Rentrée : la baisse du niveau d'exigence des nouveaux concours de l'enseignement inquiète le monde de l'éducation

  • Publié le 19 août 2026 à 15:43
professeur des écoles

(actualisé) Un changement majeur intervient dès cette rentrée d'août 2026 pour les enseignants de La Réunion. Suite à une réforme initiée en 2025 pour rendre ce métier plus attractif, les candidats qui ont passé et réussi leur concours de professeur dès la fin de la licence, après seulement trois ans d'études, vont découvrir leur nouveau poste et les élèves. Une évolution qui suscite déjà des interrogations. (Photo photo Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Jusqu'en 2026, les candidats aux différents concours de l'Éducation nationale devaient être titulaires d'un master. Ce n'est plus le cas désormais. Pour cette année scolaire 2026, des professeurs vont adopter un nouveau statut, celui d'élève fonctionnaire.

Ils vont intégrer, à partir de ce mois d'août, un nouveau cursus professionnalisant, le master enseignement et éducation (M2E), qui va les préparer progressivement au professorat. Outre les cours en didactique et en pédagogie, les aspirants enseignants seront amenés à participer à des stages d'observation en classe. Ils vont alors être en binôme avec l'un de leurs collègues, bien plus expérimentés.

Principe moteur de cette réforme, la désaffection grandissante pour ces métiers liés à l'éducation. Selon les chiffres du ministère, le nombre d'inscriptions aux concours a chuté de 45 % depuis 2021. En 2024, en France, ce seraient environ 3 000 postes qui seraient restés vacants.

- Des réserves sur le niveau des enseignements -

Pour rendre l'entrée dans ce métier plus attractive, décision a été prise par le gouvernement de proposer une formation rémunérée et avec des critères assouplis et élargis en matière de diplôme. Décision qui semble avoir été couronnée de succès puisque, selon le rectorat de La Réunion, "le concours 2026 enregistre des résultats en nette progression sur tous les indicateurs de l’attractivité du métier".

De quoi réjouir ceux qui estiment que le recrutement dans cette profession avait besoin d'être revitalisé. "C'est une bonne nouvelle. À La Réunion, ça a bien fonctionné et c'est une manière de remettre un enseignant devant chaque élève", estime Eric Dijoux, secrétaire académique de l'Unsa. Interrogé sur le niveau de cette nouvelle procédure de recrutement, qui apparaît comme moins exigeante sur le plan universitaire, le syndicaliste affirme qu'il ne s'agit pas d'un "sous-concours avec des sous-candidats".

Une position tranchée que ne partage pas forcément l'ensemble du corps professoral. Des réserves s'expriment en particulier sur les enseignements dispensés au collège et au lycée par ces nouveaux professionnels. "Nous sommes assez inquiets du niveau de leur formation. Le risque, c'est qu'ils ne maîtrisent pas complètement l'ensemble des outils théoriques et des notions qui s'enchaînent dans une discipline donnée", détaille Antoine Laurenti, secrétaire départemental de la FSU en charge de l'Éducation nationale.

- Pallier les absences des professeurs -

Cette inquiétude autour des compétences et des acquis de ces futurs enseignants ne semble toutefois pas alarmer le rectorat. "A-t-on besoin d'un master pour enseigner en primaire ? La réalité, c'est qu'un haut niveau de connaissance n'implique pas une bonne gestion de classe", explique ainsi Jérôme Vanderbeken, directeur de l'école académique de la formation continue à La Réunion. Pour le professionnel de l'éducation, cette nouvelle mouture de formation d'enseignant permettra de connaître et d'intégrer les gestes du métier de manière progressive. "On apprend à être un professeur en étant sur le terrain. On considère habituellement qu'il faut au moins cinq ans pour se sentir à l'aise devant une classe."

Des arguments qui peinent pourtant à convaincre Antoine Laurenti. Ce dernier ne voit dans cette réforme du recrutement qu'une manière de masquer les difficultés actuelles que rencontrent les enseignants. "On a juste mis des pions dans des cases avec ce nouveau concours. On voit bien qu'on ne nous demande plus de transmettre des connaissances mais simplement d'encadrer des élèves".

Plus pragmatique, Isabelle Poncharville, présidente de la Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public (Peep), voit plutôt les aspects positifs de ce recrutement élargi pour les familles. "C'est plutôt une bonne initiative de la part du ministère. Il a voulu pallier la pénurie de professeurs car on est régulièrement confrontés à des absences en classe qui ne sont pas compensées. En multipliant le nombre d'enseignants, on peut espérer que ça s'améliore."

- Amélioration globale des conditions de travail -

Si la représentante des parents affirme que l'attente de ces derniers est forte autour de cette réforme, elle concède qu'il faut pourtant attendre de voir si elle est suivie d'effets réels en matière d'attractivité sur la durée.

Un doute que partagent largement des membres du corps enseignant, qui estiment que leur administration de tutelle se trompe de cible avec cette réforme. "Le risque, c'est de faire venir des candidats qui ne resteront que quelques années. Face aux difficultés du terrain, il est possible qu'on assiste à beaucoup de démissions", indique le représentant syndical de la FSU.

