Au 30 avril, d'aprĂšs le Canard EnchaĂźnĂ©, l'Inspection gĂ©nĂ©rale de la Police (IGPN) dĂ©nombrait 227 plaintes pour violence policiĂšre en tout genre, insultes, coup de matraque, tirs de Lanceur de balle de dĂ©fense (LBD)... De son cĂŽtĂ©, la justice en a enregistrĂ©e 291. Et combien ont abouti ? ZĂ©ro, nada, rien de rien. Dans le Canard, un magistrat tempĂšre quand mĂȘme ce rien : "une quarantaine de procĂ©dures ont Ă©tĂ© clĂŽturĂ©es et retournĂ©es au parquet. Elles sont actuellement en cours d'analyse."
Les magistrats Ă la traĂźne ? Les enquĂȘteurs de lâIGPN trop lents ? Ces derniers disent accuser une baisse dâeffectif depuis 2017⊠Ils seraient submergĂ©s, si bien que les dossiers sâentassent et sâencrassent.
MĂȘme refrain chez les gendarmes, depuis le 17 novembre, 41 signalements ont Ă©tĂ© effectuĂ©s, 15 enquĂȘtes ont Ă©tĂ© enclenchĂ©es dont 10 classĂ©es sans suite.
Et pour les Gilets jaunes ? Quelle justice ?
De lâautre cĂŽtĂ© du trottoir, la justice est moins tendre et beaucoup plus rapide. La garde des sceaux, Nicole Belloubet, a fait savoir fin mars que plus de 2.000 personnes avaient Ă©tĂ© condamnĂ©es depuis le 17 novembre. Environ 40% dâentre elles ont reçu des peines dâemprisonnement ferme. A ces chiffres sâajoutent les 1.800 manifestants qui attendent encore dâĂȘtre jugĂ©s. Les gardes Ă vue atteignent quant Ă elles le nombre record de 8.645âŠ
0 pour la police, plus de 2.000 pour les manifestants. Oui, la violence est inacceptable, mais elle lâest des deux cĂŽtĂ©s. Alors, comment expliquer une telle diffĂ©rence de traitement ? Un manque de preuves ? Pourtant les vidĂ©os des violences, il y en a des centaines et des centaines. Des forces de lâordre dâun cĂŽtĂ©, des manifestants de lâautre.
Exemple avec Christophe Dettinger, filmĂ© en train de frapper violemment deux gendarmes le 5 janvier lors de lâacte 8 des Gilets jaunes. La vidĂ©o passe et repasse sur les rĂ©seaux sociaux. Le gouvernement dĂ©nonce avec force les violences.
Le peuple français ne fracasse pas des policiers Ă coups de poing. Le peuple français nâest pas lĂ pour casser, pour brĂ»ler, pour voler, pour piller dans les manifestations. #CĂ Vous @cavousf5 pic.twitter.com/KlA3a3SHxW
â Benjamin Griveaux (@BGriveaux) 7 janvier 2019
La justice est rapide pour le "boxeur de gendarmes", le 13 fĂ©vrier, il est condamnĂ© Ă 30 mois de prison dont un an ferme. A lâaudience, il se dĂ©fend et estime avoir dĂ©fendu une femme, frappĂ©e au sol. Quâil a tapĂ© ceux qui avaient tapĂ©.
Le mĂȘme jour, toujours pendant lâacte 8 mais Ă Toulon cette fois, un commandant de Police, Didier Andrieux est filmĂ© par plusieurs personnes alors quâil passe Ă tabac des manifestants. "DĂ©posez plainte, je suis commandant, il n'y a pas de souci," lance-t-il Ă des Gilets jaunes.
âĄđ«đ·VIDĂO - Un policier a Ă©tĂ© filmĂ© en train de frapper plusieurs personnes aujourd'hui avenue Vauban Ă #Toulon lors du mouvement des #Giletsjaunes. Il enchaĂźne notamment les coups de poings dans la tĂȘte d'un homme qui est dos au mur. (đčNC - L.Robion - FB) pic.twitter.com/JP2BvucxnN
â BrĂšves de presse (@Brevesdepresse) 5 janvier 2019
"Il n'y a pas de souci," puisque ni la Direction de la sĂ©curitĂ© publique, ni le Procureur de la RĂ©publique de Toulon nâentameront de procĂ©dure Ă son encontre. Seul le prĂ©fet du Var, saisira l'IGPN pour quâune enquĂȘte soit ouverte. Elle fait partie de ces dossiers qui sâentassent et sâencrassent.
Et que penser de GeneviĂšve Legay ? Cette dame de 73 ans, griĂšvement blessĂ©e aprĂšs une charge de la police le 23 mars dernier Ă Nice lors dâun rassemblement des Gilets jaunes. Le crĂąne et le coccyx fracturĂ©s. "Quand on est fragile, qu'on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont dĂ©finis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci", dĂ©clarait Ă son sujet Emmanuel Macron.
"Je suis plus sage que Macron : moi j'écoute le peuple"
â Quotidien (@Qofficiel) 9 avril 2019
Son état de santé, ses souvenirs de l'accident, les questions des policiers et les remarques des politiciens : GeneviÚve Legay au micro de @PaulLarrouturou dans #Quotidien
L'entretien complet ⥠https://t.co/PL4D4hc3Iz pic.twitter.com/7WUzvdhZqW
Une information judiciaire est ouverte pour violences volontaires par personne dĂ©positaire de lâautoritĂ© publique. Le dossier ? Il est sur la pile, avec les autres qui sâentassent et sâencrassent.
"Pour expliquer les violences policiĂšres, il nây a aucun bon argument," Emmanuel Macron, en mars 2017
Des histoires que celles-ci il en circule des centaines. Autant quâil y a dâĆil arrachĂ©, de main sectionnĂ©e, de crĂąne fracturĂ©, de bras cassĂ©. Violence des manifestants et violence policiĂšre. La premiĂšre est lâexpression dâune colĂšre attisĂ©e par des dĂ©cennies dâinjustice. La seconde, un peu moins comprĂ©hensible est souvent justifiĂ©e par la fatigue et lâĂ©puisement. Dans les deux cas, elles ne sont pas acceptables.
MĂȘme Christophe Castaner est dâaccord sur ce point. "Face Ă de la violence extrĂȘme il faut des moyens de dĂ©fense. (âŠ) Mais si jamais câest utilisĂ© de façon disproportionnĂ©e, il faut des sanctions. Jâattends de mes forces de lâordre de lâexemplaritĂ©," rĂ©citait-il face camĂ©ra le 15 janvier. GeneviĂšve Legay a-t-elle Ă©tĂ© d'une violence extrĂȘme ? Alors oĂč sont les sanctions ? Ou plutĂŽt : Ă quand les sanctions ?
Et au dessus du ministre, le président. Il y a un peu plus de deux ans, en pleine campagne présidentielle, Emmanuel Macron condamnait droit dans ses bottes et avec fermeté les violences policiÚres.
Archive hallucinante de @EmmanuelMacron Ă propos des violences policiĂšres.@davduf
â PATRIC JEAN (@patricjean) 6 mai 2019
pic.twitter.com/HnaEiJDDBu
Nous Ă©tions en mars 2017 : "pour expliquer les violences policiĂšres, il nây a aucun bon argument. (...) DĂšs quâil y a une bavure, il doit y avoir une rĂ©ponse et une sanction" disait-il.
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