Il est grand temps de se mobiliser (actualisé)

Dengue : le nombre de cas pourrait quintupler cet été

  • Publié le 28 juin 2018 à 11:08
  • Actualisé le 28 juin 2018 à 11:33
Dengue

18 jours après avoir fait son entrée dans l'hiver austral, La Réunion est toujours gangrénée par l'épidémie de dengue. Contacté par Imaz Press, le directeur de la veille et sécurité sanitaire de l'Agence régionale de santé (ARS) de l'Océan Indien ne cache pas son inquiétude quant à la propagation du virus. Si la population ne prend pas, dès à présent, la mesure de l'épidémie, l'été prochain risque d'être dramatique. Il est donc temps de se mobiliser : sinon, le nombre de cas de dengue sera quintuplé.

La semaine dernière encore, plus de 300 cas de dengue ont été recensés sur l'île de La Réunion. Ce qui porte à 5 393 le nombre de cas confirmés depuis le début de l'année 2018. 

Lire aussi => L'épidémie se poursuit : 5 393 cas de dengue depuis le début de l'année 2018

Selon le Dr François Chieze, directeur de le la veille et sécurité sanitaire de l'ARS, ce chiffre "correspond à une circulation non négligeable de la dengue, avec une situation toujours exceptionnelle dans la commune de Saint-Paul qui concentre 53% des cas". Si le Sud de l'île est aussi particulièrement touché par le virus, il n'en reste pas moins que des cas ont été détectés dans le Nord et l'Est de La Réunion. 

"A partir du moment où le temps passe et où la circulation des personnes contaminées continue, on retrouve le virus dans toute l'île" explique le docteur. 

Si à l'heure de l'hiver austral, l'épidémie accuse toujours une "circulation importante", le spécialiste prévient : "cela nous impose, aujourd'hui d'avoir une réaction extrêmement forte pour ne pas se retrouver avec une circulation virale au moins identique qu'en février" (N.D.L.R. : mois durant lequel les conditions climatiques étaient extrêmement favorables à la propagation du virus). 

L'incrédulité de la population

Les températures plus fraiches survenues depuis quelques jours et qui devraient durer jusqu'au mois d'août, "vont faire diminuer le nombre de moustiques affirme François Chieze. Mais cela ne va rassurer qu'artificiellement". Dès que la chaleur reviendra, le nombre de cas de dengue sera quintuplé. 

"Il n'y a besoin que d'un simple bouchon en plastique avec de l'eau dedans pour que le moustique tigre se reproduise" et transmette ainsi le virus de la dengue répète le docteur Chieze avant d'ajouter : "cela nécessite donc une attention très importante". Malgré cela, les autorités font face à une "incrédulité" de la population. "Parce qu'il n'y a pas eu de décès directement liés à la dengue" explique le responsable de l'ARS Océan Indien. 

Si on ne réagit pas, le risque de mortalité augmentera

"Mais si on continue dans cette logique, on sera, à un moment donné, confronté à des décès". Pour exemple, avec trois morts à son actif, le virus Zika a provoqué une "mobilisation impressionnante" se souvient le docteur. Il insiste : "mon rôle, c'est d'anticiper. On ne peut pas attendre l'apparition de cas sévères". Si la population ne se mobilise pas sérieusement dès maintenant, "on va se retrouver avec une caractéristique endémique" prévient le responsable. Autrement dit, chaque année, on aura une épidémie de dengue et, en fonction des conditions climatiques, on se retrouvera avec des cas en progression. Et le risque de mortalité augmentera. 

Comme ce fut le cas pour le chikungunya? "Avec la dengue, on retrouve les mêmes courbes mais nous ne sommes pas dans les mêmes proportions répond François Chieze. La grosse différence c'est que, contrairement à la dengue, le chikungunya a entraîné des séquelles physiques comme des douleurs articulaires qui peuvent encore être ressenties aujourd'hui". Aussi, la population semble moins concernée par la dengue qui, pour l'instant, n'a provoqué que d'importantes fièvres. Mais si un patient qui a déjà une pathologie contracte le virus, il peut y avoir des conséquences dramatiques.

Le RSMA en renfort en juillet ?

