Israël : aucune majorité après dépouillement de la moitié des voix, Netanyahu et son camp en tête

  • Publié le 28 octobre 2026 à 02:57
  • Actualisé le 28 octobre 2026 à 11:31
Elections en Israël : l'opposition devant Netanyahu, mais sans majorité

(Actuaisé) Pas de gagnant, mais deux volontaires pour diriger Israël. La coalition de Benjamin Netanyahu devance mercredi le bloc de l'opposition mais aucune majorité gouvernementale ne se dessine, après le dépouillement de la moitié des suffrages exprimés lors d'élections législatives où le Premier ministre israélien joue sa survie politique. Son rival Gadi Eisenkot, tout comme Benjamin Netanyahu se sont tous deux dits prêts à former un gouvernement, augurant d'intenses tractations.

Après le dépouillement de 51,8% des bulletins, le Likoud (droite) de M. Netanyahu et ses alliés sont crédités de 55 sièges sur les 120 que compte la Knesset, contre 49 pour le bloc de l'opposition et 16 pour les partis arabes, selon les données publiées par la Commission électorale.

Ces résultats partiels sont susceptibles de changer grandement au fur et à mesure que le dépouillement avance. Plusieurs sondages à la sortie des urnes publiés mardi mettaient les camps au coude-à-coude et sans majorité.

Le président américain Donald Trump a estimé mercredi que son soutien à M. Netanyahu, dans les derniers jours de campagne, l'avait "beaucoup aidé", alors que les sondages israéliens donnaient quasi unanimement l'avantage à l'opposition avant le scrutin.

Dans la nuit, M. Netanyahu et son principal rival, le centriste Gadi Eisenkot qui dirige le bloc principal de l'opposition, ont tous deux affirmé qu'ils étaient en position de force après ces élections législatives, les premières depuis le traumatisme des attaques du 7 octobre 2023 menées par le Hamas en Israël.

"Nous devons mettre en place un gouvernement de droite fort", a déclaré M. Netanyahu, appelant "la majorité juive et sioniste à se ressaisir et à s'unir".

De son côté, Gadi Eisenkot a estimé que "le peuple a choisi le changement" et promis de "tout faire pour former un gouvernement".

L'issue du scrutin est observée de près au-delà des frontières d'Israël, pays qui fait face à des critiques internationales croissantes sur la conduite de sa guerre dévastatrice à Gaza et une explosion de violences en Cisjordanie occupée.

Elle pourrait aussi avoir un impact sur la suite du conflit régional qui secoue le Moyen-Orient, M. Netanyahu ayant multiplié les menaces d'une nouvelle campagne militaire contre l'Iran ces derniers jours.

"Nous devons mettre en place un gouvernement de droite fort", a déclaré M. Netanyahu, appelant "la majorité juive et sioniste à se ressaisir et s'unir".

Silencieux depuis la clôture des bureaux de vote à 22H00 (20H00 GMT), il est apparu enjoué sur scène devant ses partisans vers 03H00 du matin (01H00 GMT), poussant même la chansonnette avec eux pendant un discours inhabituellement court.

- Un taux de participation de 77,7%, au plus haut depuis 1999- 

Les sondages de sortie des urnes avaient d'abord donné le camp de l'opposition emmené par le centriste Gadi Eisenkot légèrement devant Benjamin Netanyahu, avant de les placer à égalité, avec 51 sièges chacun.

C'est loin du nombre de sièges nécessaires (61 sièges sur les 120 que compte le Parlement israélien) pour obtenir une majorité.

Mais malgré les résultats serrés, Gadi Eisenkot a vu les premières estimations comme un "désaveu complet" pour Benjamin Netanyahu. "Le peuple a choisi le changement", a-t-il assuré devant ses partisans, promettant de "tout faire pour former un gouvernement".

Le Premier ministre de 77 ans n'a lui pas eu un mot pour son rival dans son discours. Et il n'a pas revendiqué de victoire, se contentant de souligner que sa formation, le Likoud, restait le premier parti avec 27 sièges estimés (contre 32 précédemment), devant le Yashar de M. Eisenkot.

