Salaires, emploi... les inégalités persistent

Journée internationale des droits des femmes : une histoire de combats et de lutte sans fin…

  • Publié le 8 mars 2024 à 09:09

Si le 8 mars est considéré à tort comme "la journée de la femme", loin du romantisme, ce vendredi 8 mars 2024 est une journée de lutte pour les droits des femmes. Une journée où les femmes doivent encore se battre pour l'égalité entre les femmes et les hommes. Un combat encore loin d'être gagné. Malgré des avancées ces dernières décennies, le chemin reste encore bien long pour que les femmes soient enfin reconnues comme égale aux hommes (Photo : rb/www.imazpress.com)

"Il suffira d’une crise politique, économique et religieuse pour que les droits des femmes, nos droits, soient remis en question. Votre vie durant, vous devrez demeurer vigilante", avait déclaré Simone de Beauvoir.

Cette journée trouvez son origine dans les manifestations de femmes au début du XXème siècle, réclament de meilleures conditions de travail et le droit de vote.

C'est en 1975, lors de l'Année internationale de la femme, que l'Organisation des Nations Unies a commencé à célébrer la Journée internationale des femmes le 8 mars.

En France, c'est en 1982 qu'a lieu la première journée nationale des droits de femmes.

Le thème retenu pour l'édition 2024 s'intitule "Investir en faveur des femmes : accélérer le rythme".

Et pourtant en 2024, de nombreuses inégalités entre les deux sexes persistent.

À cette occasion, un appel à la grève est lancé pour la journée internationale des droits des femmes. Les syndicats CGTR, FSU, Saiper, Solidaires et Unsa s’unissent pour dénoncer les inégalités homme-femme. Une grande mobilisation est organisée à Saint-Denis devant le kiosque Arlanda, au Barachois.

- Salaires, emploi, richesse... les inégalités persistent -

À La Réunion, l’écart des salaires est de 7% entre les hommes et les femmes sur l’île, alors qu’il est de 15% dans l’Hexagone, d’après les chiffres de l’Insee.

Au niveau national, "plus on progresse dans l’échelle des salaires, plus l’écart entre les femmes et les hommes s’agrandit. Selon les dernières données disponibles (Insee 2021), toujours en équivalent temps plein, les 10 % des femmes les moins bien rémunérées ont un salaire maximum inférieur de 5 % à celui des hommes (1 336 euros contre 1 400 euros)" détaille l'Observatoire des inégalités.

Le salaire minimum des 10 % des femmes les mieux payées est inférieur de 17 % à celui des hommes, soit 3 577 euros pour les femmes contre 4 317 euros pour les hommes.

Au niveau médian, les femmes gagnent un salaire inférieur de 10 %, ce qui représente un écart de 215 euros par mois avec leurs homologues masculins.

Les femmes travaillent par ailleurs davantage à temps partiel (32 % contre 13 % en 2021). Et pour la moitié d'entre elles, ce temps partiel est subi : elles souhaiteraient travailler davantage.

53% des pauvres en France sont des femmes, soit 4,9 millions de femmes vivant sous le seuil de pauvreté. Deux tiers des personnes ayant recours à l’aide alimentaire sont des femmes.

À La Réunion, en 2019, 28 % des familles sont constituées de mères vivant seules avec leur(s) enfant(s), une situation bien plus fréquente que dans l’Hexagone (13 %).

Les femmes vivant seules avec leurs enfants sont plus souvent pauvres : 55 % vivent sous le seuil de pauvreté métropolitain à La Réunion en 2020 contre 37 % des hommes à la tête d’une famille monoparentale et 29 % des couples avec enfant(s).  En effet, les mères isolées cumulent les facteurs de risques de pauvreté : elles ont en moyenne un faible niveau d’études et occupent moins souvent que les autres un emploi, notamment en lien avec la problématique de la garde des enfants.

La pauvreté durable touche aussi bien davantage les femmes à la tête d’une famille monoparentale : elles sont deux fois plus nombreuses parmi les adultes durablement pauvres entre 2015 et 2018 à La Réunion que parmi ceux non touchés par la pauvreté durant quatre ans (15 % contre 7 %).

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Les violences sexistes envers les femmes sont également plus répandues à La Réunion. L'an dernier il y a encore eu une augmentation des violences conjugales de 17% entre 2022 et 2023.

En 2023, 12 femmes ont déposé plainte pour violences conjugales chaque jour en moyenne. Un chiffre en augmentation, alors que 10 plaintes étaient déposées quotidiennement en 2022.

Les signalements de violences sexuelles continuent eux aussi d'exploser : entre 2019 et 2023, ils ont augmenté de 77%. En 2023, les violences sexuelles représentent 12% des AVIP.

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- Un combat sans relâche -

Il est important de se rappeler que rien n'est acquis en la matière et que l'égalité entre les femmes et les hommes ne va pas de soi. Il s'agit d’un combat de tous les instants, une démarche à mener en continu, dans les sphères privées et publiques, et ce dès le plus jeune âge.

Depuis 2017, érigée au rang de grande cause nationale du quinquennat, l’égalité entre les femmes et les hommes est un engagement national, porté au plus haut niveau par le Président de la République.