Pour enrayer l'épidémie, le praticien espère une remobilisation massive durant cet hiver austral. "Le nombre d'interventions, aujour'hui, tant sur le débroussaillage que sur les traitements larvicides est en baisse" regrette celui qui espère un renfort du Régiment du service militaire adapté (RSMA) de La Réunion, au mois de juillet. Avec l'arrivée d'une trentaine de militaires. 

D'ailleurs, la préfecture prévoit de (re)mobiliser l'ensemble des acteurs pour ne pas voir une chute des interventions durant le mois prochain. Dans son dernier communiqué de presse, il était indiqué : "Les gestes de prévention (protection individuelle et élimination des gîtes larvaires) doivent être maintenus durant l’hiver pour éviter une épidémie de plus grande ampleur au cours de l’été prochain". 

"Il ne faut pas relâcher la pression"

Du côté de la Ville de Saint-Paul, durement touchée par l'épidémie, "on a l'impression que la population ne s'est pas appropriée le dossier". "Il ne faut pas relâcher la pression" déclare Virginie Peron, conseillère municipale déléguée à l'environnement. Pour rappel, les communes ont le devoir d'assurer la propreté des espaces verts en procédant à la tonte et à l'évacuation des déchets sur les terrains publics. 

Dans le cadre de l'épidémie de dengue, elles bénéficient d'un arrêté préfectoral qui les autorisent à se charger des terrains privés. Néanmoins, avant que les agents municipaux et membres des associations concernées n'entrent chez les particuliers, il appartient avant tout aux habitants d'intervenir sur leur propre terrain. "On leur envoie des courriers avec des mises en demeure pour leur demander de nettoyer explique Virginie Peron. Si sous 15 jours rien n'est fait, on intervient nous-mêmes". 

Appel au "civisme de la population"

Parfois, cela semble peine perdue. Pour exemple, ce terrain privé situé rue général de Gaulle à Saint-Paul, jonché de detritus : 

Le voisin aurait même contracté la dengue. "Le terrain a été nettoyé par le propriétaire qui a engagé une entreprise spécialisée à ses frais indique Virginie Peron. Et dès le lendemain du nettoyage, de nouveaux dépôts ont fait leur apparition". La municipalité saint-pauloise a bien demandé à la police municipale d'effectuer des rondes "mais il faut prendre les gens en flagrant délit et ces gens savent très bien cacher leur identité" ajoute la conseillère municipalité qui appelle au "civisme de la population". 

40 emplois pour participer à l'élimination de gites larvaires

Depuis la fin du mois de mai, la Ville attendait une aide de l'Etat lui permettant de faire intervenir des associations pour éliminer le plus de gites larvaires possible. Des associations telles que 3i, 3c, UJR et ARDI qui ont même proposé de travailler bénévolement. Bonne nouvelle ! Ce mercredi 27 juin 2018, Virginie Peron a reçu un courrier de la préfecture de La Réunion lui indiquant le déblocage de 40 emplois PEC LAV (Parcours emploi compétences pour la lutte anti vectorielle). 

Elle l'affirme : "du fait de la fin des contrats aidés, nous avons perdu à la Ville de Saint-Paul, la moitié de l'effectif à l'environnement". Conséquences : les missions premières de la municipalité ne pouvaient jusqu'alors plus être assurées "aussi bien qu'avant". 

Néanmoins, aujourd'hui, il est plus qu'urgent de se mobiliser pour éviter la propagation de l'épidémie. "C'est la responsabilité de chacun" s'accordent à dire le Dr François Chieze et Virginie Peron.

sw/www.ipreunion.com

guest
2 Commentaires
Fourmaintraux
Fourmaintraux
7 ans

Interrogez la Région et les député.e.s sur la technique de l’insecte stérile mise au point par l’IRD en 2012. Je dis bien 2012. Les pesticides sont inefficaces et dangereux. Qui a enterré cette technique qui serait la seule capable de diminuer fortement la population des moustiques vecteurs ?

LouisP
LouisP
7 ans

C'est pathétique ! Toutes les instances qui ne se bougent QUE lorsqu'il y a un problème et après pschiiit plus personne. Comparons avec le chikungunya, tous nos élus avaient dit unanimement la main sur le coeur : "Plus jamais ça".... Ah oui ?.... Pathétique.