Cour criminelle : deuxième jour de procès pour l'ancien principal du collège Juliette-Dodu, poursuivi pour viols incestueux

  • Publié le 2 juillet 2026 à 07:37
  • Actualisé le 2 juillet 2026 à 08:08
salle de la cour assises , tribunal

Depuis ce mercredi 1er juillet 2026, c'est un couple qui se retrouve devant la Cour criminelle de La Réunion. Si l'homme est poursuivi pour viols et agressions sexuelles sur sa fille, âgée 8 ans et demi, la jeune femme est quant à elle mise en cause pour non-dénonciation de crime et de délit sur mineur de 15 ans. L'enquête permet aussi d'apprendre que l'accusé, plusieurs années auparavant, avait déjà commis des agressions sexuelles sur sa fille issue d'une première union (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Nous sommes le vendredi 13 mars 2020. Un homme, accompagné de son avocat, se présente devant les portes du commissariat Malartic à Saint-Denis. L'homme de 59 ans, principal d'un collège du chef-lieu, ne vient pas déposer plainte. J.G vient se dénoncer.

Devant le policier qui le reçoit, il avoue avoir agressé sexuellement sa fille adoptive, alors qu'elle était âgée d'un peu plus de 8 ans.

Après sa déposition, on le renvoie chez lui, en lui disant qu'il sera convoqué ultérieurement. Le lundi 15 mars 2020, la France entre en confinement. Mi-mai, soit plus d'un mois après sa dénonciation, il est placé en garde à vue.

- Plusieurs faits établis lors de l'enquête -

L'enquête, aussi bien lors de sa garde à vue, que lors de l'instruction, établit plusieurs faits. En 2011, alors qu'il sait qu'il vient d'être muté en tant que proviseur dans un lycée de Mayotte, il contacte une jeune malgache par le biais des réseaux sociaux. Un mois avant son installation dans ce qui va devenir le 101ème département français, il se rend sur la Grande-Île et y rencontre celle qui deviendra sa future femme.

Auditionnée, elle raconte devant la Cour. "J'avais juste 20 ans et je savais qu'il était plus vieux. Avant qu'il se rende à Mayotte, il est venu à Madagascar. Il était l'homme parfait. Nous avons passé un mois dans le meilleur hôtel de la ville. Je l'ai présenté à mes parents, nous nous sommes mariés religieusement, puis nous sommes partis pour Mayotte", déclare-t-elle.

Le mariage civil interviendra quelques mois plus tard. En juin 2012, le couple donne naissance à un petit garçon. Deux ans plus tard, J.G adopte la sœur de sa femme, alors qu'elle n'a que six ans. En 2016, quelques jours avant sa naturalisation, le couple connaît des difficultés.

"Il était très demandeur sur le plan sexuel", explique H.R devant la Cour. Ne pouvant plus supporter ces exigences, elle décide de le quitter en lui laissant les deux enfants. Lors de ses auditions devant le magistrat instructeur, J.G donne une version totalement différentes. "C'est parce qu'elle me trompait qu'elle est partie", affirme-t-il.

Quoi qu'il en soit, la jeune femme part habiter sur Grande Terre. En mars 2017, elle découvre plusieurs clefs USB dont l'une, qu'elle peut lire, révèle des viols et agressions sexuelles commis sur sa jeune sœur, qu'elle a toujours considérée comme sa fille.

J.G ne conteste pas les faits, bien au contraire. Il s'explique devant les enquêteurs comme devant le juge d'instruction. Il raconte qu'il a commencé à imposer des rapports sexuels à sa fille adoptive dès le départ de sa femme, entre octobre 2016 et mars 2017.

Par contre, il explique s'être dénoncé car son ex-femme, dès qu'elle a eu connaissance des faits, l'aurait fait chanter, lui soutirant 30.000 euros par an durant 3 ans, sans compter une maison bâtie sur un terrain appartenant à la jeune femme à Majunga. Toujours en garde à vue, il révèle avoir aussi, plusieurs années auparavant, commis des agressions sexuelles sur sa fille née d'un premier lit.

