Des locataires auraient signalé à la Confédération du Logement (CNL) avoir été contraints d'avancer le montant des allocations logement au deuxiÚme mois d'entrée dans les lieux et n'avoir jamais été remboursés aprÚs que la CAF ait versé l'APL au bailleur social à terme échu, c'est à dire au début du troisiÚme mois. La CNL, aprÚs avoir rencontré les bailleurs sur cette question en vain, veut relancer une négociation à l'amiable dÚs septembre pour permettre aux quelques locataires qui s'estiment lésés de récupérer cette avance de fonds. En cas d'échec, la CNL n'exclut pas de faire appel à la Justice.
Imaginons que Paul veuille louer un appartement Ă loyer modĂ©rĂ©. Son dossier acceptĂ©, il entre dans les lieux en janvier aprĂšs avoir acquittĂ© le premier mois de loyer. En fĂ©vrier, il ne devrait verser en principe que le diffĂ©rentiel loyer moins APL. Si le loyer est de 500 euros et les APL de 350 euros, donc 150 euros de diffĂ©rentiel dĂ©but fĂ©vrier, la CAF se chargeant de verser les 350 euros dâAPL dĂ©but mars au bailleur social.
En principe, ça roule. Mieux, câest ainsi que le MinistĂšre du Logement voit les choses. Selon le JO SĂ©nat du 7 mars 2013 qui relate la rĂ©ponse du MinistĂšre du Logement Ă une question Ă©crite posĂ©e par la dĂ©putĂ©e UMP de Moselle, Marie-Jo Zimmermann, le bailleur social est en droit de demander Ă recevoir directement les allocations logement. En revanche, sachant que les APL sont versĂ©es Ă terme Ă©chu, le MinistĂšre explique que le bailleur n'est pas autorisĂ© Ă rĂ©clamer la totalitĂ© du loyer (âŠ), car " il ne paraĂźt ni opportun, ni Ă©quitable " de devoir faire payer Ă ce locataire Ă revenus modestes une avance (âŠ). Pourtant, dans les faits, ça ne se passe pas toujours ainsi.
La CNL saisie par des locataires en colĂšre
Câest exactement ce cas de figure que la CNL a relevĂ© dans quatre dossiers qui lui ont Ă©tĂ© soumis. Lâun dâeux, quittance de loyer Ă lâappui, Ă©tablit que le bailleur social concernĂ© a dĂ©clarĂ© impayĂ©e la partie du loyer couverte par les APL. " Ce nâest pas anodin, souligne Erick Fontaine, administrateur de la CNL. La CAF exige des bailleurs sociaux le signalement de tout impayĂ©, qui bloque le versement des APL suivantes. "
Câest ce qui est arrivĂ© Ă lâun des locataires qui sâest adressĂ© Ă la CNL aprĂšs sâĂȘtre rĂ©solu Ă payer la part CAF quâon lui demandait pour dĂ©bloquer les APL suspendues. Selon le prĂ©sident de la CNL, le bailleur social, qui a pourtant perçu la part CAF du deuxiĂšme mois de loyer et le loyer total du locataire, ne lui a toujours pas remboursĂ© le trop perçu.
Du cĂŽtĂ© des bailleurs sociaux, c'est l'Ă©tonnement. A la SIDR, le Directeur gĂ©nĂ©ral nous a expliquĂ© que point de ça chez lui : " On demande le premier mois, et ensuite on dĂ©duit du loyer du second mois en prĂ©vision de lâAPL dont on a fait lâestimation. Si on sâest trompĂ© dans un sens ou dans un autre, on fait une rĂ©gulation le mois suivant. " Donc, selon notre interlocuteur, aucun locataire ne sâest vu prĂ©senter une quittance de loyer avec un impayĂ© correspondant aux APL. " Mais si, par erreur câest arrivĂ©, nous sommes prĂȘts Ă rĂ©gulariser la situation ", nous affirme le reprĂ©sentant de la SIDR.
A la Semader, mĂȘme discours de la part de GĂ©rard Gorgette, Directeur du PĂŽle Habitat Social, qui estime qu'aucun litige de cette sorte ne peut avoir cours en raison des procĂ©dures mises en place : dossier Ă©tudiĂ© avant lâentrĂ©e dans les lieux, APL simulĂ©e au plus prĂšs et loyer diffĂ©rentiel demandĂ©, avec rĂ©gulation Ă©ventuelle le mois suivantâŠ
En revanche, Ă la SHLMR, notre interlocutrice reconnaĂźt que la totalitĂ© du deuxiĂšme mois est demandĂ©e. " Nous faisons payer un loyer plein parce que la CAF ne paie quâĂ terme Ă©chu et donc nous ne pouvons pas deviner quel sera le montant de lâAPL. Nous considĂ©rons donc que cette APL concerne le troisiĂšme mois et lâAPL du second mois est remboursĂ©e Ă la fin du bail ". Une Ă©pargne longue durĂ©e, et sans intĂ©rĂȘt donc ?
Notre interlocutrice espĂšre que la situation Ă©voluera en faveur des locataires prochainement. " Il existe un dispositif Ă la CAF, nommĂ© IDEAL, qui va dans le sens dâun traitement et dâun paiement plus rapide des APL mais nous nâen voyons pas encore les retombĂ©es ", conclut notre interlocutrice Ă la SHLMR. Quant Ă la dĂ©claration du MinistĂšre du Logement en 2013, dĂ©claration clairement opposĂ©e Ă ces pratiques dâavance de fonds pour des familles Ă revenus modestes, no comment.Â
Vers une action en justice
La SHLMR nâest sans doute pas le seul bailleur social Ă exiger le paiement total du second mois de loyer Ă ses locataires. En effet, la CNL aurait connaissance au moins d'un autre dossier impliquant un autre bailleur social. " Nous sommes face Ă des bailleurs qui dĂ©clarent un impayĂ© de loyer qui n'existe pas et Ă©crivent aux locataires pour demander la signature d'un plan d'apurement alors que les locataires n'ont pas de dette ", dĂ©nonce Erick Fontaine. Qui appelle les locataires concernĂ©s par ce problĂšme Ă se rapprocher de ses services.
La CNL demande aussi expressĂ©ment aux bailleurs sociaux concernĂ©s " dâannuler tous les plans d'apurement qui auraient Ă©tĂ© signĂ©s, d'informer l'ensemble des locataires qui ont payĂ© en double le deuxiĂšme loyer et de rembourser les sommes perçues ". Sans quoi, si une nouvelle tentative de conciliation Ă©choue dans les semaines Ă venir, la CNL portera lâaffaire en justice. En attendant, la CNL appelle les locataires connaissant les mĂȘmes tracas Ă la contacter.
ml/www.ipreunion.com
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