Une technologie brevetée développée à La Réunion pourrait ouvrir une nouvelle voie pour répondre aux défis mondiaux de l'accès à l'eau et à l'énergie. Son principe : exploiter directement la puissance des vagues pour alimenter une unité de dessalement, tout en produisant de l'électricité. Le projet entre désormais dans une phase de pré-industrialisation et recherche des partenaires (Photo d'illustration Richard Bouhet/www.imazpress.com)
Face au stress hydrique qui touche de nombreuses régions du monde, trois inventeurs réunionnais mise sur une ressource abondante et renouvelable : la houle. Pierre Bignon, à l'origine de cette technologie récemment brevetée auprès de l'Institut national de la propriété industrielle (INPI), développe avec deux collaborateurs un système capable de produire simultanément de l'eau douce et de l'électricité grâce à l'énergie des vagues.
Contrairement aux technologies houlomotrices classiques, qui cherchent d'abord à produire de l'électricité, cette innovation transforme directement l'énergie de la mer en haute pression hydraulique, indispensable au dessalement de l'eau de mer par osmose inverse.
- Reproduire un phénomène hydraulique connu depuis des siècles -
L'idée est née d'un phénomène bien connu des hydrauliciens : le coup de bélier. "Lorsqu'on ferme brutalement un robinet sur une canalisation, une onde de pression se propage dans l'eau et peut atteindre plusieurs centaines de bars", explique Pierre Bignon.
"Ce phénomène est connu depuis le XVIIIe siècle. Nous avons simplement cherché à le reproduire à grande échelle grâce à la houle."
Le système repose sur une conduite immergée installée contre une digue, une falaise ou un ouvrage portuaire. En pénétrant dans ce conduit, la vague est accélérée avant d'être brutalement freinée grâce à un dispositif breveté, sans aucune pièce mécanique mobile.
Cette décélération provoque une forte compression de la colonne d'eau, générant la pression nécessaire pour alimenter directement les membranes d'osmose inverse.
Selon l'inventeur, cette architecture permettrait de se passer de la pompe haute pression, aujourd'hui l'un des équipements les plus énergivores des usines de dessalement.
- Jusqu'à 20.000 m3 d'eau douce par jour -
Les concepteurs visent des capacités industrielles. Une unité pourrait produire près de 20 000 mètres cubes d'eau douce par jour, tout en occupant une surface inférieure à 200 m². Initialement imaginée autour d'une conduite de 3,5 mètres de diamètre, la technologie évolue désormais vers trois conduites de deux mètres, jugées plus simples à fabriquer, transporter et installer.
"Les performances restent les mêmes, mais la fabrication devient beaucoup plus réaliste sur le plan industriel", précise Pierre Bignon.
Le procédé ne s'arrête pas à la production d'eau potable. Après le passage dans les membranes d'osmose inverse, une partie de l'eau reste fortement pressurisée. Cette eau concentrée en sel peut alimenter une turbine Pelton afin de produire environ 2 MW d'électricité par unité.
Cette énergie pourrait couvrir les besoins des équipements auxiliaires, alimenter des usages locaux ou encore servir à produire de l'hydrogène vert par électrolyse.
"Quand on dispose d'eau douce et d'électricité, on peut produire de l'hydrogène vert. Ce type de projet devient alors particulièrement intéressant", souligne l'inventeur.
- Une technologie pensée pour les territoires insulaires -
Si le projet est né à La Réunion, il cible toutes les régions confrontées à un manque d'eau douce et fortement dépendantes des importations énergétiques.
Le système pourrait être implanté directement sur des digues portuaires, des quais ou des falaises rocheuses, partout où la houle est suffisamment régulière.
La Réunion constitue néanmoins un terrain d'expérimentation privilégié. "L'île bénéficie d'une houle relativement constante. Nos calculs se basent sur une vitesse moyenne des vagues d'environ six mètres par seconde", indique Pierre Bignon.
Le fonctionnement rappelle d'ailleurs certains phénomènes naturels observables sur le littoral réunionnais, comme le célèbre "souffleur", ce geyser à Saint-Leu où la pression des vagues propulse l'eau à travers des cavités rocheuses.
