A dix jours du mouvement du 17 novembre, les esprits s'échauffent autour du blocage, ou non des routes réunionnaises... Alors que des collectifs se montent sur les réseaux sociaux pour organiser des opérations escargots et autres réjouissances, d'autres écrivent au Préfet et demandent des actions directes pour "désamorcer cette bombe à retardement." Dangereux les blocages ? Légaux ? Pourquoi ne pas monter directement aux institutions ? Certains voient encore plus loin que les hausses des prix des carburants et vise la consommation...et ses centres commerciaux.
Dans les rues de Saint-Denis, on vous avait posĂ© ces questions et une grande majoritĂ© dâentre vous nous avait rĂ©pondu que cette mĂ©thode nâĂ©tait pas la bonne⊠CĂ©line par exemple, apprĂ©hendait dĂ©jĂ cette journĂ©e oĂč elle allait se retrouver dans les embouteillages, entre le stress et la chaleur. Quant Ă Monique elle posait clairement la question du "oui⊠mais aprĂšs ? C'est une petite action... Il faut ĂȘtre plus solidaires et engagĂ©s : se mobiliser sur le long terme! Nous pouvons signer des lettres, des pĂ©titions, les faire remonter au gouvernement, Ă l'AssemblĂ©e. Pourquoi ne pas rĂ©unir nos sept dĂ©putĂ©s pour ouvrir un dĂ©bat ? Un blocage de route ne sert Ă rien car il ne dure qu'une journĂ©e. Pour ĂȘtre efficace, il faut voir plus loin."
Opérations escargots des motards
Nicolas Guezello du "Collectif de dĂ©fense des motards" sera sur les routes pour manifester son mĂ©contentement contre la hausse des carburants. "Nous organisons deux opĂ©rations escargots qui vont converger en un seul point : la PrĂ©fecture de Saint-Denis. Il y aura un dĂ©part Ă Saint-BenoĂźt, et un autre Ă Etang-SalĂ© le matin. Nous allons ralentir les quatre-voies et nous rejoindre sur le Boulevard Sud oĂč nous allons stationner pendant une heure de 10 Ă 11 heure." Pour le moment, câest ce que ces motards prĂ©voient. Ils attendent encore le feu vert des autoritĂ©s responsables. A la PrĂ©fecture de Saint-Denis, les motards vont remettre leurs revendications. A midi, tout devrait ĂȘtre terminĂ©âŠ
"Bloquer les institutions plutĂŽt que les routes ? Câest ce quâon voulait faire et jâaurai prĂ©fĂ©ré⊠mais le 17 tombe un samedi et tout sera fermĂ©. Et un samedi, câest finalement une bonne chose," estime Nicolas Guezello que se dit soucieux de ne pas "dĂ©ranger les travailleurs. Et ceux qui travaillent ce samedi auront suffisamment de temps pour sâorganiser et dâaller Ă leur boulot. La situation sâarrangera tout de suite en fin de matinĂ©e." Pour le motard, la gĂȘne est minime et "on ne peut pas faire moins. Nous ne sommes pas contre lâEtat et contre les gens nous avons juste des revendications, nous voulons engager la discussion au nom des motards." Et dâajouter : "nous ne voulons pas pĂ©naliser les personnes qui veulent circuler, on essaye juste de se faire remarquer sans crĂ©er la pagaille et sans se faire des ennemis." Ils devraient entre deux et trois cents sur les routes⊠Pour le moment, ils nâont pas prĂ©vus de faire remonter une pĂ©tition aux instances de lâEtat.
Du cĂŽtĂ© des opposants aux blocages de route, le collectif "Aret Blok a Nou" qui a fait parvenir une lettre au PrĂ©fet et Ă la presse. Georges Potola Ă©crit ainsi : "nous les automobilistes, nous avons marre dâĂȘtre encore une Ă©niĂšme fois victimes dâopĂ©ration escargot et de blocage de route. (âŠ) Nous comprenons parfaitement les revendications, portĂ©es par des millions de Français, les prix en augmentation constante et le pouvoir dâachat qui ne cesse de se rĂ©trĂ©cir. Nous la classe populaire, nous vivons grĂące aux crĂ©dits, une journĂ©e de travail perdu câest encore des problĂšmes qui sâaccumulent. De plus nous ne sommes pas coupables de cette situation, mais doublement victimes, otages sur les routes et bouc Ă©missaire du gouvernement."
