Agriculture

Ail, ce (très) fragile produit d'exception

  • Publié le 26 octobre 2023 à 07:41
  • Actualisé le 26 octobre 2023 à 09:22

Après les récoltes qui ont démarré en septembre, l'heure était aux derniers préparatifs ces derniers jours pour les agriculteurs participant à la fête de l'ail. L'évènement débute ce jeudi 26 octobre 2023 à Petite-Ile. Il sera l'occasion de vendre la production annuelle d'ail péi, un produit d'exception fragilisé par ses coûts de production élevés et l'importation (Photo www.imazpress.com)

A La Réunion, il existe quatre variétés d'ail péi. Le Vacoas et le Gros Bleu sont les variétés les plus cultivées puisqu'elles "ont un potentiel de rendement supérieur, et répondent mieux aux exigences du consommateur en termes de calibre" indique la Chambre d'agriculture. Le Ti Bleu et le Ti rouge sont des variétés également présentes sur les étals mais ont un calibre plus petit. Elles sont plutôt cultivées par les agriculteurs "comme une semence de patrimoine à conserver".

Cette année, les petites gousses Vacoas de Romain Grenier, agriculteur à Grand Bois, se vendront entre 7 et 8 euros le kilo. Pour les gousses de premier choix, un peu plus grosses, elles seront à la vente au prix de 14 et 15 euros.

La récolte globale est estimée à 130 tonnes contre 150 en 2022. Une baisse due à des pertes causées par plusieurs facteurs, qui justifient par ailleurs le prix élevé du produit.

- Prix des intrants et manque de main d'œuvre -

L'augmentation des coûts de production notamment des intrants et le manque de main-d’œuvre sont les principales difficultés qu'ont rencontré les producteurs cette année.

"Aujourd'hui, pour entretenir ses cultures on plante l'ail sous plastique, ce qui a un coût. C'est un travail manuel qui nécessite de la main d'œuvre pour désherber. Une main d'œuvre difficile à trouver" explique Alexandre Hoarau, conseiller en maraîchage à la Chambre d'agriculture.

Cette problématique est fréquente dans le monde de l'agriculture. De nombreuses actions sont actuellement menées par la Chambre de l'agriculture, le Département et la Région pour tenter de remédier à ce problème.

Pour Romain Grenier cependant, qui avait la main d'œuvre suffisante cette année, c'est plutôt le climat qui a joué sur ses rendements.

En effet, l'année 2023 a été difficile pour cette production qui est de nature fragile. Des épisodes de pluies arrivés au moment où l'ail était le plus sensible ont eu un impact direct sur la production.

"Ces pluies couplées aux températures plus élevées de cet hiver ont favorisé l’apparition de maladie fongique sur l'ail, qui a induit des pertes de tonnage à la récolte" précise Alexandre Hoarau.

Dans les cultures d'ail, les champignons se répandent très rapidement. "Le stade d'intervention est crucial. Si on en loupe un au départ de l'infestation on peut perdre en moins d'une semaine toute une culture" ajoute le conseiller en maraîchage.

Avec ces conditions, "le score n'a pas été atteint" en termes de récolte pour Romain Grenier qui nous explique que l'ail d'importation, de Chine par exemple, n'a pas ce problème.

"Chez eux, ils ont des produits homologués que nous n'avons pas et traitent leur ail avec. Ce qui n'est pas forcément la meilleure chose pour la santé. De notre côté, nous luttons contre la même chose mais avec nos armes et sans ces produits" développe l'agriculteur du sud.

- Un produit de choix -

Malgré son prix, les Réunionnais raffolent de leur ail péi qui reste un produit de choix au goût plus prononcé. La preuve, chaque année, "l'ensemble de la récolte est écoulé en circuit court" annonce Alexandre Hoarau. Pour satisfaire les besoins des consommateurs, ce sont 2.500 tonnes d’ail ont été importées à La Réunion en 2021, principalement d’Asie, pour compléter la production locale.

Une grande partie de la production péi s'écoulera d'ailleurs dès ce jeudi 26 octobre pour 16 producteurs locaux participants à la fête de l'ail. Parmi eux, Romain Grenier qui assure que malgré les pertes les gousses de cette année sont "goûtus, saines et fermes".

Et si vous vous demander pourquoi cet ail péi est plus compliqué à éplucher et parfois collant, "c'est signe de qualité et de fraicheur" d'après Alexandre Hoarau. "Ces variétés ne subissent pas de longues transformations et de longs temps de transport. Leur temps de séchage est assez court, de 4 à 6 semaines" a-t-il conclu.

ks/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

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2 Commentaires
Lou_gabrielle
Lou_gabrielle
1 mois

Tres chouette article. Mais je suis interpellée par les 7 à 8 euros la gousse. La gousse c'est chaque élément d'une tête qui peut en compter jusqu'à 6. Cela ferait dans les 40€ la tête plus l'essence pour aller à petite île. Cela fait cher le cari ou le rougaille. Alors tête ou gousse. Mais peut-être être que l'ail pays n'a qu'une gousse par tête. Merci

Sophie
Sophie
1 mois

A en croire nos élus et producteurs, tout ce qui est produit chez nous est un produit d' exception,mais à quel prix,on ne nous dit pas le taux de pesticides ?