Rentrée : la baisse du niveau d'exigence des nouveaux concours de l'enseignement inquiète le monde de l'éducation

  • Publié le 19 août 2026 à 02:59
professeur des écoles

Un changement majeur intervient dès cette rentrée d'août 2026 pour les enseignants de La Réunion. Suite à une réforme initiée en 2025, les candidats qui ont passé et réussi leur concours de professeur dès la fin de la licence, après seulement trois ans d'études, vont découvrir leur nouveau métier et les élèves. Une évolution qui suscite déjà des interrogations. (Photo photo Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Jusqu'en 2026, les candidats aux différents concours de l'Éducation nationale devaient être titulaires d'un master. Ce n'est plus le cas désormais. Pour cette année scolaire 2026, des professeurs vont adopter un nouveau statut, celui d'élève fonctionnaire.

Ils vont intégrer, à partir de ce mois d'août, un nouveau cursus professionnalisant, le master enseignement et éducation (M2E), qui va les préparer progressivement au professorat. Outre les cours en didactique et en pédagogie, les aspirants enseignants seront amenés à participer à des stages d'observation en classe. Ils vont alors être en binôme avec l'un de leurs collègues, bien plus expérimentés.

Principe moteur de cette réforme, la désaffection grandissante pour ces métiers liés à l'éducation. Selon les chiffres du ministère, le nombre d'inscriptions aux concours a chuté de 45 % depuis 2021. En 2024, en France, ce seraient environ 3 000 postes qui seraient restés vacants.

- Des réserves sur le niveau des enseignements -

Pour rendre l'entrée dans ce métier plus attractive, décision a été prise par le gouvernement de proposer une formation rémunérée et avec des critères assouplis et élargis en matière de diplôme. Décision qui semble avoir été couronnée de succès puisque, selon le rectorat de La Réunion, "le concours 2026 enregistre des résultats en nette progression sur tous les indicateurs de l’attractivité du métier".

De quoi réjouir ceux qui estiment que le recrutement dans cette profession avait besoin d'être revitalisé. "C'est une bonne nouvelle. À La Réunion, ça a bien fonctionné et c'est une manière de remettre un enseignant devant chaque élève", estime Eric Dijoux, secrétaire académique de l'Unsa. Interrogé sur le niveau de cette nouvelle procédure de recrutement, qui apparaît comme moins exigeante sur le plan universitaire, le syndicaliste affirme qu'il ne s'agit pas d'un "sous-concours avec des sous-candidats".

Une position tranchée que ne partage pas forcément l'ensemble du corps professoral. Des réserves s'expriment en particulier sur les enseignements dispensés au collège et au lycée par ces nouveaux professionnels. "Nous sommes assez inquiets du niveau de leur formation. Le risque, c'est qu'ils ne maîtrisent pas complètement l'ensemble des outils théoriques et des notions qui s'enchaînent dans une discipline donnée", détaille Antoine Laurenti, secrétaire départemental de la FSU en charge de l'Éducation nationale.

- Pallier aux absences des professeurs -

Cette inquiétude autour des compétences et des acquis de ces futurs enseignants ne semble toutefois pas alarmer le rectorat. "A-t-on besoin d'un master pour enseigner en primaire ? La réalité, c'est qu'un haut niveau de connaissance n'implique pas une bonne gestion de classe", explique ainsi Jérôme Vanderbeken, directeur de l'école académique de la formation continue à La Réunion. Pour le professionnel de l'éducation, cette nouvelle mouture de formation d'enseignant permettra de connaître et d'intégrer les ficelles du métier de manière progressive. "On apprend à être un professeur en étant sur le terrain. On considère habituellement qu'il faut au moins cinq ans pour se sentir à l'aise devant une classe."

Des arguments qui peinent pourtant à convaincre Antoine Laurenti. Ce dernier ne voit dans cette réforme du recrutement qu'une manière de masquer les difficultés actuelles que rencontrent les enseignants. "On a juste mis des pions dans des cases avec ce nouveau concours. On voit bien qu'on ne nous demande plus de transmettre des connaissances mais simplement d'encadrer des élèves".

Plus pragmatique, Isabelle Poncharville, présidente de la Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public (Peep), voit plutôt les aspects positifs de ce recrutement élargi pour les familles. "C'est plutôt une bonne initiative de la part du ministère. Il a voulu pallier la pénurie de professeurs car on est régulièrement confrontés à des absences en classe qui ne sont pas compensées. En multipliant le nombre d'enseignants, on peut espérer que ça s'améliore."

- Amélioration globale des conditions de travail -

Si la représentante des parents affirme que l'attente de ces derniers est forte autour de cette réforme, elle concède qu'il faut pourtant attendre de voir si elle est suivie d'effets réels en matière d'attractivité sur la durée.

Un doute que partagent largement des membres du corps enseignant, qui estiment que leur administration de tutelle se trompe de cible avec cette réforme. "Le risque, c'est de faire venir des candidats qui ne resteront que quelques années. Face aux difficultés du terrain, il est possible qu'on assiste à beaucoup de démissions", indique le représentant syndical de la FSU.

Pour ce dernier, la véritable solution pour amener davantage de monde vers les métiers de l'éducation tient surtout à une amélioration globale des conditions de travail au quotidien. "Outre une augmentation du salaire des enseignants, il faut surtout améliorer le cadre général qui existe à l'école en embauchant plus d'assistants sociaux, plus de conseillers d'orientation, de psychologues et d'infirmiers scolaires." Pas sûr que la piste ici suggérée, en termes d'amélioration de l'attractivité du métier, soit celle que suit actuellement le ministère de l'Éducation nationale.

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