Pour ce dernier, la véritable solution pour amener davantage de monde vers les métiers de l'éducation tient surtout à une amélioration globale des conditions de travail au quotidien. "Outre une augmentation du salaire des enseignants, il faut surtout améliorer le cadre général qui existe à l'école en embauchant plus d'assistants sociaux, plus de conseillers d'orientation, de psychologues et d'infirmiers scolaires." Pas sûr que la piste ici suggérée, en termes d'amélioration de l'attractivité du métier, soit celle que suit actuellement le ministère de l'Éducation nationale.

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12 Commentaires
KAR
KAR
1 mois

Un bac+5 pour enseigner à des primaires.... je connais des bac+5 qui n'ont aucun sens de la pédagogie et des bac, bac+2...qui sont excellent dans l'enseignement. Le concours ne permet pas de savoir si vous savez enseigner mais juste que vous cochez des cases attendues ... le niveau d'exigence ne devrait pas être basé sur le diplôme.

Lili
Lili
1 mois

On est d’ accord, le niveau d’étude n’a rien à voir avec le sens pédagogique, mais comme je l’ai dit plus bas:  « Au delà de l’aspect disciplinaire un bac+5 assure la capacité d’analyse, de synthèse, la réflexion, la réflexivité, qui sont nécessaires à la pratique. Il faut sans cesse inventer, créer, adapter, reformuler, surtout en primaire. »

Sucré-Salé
Sucré-Salé
1 mois

Il y a 50 ans en primaire un CAP suffisait, et c'était l'âge d'or de l'Education Nationale, des enseignants sont entrés il y a 30 ans avec Licence et ont passé leurs concours pour être certifiés par la suite...

A cause de votre BAC+5 moins payés que dans le privé plus de candidats, manque de profs.

La qualité d'un enseignant n'est pas le diplôme mais la MOTIVATION une fois son concours réussit...certains fraichement nommés sont en arrêt maladie pour rien, d'autres jamais.

MASTURBATION du cerveau que votre baisse de niveau pour passer concours de BAC+5 à BAC+3.

achtung
achtung
1 mois

C'est fait exprès ; comme ça dans quelques années on aura que des sous qualifiés, ensuite on supprime le SMIC, le RSA, et on paie les gens en fonction des leurs qualifications, c'est à dire rien ; on va se tiers-mondiser.
Les privilégiés auront la culture et l'argent pour se payer les bonnes écoles.
Merci le libéralisme (de gauche comme de droite), la droite et l'extrême droite qui comme toujours est le fer de lance, la roue de secours du capitalisme comme l'écrivait Herbert Marcuse.

Lo sucré
Lo sucré
1 mois

Et on a bien un médecin...
Merci papa

Atterré
Atterré
1 mois

Merci !

Pierrot 974
Pierrot 974
1 mois

Quand j'étais en primaire, le métier d'instituteur n'exigeait que le baccalauréat suivi de 2 années de pédagogie (après un concours passé en... 3ème).
Et avec ces instituteurs, à l'entrée en sixième, nous faisions 0 faute et savions compter.
Avec des bac + 5 aujourd'hui, chacun peut voir le résultat.
Et faut-il être ingénieur pour devenir maçon ?

Bzh29
Bzh29
1 mois

@pierrot 974: Le bac d'aujourd'hui est d'un niveau inférieur au certificat d'études des années 50. Les filières ont été démultipliées pour transformer des BEP en Baccalauréat, genre "aides à la personne". Le nombre de mentions TB a été multiplié par 20 en 50 ans. Mais une majorité d'étudiants ne sait pas écrire correctement en Français... Alors, non, le niveau licence ne suffira pas au collège et au lycée. D'autant qu'il s'agit pour nombre d'entre elles de diplômes de complaisance, Une certitude déjà: avec un salaire débutant à 2000 € et limite à 2500 € à 35 ans, les diplômés en sciences iront voir ailleurs.

Pierrot 974
Pierrot 974
1 mois

Bonjour
Nous sommes bien d'accord que le niveau des diplômes a globalement baissé.
Cependant, demander bac + 5 pour faire comprendre que "b a" se prononce "ba" ou expliquer une multiplication reste pour le moins hallucinant.

Lili
Lili
1 mois

Ça me fait marrer les gens qui dénigrent le métier sans le connaître. Au delà de l’aspect disciplinaire un bac+5 assure la capacité d’analyse, de synthèse, la réflexion, la réflexivité, qui sont nécessaires à la pratique. Il faut sans cesse inventer, créer, adapter, reformuler, surtout en primaire…

Jul
Jul
1 mois

Pour rappel, il y a quelques années, l'entrée à l'IUFM (école qui prépare les futurs) enseignants se faisait après la Licence que ce soit pour le CAPES ou l'Agrégation. Rien de nouveau sous le soleil. A se demander pourquoi à un moment, il a fallu un Bac + 5 pour passer le CAPES?

Lili
Lili
1 mois

Oui, et l’IUFM ( aujourd’hui c’est l’INSPE) c’était 2 ans d’études. Donc les profs étaient bien détenteurs d’un bac +5au moment de passer le CAPES ou le CAPE.