L'un des principaux atouts revendiqués du dispositif réside dans sa simplicité mécanique. La structure associe un conduit en béton précontraint, un revêtement intérieur en acier super duplex résistant à la corrosion marine et un système de freinage hydraulique ne comportant aucune pièce mobile.
"Les systèmes houlomoteurs souffrent souvent de l'usure de leurs mécanismes. Ici, il n'y a pas de pièces en mouvement dans le dispositif principal, ce qui améliore considérablement la fiabilité et la durée de vie", affirme Pierre Bignon.
Les concepteurs visent une durée d'exploitation supérieure à trente ans.
- Des applications au-delà du dessalement -
Les perspectives ne s'arrêtent pas à la production d'eau potable. Pierre Bignon imagine également valoriser la pression hydraulique pour produire du froid industriel grâce à un fluide frigorigène. Une telle installation pourrait alimenter des infrastructures portuaires, produire de la glace pour les activités de pêche ou encore contribuer au refroidissement d'hôpitaux, d'équipements publics ou de bâtiments administratifs.
Le brevet a été déposé en mars 2026. Le projet entre aujourd'hui dans une phase de pré-industrialisation. Les prochaines étapes consistent à réaliser des essais sur maquette dans un canal à houle, notamment en Bretagne, avant le développement d'un démonstrateur à échelle réelle qui pourrait être installé sur le littoral réunionnais.
Pour y parvenir, les porteurs du projet recherchent désormais des partenaires industriels et des investisseurs.
"Notre objectif est maintenant de démontrer expérimentalement que le concept fonctionne avant de passer à une installation pilote", conclut Pierre Bignon.
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Ce projet me paraît très intéressant et écologique, s'il est utilisé correctement. Est ce que ce projet créera de l'emploi une fois en service ? Est ce qu'on favorisera les ingénieurs, techniciens et ouvriers Reunionnais sur ce type de projet ?
Bien sûr. Des partenaires = de l'argent qui vient d'ailleurs. Du houlomoteur oui, à la reunion dans sa configuration maritime certainement pas
Il faut le faire et ce par tous les moyens nécessaires en commençant par et pour nous à la Reunion, entourée de mer. 👍👏
Developper cette technologie qui parait a la fois simple , eminement renouvelable et gerable a la reunion...ce sont les collectivites locales et l etat qui doivent evidemment investir sur ce projet qui releve du seul interet public ... n attendons pas l l'investissement miraculeux des "investisseurs" qui comme souvent sauront en faire des choux gras pour le seul" marche"...
Bravo pour "l'inventeur",!!
Vrai une idee initiée par Paul Verges, un vrai visionnaire.
Ça doit faire mal à certains.
Quand sera t’on capable, dans ce pays, d’installer au pouvoir des responsables visionnaires et ambitieux ? Toutes les solutions seront bonnes pour s’affranchir des énergies fossiles, les écolos qui se présentent à nos élections depuis des décennies devront considérablement évoluer et oublier leurs dogmes s’ils veulent un jour prétendre au pouvoir. Complètement d’accord avec « Super Hulk » 😉
Espérons que les écolos bobos ne vont pas encore se mobiliser sous prétexte d'une atteinte à l'environnement, pour essayer de glaner quelques voix aux prochaines élections.
Il reste une pkace a lEpsmr pour vous.
Et hop, une occasion pour se payer les écolos... Vous auriez mieux fait de lire l'article complètement, et donner votre avis sur le sujet plutôt que de vomir une nouvelle fois votre fiel sur la gauche. Quand ce n'est pas LFI, c'est EELV! Un peu d'optimisme serait le bienvenu. Vous ne devez pas être drôle dans la vie de tous les jours!
C'est était une idée de Vergès 20ans
Bravo Pierre Bignon - - - Ce serait bien de publier un portrait de Pierre Brignon. Ce serait bien aussi de faire les essais à La Réunion plutôt qu'en Bretagne - - -
Autrefois, la SOGREAH avait réalisé la maquette de l'endiguement de la rivière des galets dans un hangar du Port ; je ne sais pas si ce serait encore possible aujourd'hui.
Merveille, la bonne technologie !
👍🏻👏