réunionnais. "C'est mon petit projet de mettre en avant ces talents-là tous ensemble. Et de mettre le maquillage dans leur main pour fusionner notre passion", nous dit elle. Ulrich, alias Lordrick Prod, notamment, travaille avec elle depuis 2023. "Mon but c'est vraiment de lui donner un coup de pouce, c'est comme ça qu'on avance", explique-t-il.
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Derrière un beau maquillage artistique d'Halloween, se cache un artiste qui n'est pas considéré comme tel. Un artiste qui n'est pas limité à une fête une fois dans l'année. Une situation qui pèse sur le budget d'Adeline, mais aussi sur les prix de ses prestations. Des prix parfois contestés par la clientèle qui les considèrent comme étant illégitimes.
"J'attends un petit peu plus d'ouverture d'esprit à La Réunion", avance la jeune femme. Des conditions qui freinent souvent celles et ceux qui souhaitent entrer dans cet univers.
"Il y a des gens qui aimeraient se lancer, mais ils arrêtent. Tu vas avoir quelques posts sur les réseaux sur un an, deux ans et puis ça stoppe. Moi, je ne lâche pas l'affaire et j'essaie de mettre en avant ces maquillages-là parce qu'elles ne devraient pas lâcher ce qu'elles font", continue-t-elle.
Alors "ne lâchez pas l'affaire. Ne pas abandonner. Toujours continuer".