Bloquer les centres commerciaux
Ces arguments, le groupe Facebook "Mouvements le 17 novembre" les comprend. Ils ont de leur cĂŽtĂ© choisi de bloquer la consommation⊠"On ne veut pas embĂȘter les gens en les empĂȘchant de circuler, explique Aurore Rudy, lâune des administratrices. Nous savons que des gens travaillent, vont Ă la plage, voient leurs familles et leurs amis. Nous protestons contre la vie chĂšre, la politique dâEmmanuel Macron, les retraites⊠Il nây a pas que la hausse des prix du carburant." Avec ses plus 4.180 membres, le groupe entend donc bloquer les grands centres commerciaux, "Duparc, Cambaie, Canabady⊠nous voulons affaiblir lâĂ©conomie, ils feront un chiffre dâaffaire de zĂ©ro. Nous visons ceux qui sâen mettent plein les poches," poursuit Aurore Rudy. Un peu comme en 2009, quand le collectif COSPAR (collectif contre la vie chĂšre) avait organisĂ© de grandes manifestations avec des blocages de supermarchĂ©s et de centres commerciaux.
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Aurore Rudy espĂšre ĂȘtre suivie par une grande majorité : "les RĂ©unionnais doivent se rĂ©veiller, nous ne sommes pas des moutons !" Et ces actions ne dureront pas quâun jour : "nous allons mettre en place un systĂšme de roulement par rapport Ă nos emplois du temps : il y aura ainsi toujours du monde, nous irons plus loin que le 17 novembre. On ne sâarrĂȘtera que quand le gouvernement comprendra." Pour la manifestante, les pĂ©titions ne servent Ă rien : "on nous entend mais on ne nous Ă©coute pas : il faut que ça bouge ! Nous voulons des actions concrĂštes ! Il y a eu 1789, 1848, 1968, il y aura 2018 : le peuple gronde, le peuple va arriver." Les blocages se feront "pacifiquement mais nous ne sommes pas le bon dieu : on ne tendra pas la joue."
Sur internet, une carte commence à circuler avec tous les blocages prévus :
Aurore Rudy nâa dĂ©posĂ© aucun prĂ©avis de grĂšve ou de blocage : "il y a eu 1789 : nous sommes allĂ©s chercher le roi, je ne pense pas quâil y ait eu de prĂ©avis." Quant aux institutions, "nous avons prĂ©vu de les viser mais nous voulons commencer par la consommation et les centres commerciaux. Nous sensibilisons dâabord, pour la suite nous verrons : aller voir les dĂ©putĂ©s, la prĂ©fecture, la sous-prĂ©fecture, la RĂ©gionâŠ"
La Préfecture de La Réunion, interrogée sur les questions de la légalité et de la sécurité de ce mouvement de blocage national nous a indiqué qu'elle nous répondra dans la matinée de ce mercredi.
Gilet jaune, un geste de protestation grignoté par des fake news
En attendant les manifestations et les blocages du 17 novembre, les automobilistes qui soutiennent le mouvement sont appelĂ©s Ă placer leur gilet jaune sur leur tableau de bordâŠEt non, par ce geste vous ne risquez pas une amende de 150 euros comme nous pouvons parfois le lire. Lâinformation, qui sâest rependue sur la toile Ă vitesse grand V, provenait du site parodique NordpressâŠ
A partager le gouvernement veut faire taire la révolution https://t.co/eWbasEDnWs
â Nordpresse (@Nordpresse) 30 octobre 2018
nt/www.ipreunion.com

C'est vrai pourquoi bloquer les routes... alors qu'elles le sont tous les matins dĂšs 6 h et rebelote le soir dans l'autre sens ?
Augmentez les salaires, les retraites et les minima sociaux, oui, mais alors ça signifie s'attaquer aux vrais fauteurs de vie chÚre que sont les patrons. Et ça, ça ne plait pas à tous ceux qui défendent le systÚme capitaliste !
"ne pas se faire d'ennemis" en faisant des opérations escargots ? Il faudrait revenir sur terre...