Bailleur social et collectif de locataires s'échauffent

L'amiante, ennemi public numéro 1

  • Publié le 20 février 2014 à 18:40
logement insalubre

La SIDR a organisé ce jeudi 20 février 2014 une conférence de presse autour de la gestion de la présence d'amiante dans ses immeubles. Le bailleur social a notamment invité journalistes et locataires à visiter une résidence en cours de travaux pour communiquer au sujet de sa "démarche amiante ". Ce point presse s'est déroulé au lendemain de celui d'un collectif de locataires, dénonçant avoir découvert que leur appartement était amianté sans avoir été avertis. (photo archives)

Cette semaine, les journalistes réunionnais ont été conviés à visiter deux résidence. Mercredi, la CNL organise aux Camélias la visite d’appartements et de parties communes. La confédération nationale du logement indique que "les locataires ont découvert par hasard que leur appartement était amianté sans jamais avoir un document officiel." Son administrateur, Erick Fontaine, précise que "le problème de l’amiante est d’une gravité extrême et doit être pris au sérieux par l’ensemble des acteurs intervenant sur ce dossier." Un collectif de locataires de la SIDR monte au créneau et réclame les diagnostics réalisés par le bailleur social depuis 2008.

Le lendemain, ce jeudi, la SIDR organise donc la visite d’une résidence en cours de désamiantage à Montgaillard. Est-ce une réponse du bailleur social aux locataires ? Non, répond la société immobilière. "Nous avions décidé d’organiser cette conférence de presse la semaine dernière, parce que nous avions l’opportunité de montrer in situ comment se passe les travaux de désamiantage. D’autant plus que la SIDR était accusée de balancer par la fenêtre des déchets amiantés aux Camélias", indique Bernard Hoarau, directeur de la communication.

La SIDR reconnaît tout de même un "déficit de communication" envers ses locataires : "nous faisons notre mea culpa, nous aurions dû aller d’avantage à la rencontre des locataires pour clarifier la situation et éviter toute agitation. Mais on ne doit pas faire peur aux locataires s’il n’y a pas de raison. On doit respecter les gens, et ne pas les affoler." Le bailleur social estime que 6000 de ses 16 000 logements construits avant 1997 sont concernés par la présence d’amiante. Un chiffre important que souhaite nuancer la SIDR :  "l’amiante ne présente pas de danger si on n’y touche pas", commente Bernard Hoarau. Il ajoute : "on a à la Réunion un atout supplémentaire par rapport à la métropole, il n’y a pas d’amiante friable, qui est plus dangereuse et volatile."

Erick Fontaine n’est pas aussi serein que le bailleur social : "des milliers de morts liés à l’amiante sont attendus dans les 10 prochaines années. A La Réunion, on banalise trop les choses. C’est une situation qui me fait penser à celle que nous avons vécu avec le chikungunya." L’administrateur de la CNL ajoute : "on parle de danger mortel pour les 10 000 personnes qui habitent aux Camélias. On prend ce dossier avec beaucoup de sérieux et de la retenue, et nous voulons informer les gens sur ce qui se passe."

Le bailleur social doit demander des diagnostics concernant les parties communes des logements susceptibles de contenir de l’amiante. Une obligation qui a été entendue depuis 2012 à l’ensemble des locations. Ce "plan amiante", lancé en 2008 par la SIDR devrait prendre plusieurs années, d’autant plus que les laboratoires spécialistes délivrant les diagnostics sont en métropole. Une fois la présence d’amiante constatée, la société immobilière a le choix : l’enlever ou l’emprisonner. "Nous avons opté pour la première solution. Nous avons un gros programme, notamment aux Camélias où des centaines de logements seront diagnostiqués, appartement par appartement."

Le collectif de locataires a réclamé l’accès aux diagnostics réalisés depuis 6 ans par la SIDR, dénonçant la mise en location en 2013 d’un appartement déclaré "amianté" en 2010. Une requête qui aurait été refusée par la société immobilière de La Réunion. "Les diagnostics de 2008 concernent les parties communes sont consultables et sont à la disposition des personnes concernées", répond Bernard Hoarau. Le directeur de la communication précise : "le locataire doit faire une demande écrite à la SIDR, parce que la réglementation demande une trace écrite. Puis, il pourra demander un rendez-vous et venir consulter sur place le dossier amiante de son immeuble."

Une explication qui ne satisfait pas Erick Fontaine. Si les locataires ont pu accéder à une partie des dossiers, d’autres ne sont toujours pas consultables assure l’administrateur de la CNL : "il y a 3 semaines, les locataires ont demandé l’accès aux diagnostics de démolition. Depuis, on a rien." "On est inquiets et on demande de la transparence dans l’accès aux informations : on ne sait pas où il y a de l’amiante dans les Camélias", ajoute le représentant de la confédération. Après ces conférences de presse interposées, le conflit entre le bailleur social et le collectif de locataires est loin d’être réglé.

guest
0 Commentaires