Une crise sans précédent et une grande inertie (actualisé)

Migrants : l'assourdissant silence de la classe politique

  • PubliĂ© le 16 mai 2019 Ă  07:52
  • ActualisĂ© le 16 mai 2019 Ă  17:30
Echarpe de Maire

Tandis que les trois passeurs indonĂ©siens ont Ă©tĂ© condamnĂ©s pour avoir pris part Ă  un trafic d'ĂȘtres humains, tandis que La RĂ©union fait face depuis plus d'un an Ă  une crise humanitaire sans prĂ©cĂ©dent, tandis que la question des migrants divise l'opinion publique et fait rĂ©guliĂšrement la une de l'actualitĂ©, nos Ă©lus, parlementaires, prĂ©sidents de collectivitĂ©, reprĂ©sentants de l'État sont bien embarrassĂ©s. Plusieurs Ă©chĂ©ances locales approchent Ă  grands pas et notre classe politique est bien frileuse Ă  l'idĂ©e de prendre une position ferme et assumĂ©e sur la question des migrants et courir le risque de froisser une partie de son Ă©lectorat. (photo rb/www.ipreunion.com)

Des carias 

Ils aiment la lumiĂšre, ĂȘtre sous le feu de la rampe, sous les projecteurs. Ils ont un avis sur tout, commentent rĂ©guliĂšrement l’actualitĂ©, sont souvent invitĂ©s sur les plateaux et dans les studios de mĂ©dias locaux, pourtant, nos Ă©lus Ă©vitent soigneusement de parler des migrants. Le sujet passe difficilement inaperçu. 

La peur de se mouiller 

Lorsque les Ă©lus sont sollicitĂ©s sur la question, leurs rĂ©ponses sont tiĂšdes, un discours sans relief, tĂ©lĂ©phonĂ©, convenu, aucune prise de position forte. Car le sujet des migrants est clivant et les avis des RĂ©unionnais tranchĂ©s. Deux camps s’opposent, les pour et les contre. Le sujet donne souvent lieu Ă  des dĂ©bats enflammĂ©s, sur les rĂ©seaux sociaux, au troquet du coin, dans les familles... Difficile de rester neutre. 

Pourtant, il y en a qui rĂ©ussissent ce tour de force, qui jouent la Suisse : nos Ă©lus. Ils sont passĂ©s maĂźtres dans l’art subtil de la langue de bois pour ne froisser aucune des deux parties. Leurs propos sur la question sont lisses, ils dĂ©blatĂšrent des lieux communs et enfoncent des portes ouvertes. En dĂ©finitive, ils ne se mouillent pas. Paradoxal, quand on voit qu’ils sont capables de s’écharper par mĂ©dias interposĂ©s sur des sujets d’une moindre importance avec la plus grande virulence. 

Ils choississent leur combat et ce n'est pas toujours logique 

Le 13 avril dernier, un bateau est arrivĂ© Ă  La RĂ©union avec 120 migrants sri-lankais Ă  son bord. 120 personnes, des femmes, des enfants, des hommes extĂ©nuĂ©s par un voyage en mer. Ils ont ensuite Ă©tĂ© parquĂ©s dans un gymnase surchauffĂ© durant plusieurs jours, le temps que les dĂ©marches administratives devant les diffĂ©rentes juridictions s’enchaĂźnent avec l'interdiction de circuler, plus de libertĂ©. La moitiĂ© a obtenu le droit de faire des demandes d'asile, les autres ont Ă©tĂ© reconduite Ă  la frontiĂšre sans que l'on sache ce qui va advenir d'eux de retour au Sri-Lanka. 

Un drame humain. Pourtant, du cÎté des élus, silence radio. Aucune réaction, pas un mini, petit, riquiqui commentaire.

‹Par contre, deux jours plus tard, lorsqu’un incendie a ravagĂ© la toiture de la cathĂ©drale Notre Dame de Paris, la boĂźte mails de la rĂ©daction a chauffĂ© ! Des communiquĂ©s en veux-tu, en voilĂ . Parlementaires, Ă©diles, prĂ©sidents de collectivitĂ©s, tous avaient des choses Ă  dire. Certains Ă©taient mĂȘme particuliĂšrement prolixes, envoyant des pages entiĂšres pour partager leur tristesse et leur indignation.

On retrouve ce mĂȘme degrĂ© d’implication quand il s’agit de descendre les copains. C’en est parfois ridicule, la critique pour la critique, aucun argument de fond, aucune solution apportĂ©e mais montrer du doigt l’autre et dĂ©nigrer ses actions, ça, on sait faire. Les Ă©lus sont prĂȘts Ă  en dĂ©penser du temps et de l’énergie pour dĂ©zinguer leurs adversaires. Mais sur les vrais sujets, lĂ , y’a plus personne


Certains ont essayé 

Au dĂ©but, certains ont tentĂ© de prendre part au dĂ©bat. Un dĂ©putĂ© s’est rendu dans la zone d’attente de l’aĂ©roport, un sĂ©nateur a interpellĂ© le gouvernement sur la question, d’autres parlementaires ou Ă©lus, pris au dĂ©pourvu au moment d’interview ont poliment rĂ©pondu. Mais lĂ  encore, on Ă©tait dans la gesticulation et non l’action concrĂšte.

Et cette implication mĂȘme minime, n’aura durĂ© qu’un temps
 Les politiques sont passĂ©s de l’action molle Ă  l’indiffĂ©rence, pas fous, ils ne vont quand mĂȘme pas courir le risque de se mettre Ă  dos leur prĂ©cieux Ă©lectorat. Encore moins Ă  quelques mois d’une Ă©chĂ©ance cruciale qui redistribuera les cartes du jeu politique.

Il ne fait pourtant aucun doute que le sujet des migrants sri-lankais reviendra sur la table prochainement. MĂȘme si la classe politique doit croiser les doigts pour que les tensions autour du sujet soient redescendues.

Un scandale absolu

Les RĂ©unionnais mĂ©ritent pourtant un engagement ferme de leurs Ă©lus sur la question des migrants. Qu’ils soient pour ou contre, peu importe mais qu’ils bougent. L’indiffĂ©rence et l’inaction ne sont pas des rĂ©ponses Ă  cette crise humanitaire inĂ©dite. Et contrairement Ă  ce qu’ils essaient de nous faire croire, tout ne repose pas sur les Ă©paules de l’État, ce serait trop facile. Nos Ă©lus doivent prendre leurs responsabilitĂ©s sur cette question qui est un enjeu politique majeur pour notre dĂ©partement.

Nos Ă©lus doivent dĂ©passer leur petite personne et enfin penser Ă  l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Le sujet des migrants n’est pas une question de second plan. Les conditions d’hĂ©bergement, leurs dĂ©marches administratives, leur traitement en gĂ©nĂ©ral quand ils dĂ©barquent Ă  La RĂ©union posent question. Mais pour le moment aucune rĂ©ponse satisfaisante n’est apportĂ©e Ă©tant donnĂ©e que notre classe politique prĂ©fĂšre dĂ©tourner le regard plutĂŽt que de mettre la pression Ă  l'AssemblĂ©e, au SĂ©nat, lors de leurs rencontres avec des ministres... 

La condamnation de ces trois passeurs indonĂ©siens est un signal fort et confirme le fait que des filiĂšres organisĂ©es sont Ă  l’Ɠuvre. Les arrivĂ©es de migrants n’ont plus rien d’anecdotiques. L’inertie de nos Ă©lus est un scandale absolu. 

fh/www.ipreunion.com

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