Depuis ce lundi 20 avril 2026, le procès de Billy Sinamoutou s'est ouvert devant la Cour d'assises de La Réunion. Le jeune homme est accusé d'avoir assassiné Alain Laravine le 9 octobre 2023. Si l'accusé reconnaît, mieux assume, le meurtre et la préméditation, il refuse d'admettre le côté homophobe de son acte. Son audition, prévue lors du second procès, sera particulièrement importante. (Photo www.imazpress.com)
Le 9 octobre 2023, la responsable d'une association d'aide à la personne de Saint-André s'inquiète de ne pas voir l'un de ses employés, Alain Laravine, un salazien d'une cinquantaine d'années.
Or, il n'est pas dans les habitudes de l'habitant du cirque de s'absenter du travail sans prévenir. Sans réponse à ses appels, elle décide de se rendre chez lui, au 1er étage d'une maison située au 31 rue Michel Debré, au lieu-dit Mare à Citrons.
Sur place, elle découvre le corps d'Alain Laravine, sans vie, et partiellement calciné. L'homme est allongé, sur le côté gauche, en position fœtale. Elle appelle immédiatement les gendarmes locaux.
Très rapidement, les secours ainsi que les gendarmes de la brigade d'Hell-Bourg arrivent sur place. Ils sont très vite rejoints par les gendarmes de la brigade de recherche de la compagnie de Saint-Benoît ainsi que les techniciens en identification criminelle de Saint-Denis. Outre les brûlures, l'homme porte aussi deux plaies au niveau de la tête. De plus, la forte odeur d'essence qui emplit la maison laisse à penser que l'incendie a été très certainement provoqué par une tierce personne.
De plus, la responsable de l'association saint-andréenne indique que la voiture professionnelle de la victime, une Ford Fiesta, a disparu. Au bout de quelques jours, une information judiciaire est ouverte et confiée à un juge d'instruction. C'est la Section de recherche de la gendarmerie qui est chargée de l'enquête. Comme l'explique le directeur d'enquête devant la Cour, "nous avons commencé, dans un premier temps, à exploiter, les caméras de surveillance de différents endroits mais aussi les différents numéros de GSM en notre possession".
- Une victime morte avant l'incendie -
Après l'autopsie, les enquêteurs savent exactement comment est décédé Alain Laravine. "Dans un premier temps, la victime n'avait aucune trace de suie dans sa gorge, ni dans ses poumons", explique à la Cour la médecin légiste. "Cela veut dire que la victime était déjà décédée lorsqu'il y a eu l'incendie", elle poursuit.
"Lors de l'autopsie, nous constatons, d'abord, un hématome au niveau du menton". Mais surtout, deux plaies. L'une du côté droit au niveau de la nuque, provoquée par une lame qui a transpercé la chair et les muscles, mais sans être à l'origine du décès.
Celui-ci est la conséquence d'une autre plaie située au niveau de l'oreille gauche et est profonde de 6 cm. Le coup est porté de haut en bas. La lame sectionne les alimentations sanguines du cerveau et termine dans les vertèbres, en provoquant rapidement un choc hémorragique important.
"La mort a été très rapide, entre deux à cinq minutes au maximum", conclut la praticienne. Cependant, à cause de l'état du corps, la légiste est incapable de dire si la victime a pu se défendre ou si elle a été totalement surprise. Elle ne peut expliquer l'hématome du menton qui peut très bien être consécutif d'une chute comme d'un coup de poing. "À cause de l'état calciné du corps, nous avons eu des difficultés à effectuer des observations fiables", admet la légiste.
- "Libérer le monde d'un prédateur sexuel" -
De leur côté, les enquêteurs poursuivent leurs investigations. Et le moins que l'on puisse dire est qu'ils avancent vite. "Grâce aux caméras et au croisement avec l'étude de la téléphonie, nous parvenons à identifier un suspect", explique le directeur d'enquête. "Le 20 octobre, en suivant la Ford Fiesta, garée au Chaudron, on interpelle l'accusé".
Placé en garde à vue, il reconnaît immédiatement les faits et admet même la préméditation. Toujours devant les enquêteurs, puis devant le magistrat instructeur, il soutient "avoir libéré le monde d'un prédateur sexuel". Il explique que depuis des années, alors qu'il était même adolescent, Alain Laravine lui faisait des propositions sexuelles. Depuis, tout le dossier tourne autour de l'homosexualité supposée de la victime.
L'enquête et les constatations techniques, sur les GSM, démontrent clairement que la victime était, à minima bisexuelle, voire depuis quelques années homosexuelle. Mais, comme le souligne le directeur d'enquête, "il est très difficile de savoir réellement les choses. Personne ne veut parler. C'est tabou. Mais, on comprend qu'il y a eu des choses", souligne le gendarme.
"Ainsi, on découvre, alors qu'il était au CCAS de Bras-Panon et qu'il aurait été licencié à cause de propositions indécentes faites à des jeunes hommes. Même sur le secteur de Salazie, son homosexualité est reconnue mais pas admise. Il est très difficile de parler de cela", admet le militaire. Mais rien ne démontre la moindre agression sexuelle.
Entendu brièvement et ponctuellement par le président Alzingre, suite aux déclarations, l'accusé laisse une impression étrange. Bien habillé, les cheveux coupés ras, une paire de lunettes et une petite barbichette bien taillée, Billy Sinamoutou répond de manière "bizarre" aux questions.
Autant, il peut se montrer calme, sans émotion, voire "limite dans ses déclarations", explique encore le directeur d'enquête. Une ambivalence, qu'il laisse pantois et que l'on découvrira peut-être durant l'audience, mais aussi grâce aux expertises ordonnées par le magistrat instructeur lors de l'instruction.
L'audition de Billy Sinamoutou, prévue en début de matinée ce mardi 21 avril, devrait apporter de nombreuses réponses. Cette audience lui permettra d'expliquer un geste, considéré comme suicidaire socialement, pour un jeune homme qui n'avait jusque-là, pratiquement, jamais fait parler de lui.
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