Lire aussi - Poursuivi pour viols incestueux, l’ancien principal du collège Juliette-Dodu jugé par la cour criminelle

- Une jeune majeure toujours traumatisée -

Présente à l'audience, alors qu'elle réside maintenant dans l'Hexagone, et qu'elle vient juste d'avoir 18 ans, la jeune victime raconte à la Cour. "Pour moi, c'est elle ma maman," explique la jeune fille, en parlant de sa sœur, essayant de faire comprendre cette situation ambivalente de "sœur-mère". En effet, la prévenue est légalement et biologiquement la sœur de la jeune victime et non sa mère.

"Tout ce que j'ai dit est vrai", lance-t-elle devant la Cour. "Lui, je veux qu'il assume. Il me mettait en compétition avec ma mère. Il tentait de la dégrader. Lorsque maman est partie, je lui en ai voulu. Lorsque je suis partie vivre avec elle, nos relations se sont améliorées. Je suis bien contente d'être partie, car cela m'a permis de me reconstruire", explique la jeune fille.

Entendu par la Cour, le psychologue qui a examiné la jeune victime est formel. Elle décrit, à l'époque, un véritable attachement affectif pour son père adoptif. Pour l'expert, ce lien affectif a été détourné par le père à son seul profit sexuel. Il poursuit en soulignant clairement qu'à cet âge, il ne peut pas y avoir de consentement.

"Elle présente toutes les caractéristiques d'une fillette abusée sexuellement par une personne en qui elle avait toute confiance, provoquant plusieurs manifestations psychopathologiques réactionnelles aux faits", affirme-t-il. 

Mais la jeune fille se retrouve, indirectement aussi, en porte-à-faux vis-à-vis de sa sœur-mère. En effet, celle-ci risque aussi de la prison pour ne pas avoir dénoncé les faits lorsqu'elle en a eu connaissance, c’est-à-dire dès le mois de mars 2017. Or la jeune victime vit actuellement chez la prévenue et n'imagine pas que celle-ci puisse être condamnée et surtout incarcérée.

La Cour a aussi entendu, dans le courant de l'après-midi, le premier fils de l'accusé. Celui-ci, qui ne voit plus son père depuis des années, est impitoyable concernant son père. Encore plus depuis qu'il a appris les agressions sexuelles commises sur sa sœur. 

Celle-ci avait d'ailleurs dénoncé les faits d'agressions des années auparavant, mais la majorité de sa famille ne l'avait pas prise au sérieux et/ou avait tout fait pour étouffer les faits et surtout ne pas faire de vagues. La jeune femme s'est, elle aussi constituée partie civile pour, enfin, être reconnue victime par tous et surtout par sa propre famille.

En effet, entendue en visioconférence, elle est parvenue à décrire comment sa propre famille a réussi à l'isoler afin que rien ne puisse sortir. Une déposition bouleversante qui a touché toutes les personnes présentes dans la salle d'audience.

Cette seconde journée d'audience risque d'être aussi intense que celle qui vient de se dérouler avec les différentes expertises, mais aussi avec les enquêtes de personnalité du principal accusé et de son ex compagne. Puis, les avocates des parties civiles prendront la parole avant les réquisitions de l'avocate générale. Enfin, les conseils de J.G et de H.R défendront leur client respectif. Le verdict devrait être connu en fin de journée.

L'ancien cadre de l'éducation nationale encourt 20 années de réclusion criminelle tandis que son ex-femme risque jusqu'à 5 ans de prison.

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2 Commentaires
LUX
LUX
48 minutes

C'est cela la justice ? Des enfants violés, des vies gâchées à jamais.
Je croyais que l'on devait être plus sévère avec les violeurs d'enfants ?
Il va bénéficier de remise de peine et sortira avant les 20 ans requis.
J'espère qu'il aura plus de 30 ans et surtout incompréhensible.
De plus des traitements devraient lui être administrés pour lui enlever toute envie de récidiver.

Dessa-Busé
Dessa-Busé
2 heures

Et le jeune prof de matHs ?