30ème conférence des Présidents des Régions Ultrapériphériques : les RUP unies pour faire entendre leur voix

  • Publié le 6 novembre 2026 à 08:24
  • Actualisé le 6 novembre 2026 à 09:00
30ème conférence des Présidents des Régions Ultrapériphériques : les RUP unies pour faire entendre leur voix

La Présidente de Région, Huguette Bello, participe à la Conférence des Présidents des Régions Ultrapériphériques qui se tient en Guadeloupe. À l’issue de la session interne qui a réunit les Présidents des neuf RUP, ce jeudi 5 novembre 2026, une Déclaration finale a été adoptée pour fixer une ambition commune : faire de la reconnaissance de leur importance stratégique pour l’Union européenne une réalité politique, réglementaire et financière. Nous publions le communiqué ci-dessous (Photos : Région Réunion)

Alors que l’Union Européenne prépare son prochain cadre financier pluriannuel pour 2028-2034, les neuf régions refusent que leurs spécificités soient reconnues dans les discours mais oubliées dans les décisions budgétaires. La nouvelle stratégie européenne pour les RUP du 10 septembre 2026 constitue une avancée, mais elle ne saurait tenir lieu de politique sans instruments adaptés, financements dédiés et engagements contraignants.

Au cours de cette première journée de la Conférence des Présidents des RUP, la Présidente Huguette Bello a défendu trois exigences majeures :

- Garantir les moyens du développement des RUP : pas un euro de moins -

À six semaines du Conseil européen de décembre, la Présidente Huguette Bello a proposé que la France défende l’inscription d’un paragraphe RUP au sein des conclusions du Conseil européen sur le cadre financier pluriannuel 2028-2034 témoignant de la bonne prise en compte des réalités et des besoins de ces régions.

Cette orientation plaide aussi pour d’autres garanties financières : la mise en place d’un véritable filet de sécurité budgétaire avec le maintien des allocations financières actuelles, le rétablissement de la compensation européenne des surcoûts et la sécurisation d'une enveloppe POSEI renforcée.

Aucune RUP ne doit être pénalisée par la prochaine réforme budgétaire qui se négociera entre les 27 chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’Union Européenne. "Notre force, c’est notre unité à neuf", a rappelé la Présidente Huguette Bello, en assurant Madère, qui prend la présidence de la Conférence, du plein soutien de La Réunion.

- Adapter les normes européennes aux réalités des RUP -

La Présidente de la Région Réunion a demandé que l’adaptation des règlements issus du Pacte vert de l’UE figure parmi les priorités. "Leur transposition aveugle dans nos territoires met en lumière nos dépendances et fragilise notre compétitivité. Pour les RUP, l’adaptation normative n’est pas une dérogation de confort", a-t-elle averti, alors que plusieurs échéances tombent dans les toutes prochaines semaines.

Ainsi, pour exemple, le règlement européen sur la déforestation importée (RDUE) entrera en application le 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, et le 30 juin 2027 pour les petites entreprises.

Son objectif : ne plus vendre dans l’Union de produits issus de terres déboisées après le 31 décembre 2020. Sept matières premières sont concernées, ainsi que leurs dérivés : le bois (bois de construction, granulés, papier et carton), le soja (dont les tourteaux destinés à l’alimentation du bétail), les bovins (viande et cuir), le café, le cacao, l’huile de palme et le caoutchouc. Pour une île qui importe une grande partie de ce qu’elle consomme et transforme, notamment pour la construction et l’alimentation animale, l’enjeu est immédiat. "À La Réunion, des milliers de tonnes de marchandises risquent fin décembre d’être bloquées en douane", a souligné la Présidente.

Dans le même temps, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) est entré dans sa phase définitive le 1er janvier 2026. Il s’agit d’une taxe carbone à la frontière : l’importateur de certains produits fabriqués hors de l’Union paie le carbone émis lors de leur fabrication, comme le paient déjà les industriels européens sur le marché carbone.

Ce coût se répercutera sur le prix des matériaux de construction et des engrais agricoles importés de pays tiers. La Région Réunion demande des exemptions ciblées pour les importateurs lorsque les produits sont destinés au marché local, au titre du RDUE comme dans le cadre de la révision du MACF, afin que es contraintes documentaires disproportionnées n’entravent pas l’accès aux produits essentiels ou nécessaires à l’activité industrielle.

Autre source d’inquiétude : le nouveau règlement européen sur les transferts de déchets qui encadre les envois de déchets hors de l’Union européenne. Il interdit, à partir du 21 novembre 2026, toute exportation de déchets plastiques vers les pays non membres de l’OCDE. À partir du 21 mai 2027, l’interdiction s’étendra à l’ensemble des déchets non dangereux, par exemple les papiers-cartons ou les pneus usagés. Seuls feront exception les pays qui en ont fait la demande et que la Commission européenne inscrira sur une liste d’ici fin novembre prochain.

Or La Réunion exporte une partie de ses déchets triés faute de filières de recyclage sur place. "Nous n’avons pas d’autre choix que de demander le maintien de débouchés pour l’exportation de déchets non dangereux vers certains pays tiers non membres de l’OCDE. Non par facilité, mais par nécessité", a déclaré Huguette Bello. Faute de taille critique et de capacités suffisantes de valorisation et de traitement, les territoires insulaires ne disposent pas toujours de solutions locales économiquement viables : "L’Europe ne peut pas exiger de nos territoires qu’ils respectent des contraintes sans leur donner les moyens d’y répondre, tout en recherchant des aménagements lorsque ses grands acteurs économiques sont confrontés à des difficultés comparables. Ce n’est pas équitable."

- Transformer l’atout géostratégique des RUP en priorité d’investissement européen

Situées au carrefour de grands espaces maritimes et géopolitiques, les RUP constituent des points d’appui essentiels de la présence européenne dans le monde. Cette réalité, a rappelé la Présidente Huguette Bello, doit se traduire par des investissements à la hauteur de leur positionnement : ports, aéroports, réseaux énergétiques, infrastructures de communication et équipements critiques. Les Présidents des RUP revendiquent notamment un accès équitable aux dispositifs européens soutenant les infrastructures à double usage, civil et militaire.

Au-delà de ces priorités, la Déclaration finale réaffirme la solidarité des neuf régions et leur volonté de parler d’une seule voix auprès de la Commission européenne, du Parlement européen et des États membres. Elles demandent des conclusions ambitieuses du Conseil sur les RUP, un calendrier pour un deuxième paquet de simplification et une association pleine et entière de leur Conférence au suivi de la stratégie européenne.

À l’issue de ces travaux, la présidence de la Conférence sera transmise à Madère, qui aura la responsabilité de poursuivre cette mobilisation collective dans les échéances décisives de la négociation budgétaire européenne.

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