Réunies au Golf du Bassin Bleu pour la 3ème année consécutive ce jeudi 29 octobre 2026, les professions libérales de La Réunion ont répondu nombreuses à l’invitation de l’Union nationale des professions libérales (UNAPL) Réunion pour une journée placée sous le signe de la cohésion, de la représentativité et de l’anticipation des mutations économiques. Nous publions ci-dessous le communiqué (Photos : UNAPL)
Au programme : des échanges avec les représentants institutionnels et économiques, trois ateliers thématiques et une réflexion collective sur les enjeux de l’intelligence artificielle et de la financiarisation des professions.
La journée s’est ouverte sur un geste symbolique fort. Abdoullah Lala, président de l’UNAPL Réunion, a invité les participants à se lever et à observer une minute de silence en signe de mobilisation contre le racisme et l’antisémitisme. Un moment qui a donné le ton d’une rencontre placée sous le signe des valeurs communes, du respect et de la solidarité.
La mobilisation était également au rendez-vous, avec une salle comble témoignant de l’intérêt des professionnels pour ce temps de rassemblement. Issues des secteurs du droit, de la santé, des professions techniques et des services, les professions libérales partagent des préoccupations communes : défendre leur modèle d’exercice, accompagner les évolutions de leurs métiers et renforcer leur place dans le développement économique du territoire.
Elles représentent près de 20.000 entreprises à La Réunion.
Président de l’UNAPL nationale, Denis Raynal a rappelé l’importance de préparer l’avenir en anticipant les évolutions réglementaires, économiques et sociétales pour les traduire en actions concrètes.
L’organisation entend rester vigilante et prendre toute sa place dans les débats à venir, notamment à l’approche de l’élection présidentielle. Parmi les priorités évoquées figurent la construction d’un cadre plus cohérent et plus lisible pour les professions libérales, à travers un code dédié, ainsi que la création d’une Maison des professions libérales à La Réunion. Un projet considéré comme nécessaire pour renforcer l’accompagnement, la visibilité et la représentation de ces professionnels.
- Les acteurs publics réaffirment leur soutien -
Plusieurs représentants institutionnels ont participé aux échanges, soulignant le rôle des professions libérales dans l’activité économique, l’emploi et la création d’entreprises. Représentant la mairie de Saint-Paul, Irshard Omarjee a insisté sur la nécessité de poursuivre le dialogue avec les acteurs économiques. L’emploi constitue un enjeu essentiel pour le territoire, et la commune entend soutenir l’entrepreneuriat ainsi que l’installation de nouvelles entreprises.
Conseiller régional, Pascal Plante a, pour sa part, appelé à prendre le temps nécessaire pour appréhender les transformations en cours, notamment celles liées à l’intelligence artificielle. L’enjeu est de faire de cette technologie un outil au service des professionnels, et non un substitut à leurs compétences. Il a également réaffirmé l’engagement de la Région en faveur de la formation, de la diversification économique et de la valorisation des talents réunionnais.
Éric Bertrand, responsable de l’anticipation et de l’accompagnement des mutations économiques à la DEETS, a rappelé l’importance des initiatives qui permettent aux entreprises de développer de nouveaux outils et de renforcer les compétences de leurs équipes. L’objectif est de transformer les contraintes en opportunités, notamment en travaillant sur l’« employeurabilité » : la capacité d’une entreprise à améliorer son attractivité auprès des salariés et des futurs talents.
La formation professionnelle, notamment à travers le FIF PL, le Fonds interprofessionnel de formation des professionnels libéraux, constitue également un levier essentiel pour accompagner les évolutions des métiers.
- Intelligence artificielle : passer de l’usage à la maîtrise -
L’intelligence artificielle a constitué l’un des temps forts de la journée, avec un atelier consacré à ses usages, à son intégration dans les entreprises et aux conditions de son déploiement. Les échanges ont permis d’aborder les enjeux humains, organisationnels et techniques de cette transformation. Les entreprises peuvent être accompagnées notamment par la mise en place de démarches structurées et de chartes adaptées aux usages de l’IA. Le programme Impulsions IA, porté avec la DEETS, s’inscrit dans cette volonté d’aider les entreprises à intégrer ces outils dans leurs pratiques.
La question n’est désormais plus seulement celle de l’adoption de l’intelligence artificielle, mais aussi celle de la sécurisation de ses usages, de la protection des données et de la responsabilité des utilisateurs. Karl Maillot de la CFDT a défendu une approche qu’il qualifie de "technolucide" : ni technophobe ni technophile, mais attentive aux effets réels de la technologie sur le travail, les compétences et les organisations. Il a notamment appelé à construire une méthode territoriale partagée pour accompagner ces évolutions. Cette table ronde a également permis d’aborder les solutions concrètes pouvant être développées au bénéfice des entreprises. La présentation d’une solution personnalisée intégrant l’IA a suscité une curiosité et un intérêt manifestes parmi les professionnels présents.
Au-delà des outils, un message s’est dégagé des échanges : l’intelligence artificielle doit renforcer l’intelligence humaine et collective, et non s’y substituer. La formation, l’accompagnement et la maîtrise des risques seront déterminants pour permettre aux professions libérales de tirer parti de ces nouvelles possibilités.
- Financiarisation : préserver l’indépendance des professions -
Autre sujet majeur abordé au cours de la journée : la financiarisation croissante de certaines activités libérales. Les intervenants ont notamment alerté sur la place prise par les fonds d’investissement dans le secteur de la santé à La Réunion. Selon les chiffres évoqués lors des échanges, 85 % des cabinets de radiologie réunionnais seraient détenus par des fonds d’investissement, tandis que les laboratoires d’analyses médicales seraient concentrés entre les mains de deux fonds. Ces évolutions interrogent l’avenir du modèle libéral, fondé sur l’indépendance professionnelle, la proximité avec les patients et les clients, ainsi que la responsabilité individuelle des praticiens. Elles soulèvent également la question du financement des entreprises : le manque de capitaux propres peut fragiliser leur développement et les rendre plus dépendantes de financements extérieurs.
Pour les professions libérales, l’enjeu consiste à préserver leur capacité à entreprendre et à investir sans perdre la maîtrise de leurs activités et de leurs choix professionnels.
En réunissant les professionnels, les représentants institutionnels et les acteurs de l’accompagnement économique, l’UNAPL Réunion entend poursuivre ce travail collectif et faire entendre la voix des professions libérales dans les réflexions sur l’avenir économique du territoire.
Cette journée a également été l’occasion de distinguer la mairie de Saint-Paul pour son initiative en faveur de l’inclusion de ses salariés qui peuvent bénéficier d’une journée cultuelle par an, saluée par la remise d’une distinction. Par Denys Raynal président de l’UNAPL et d’Abdoullah Lala, Président de l’UNAPL Réunion.