Pourtant, les femmes et les jeunes filles continuent de subir le sexisme, la discrimination, les violences basées sur le genre, l’exclusion sociale et économique.

La sensibilisation à l’égalité doit commencer tôt. A la maison mais aussi à l'école en déconstruisant les caricatures et les stéréotypes de genres.

De plus, 40% des hommes trouvent normal que les femmes s’arrêtent de travailler pour s’occuper de leurs enfants, tandis qu'un quart des hommes de 25 à 34 ans estiment qu’il faut parfois être violent pour se faire respecter.

Selon l'ONU, les femmes devront attendre encore plus de 300 ans avant de connaitre un monde égalitaire.

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- Une décennie de combats -

En plusieurs décennies, il y a tout de même eu quelques avancées majeures pour les femmes.

- 21 avril 1944 : les femmes votent en France pour la première fois.

- 27 octobre 1946 : inscription de l'égalité entre les femmes et les hommes dans le Préambule de la Constitution (alinéa 3) : "La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme."

- 13 juillet 1965 : modification du régime légal du mariage du couple se mariant sans contrat. Les femmes peuvent gérer leurs biens propres et exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari.

- 22 décembre 1972 : Loi n° 72-1143, qui pose le principe de l’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes.

- 17 janvier 1975 : Loi n° 75-17 autorisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG), dite "loi Veil", adoptée pour une période de 5 ans.

- 7 mai 1982 : Loi n° 82-380 modifiant l'ordonnance n° 59-244 du 4 février 1959 relative au statut général des fonctionnaires, qui reconnaît le principe d’égalité d’accès aux emplois publics.

- 13 juillet 1983 : Loi n° 83-635, dite "loi Roudy", qui établit l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.

- 18 octobre 1995 : Décret n° 95-1114 portant création de l’Observatoire de la parité entre les femmes et les hommes.

- 8 juillet 1999 : Loi constitutionnelle n° 99-569 relative à l’égalité entre les femmes et les hommes, permettant au législateur de prendre des mesures favorisant un égal accès des femmes et des hommes aux mandats et fonctions politiques.

- 9 mai 2001 : Loi n° 2001-397 relative à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.

- 4 mars 2002 : Loi n° 2002-304 relative au nom de famille, qui vise à renforcer l’égalité entre les père et mère en substituant la notion de nom de famille à celle de nom patronymique. La loi offre aux parents la possibilité de transmettre à leur enfant soit le nom du père, soit le nom de la mère, soit les deux noms accolés dans l’ordre choisi par eux.


- 30 décembre 2004 : Loi n° 2004-1486 portant création de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité.

- 3 août 2018 : Loi n° 2018-703 renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes.

- 3 septembre 2019 : Lancement du Grenelle des violences conjugales.

- 25 août 2020 : Décret n° 2020-1090, qui étend la gratuité de la contraception aux filles de moins de 15 ans.


- 23 décembre 2021 : Loi n° 2021-1754 de financement de la sécurité sociale pour 2022, qui prévoit le remboursement de la contraception pour toutes les femmes jusqu'à 25 ans (auparavant jusqu'à 18 ans).

- 19 janvier 2022 : mise en ligne par la préfecture de police d'un rapport rédigé en 2019 sur l'accueil des femmes victimes de violences conjugales et sexuelles dans trois commissariats de Paris et de la Petite Couronne.

- 28 février 2023 : Loi n° 2023-140 créant une aide universelle d'urgence pour les victimes de violences conjugales. Il s'agit d'une aide, sous la forme d'un don ou d'un prêt sans intérêts, afin de permettre aux victimes de quitter rapidement le foyer conjugal pour se mettre à l'abri et prendre un nouveau départ. Le remboursement du prêt peut être mis à la charge du conjoint, partenaire ou concubin violent.

- 25 mai 2023 : En France, 87% des femmes déclarent avoir déjà été victimes de harcèlement ou de violences sexuelles ou sexistes dans les transports. Dans le cadre de la lutte contre les violences faites aux femmes, un comité d'action contre le harcèlement et les violences sexuelles et sexistes dans les transports a été mis en place.

- 4 mars 2024

Le projet de loi constitutionnelle visant à inscrire la liberté garantie de mettre fin à sa grossesse dans la Constitution est approuvé par le Parlement réuni en Congrès.

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1 Commentaires
Domi
Domi
4 mois

En 1981, avec 4 autres femmes dont certaines faisant partie du groupe Ziskakan, nous avions fondé "Mamz'elles Téat" et avions créé un spectacle "la fumée dans lé zié" de Fev Viassamy. Nous devions le jouer dans une MJC à Saint-Denis autour d'une grande manifestation culturelle à laquelle était conviées des artistes féminines , écrivaines, artisanes..le 8 Mars . Quelle ne fut pas notre surprise de nous voir refuser l'entrée par des camions de CRS. Évènement interdit, j'ai encore les articles de journaux, un dont je me rappelle le titre: "Mamz'elle Téat montre patte blanche et voit rouge.
Bref tout ça pour dire que pour les politiques de l'époque, le 8 mars était "un affair communiste"