Les Israéliens ont massivement pris part à ce scrutin, le premier depuis le 7-Octobre, avec un taux de participation de 77,7%, au plus haut depuis 1999.

- Poussée inédite des partis arabes - 

L'autre fait marquant de la soirée est la poussée spectaculaire des deux listes arabes israéliennes, Raam (Liste arabe unie, islamiste modéré) et la Liste unifiée (extrême gauche), qui s'imposent comme de possibles faiseurs de rois avec 18 ou 19 députés attendus (contre 10 dans le Parlement actuel).

Le camp de Benjamin Netanyahu a subi "une défaite majeure", a assuré le dirigeant de Raam, Mansour Abbas, se disant prêt à travailler avec M. Eisenkot, ce que ce dernier a toujours dit ne pas envisager.

"Il est hors de question de former un gouvernement qui s'appuie sur des partis arabes", a lui martelé le Premier ministre, qui a largement fait campagne contre eux, notamment via le slogan de "la droite ou la Palestine".

La situation a pour l'instant des airs d'impasse, comme souligne Ilana Shpaizman, maîtresse de conférences en sciences politiques à l'université de Bar-Ilan.

"Netanyahu n'a aucun moyen de former un gouvernement" et le bloc de M. Eisenkot devra "soit former un gouvernement avec les partis arabes, soit établir un gouvernement minoritaire", deux options jusque-là rejetées par le camp de l'opposition, dit-elle.

Les partis vont désormais se lancer dans des semaines d'intenses tractations pour tenter de former une coalition gouvernementale.

Et en cas d'échec, comme cela est arrivé plusieurs fois dans l'histoire d'Israël, il faudra retourner aux urnes - une option rejetée par M. Eisenkot au vu de la forte mobilisation.

"Pour former un gouvernement, il faudra briser les règles et les normes établies, en forgeant des alliances inédites", souligne Yaheli Lifshitz, un étudiant venu célébrer la performance de Gadi Eisenkot au siège de son parti à Tel-Aviv, où les estimations ont été accueillies aux cris de "Bibi (surnom de Netanyahu) rentre chez toi !".

- "Éliminer la menace iranienne" - 

La Commission électorale va commencer à publier progressivement les résultats officiels dans la nuit de mardi à mercredi, un processus qui pourrait durer plusieurs jours.

Benjamin Netanyahu, qui a multiplié les discours alarmistes ces derniers jours, a de nouveau brandi la menace iranienne dans son discours.

Israël a "une opportunité historique unique avec notre partenaire le président Trump pour éliminer définitivement la menace existentielle de l'Iran", a-t-il déclaré.

M. Eisenkot l'avait mis en garde quelques heures plus tôt : "n'essaie même pas d'utiliser la sécurité d'Israël à des fins politiques".

Et alors que des médias israéliens ont évoqué ces derniers jours des divergences entre l'armée et le Premier ministre, le candidat centriste s'est adressé aux responsables sécuritaires du pays. Benjamin Netanyahu n'a "pas de mandat, ni la confiance du peuple. Rappelez-vous que vous ne servez que l'Etat et les intérêts des citoyens israéliens", a-t-il dit.

Le tableau indécis qui se dessine pour l'instant est l'image de la polarisation du pays, qui s'est renforcée depuis les attaques du 7 octobre 2023 dont l'ombre a plané sur le scrutin.

Les élections interviennent aussi sur fond de critiques internationales croissantes contre la conduite de la guerre à Gaza, ainsi que les violences et l'expansion des colonies en Cisjordanie occupée, sous le gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël.

"Je veux du changement", a affirmé Asia Egbaria, étudiante en droit de 23 ans, en votant à Oum al-Fahm, ville majoritairement arabe du nord. "Je ne veux plus être traitée comme une citoyenne de deuxième ou de troisième classe. Je veux juste vivre en paix et sereinement".

AFP

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