Syrie

Raqa - Des combattantes vengent les femmes victimes de l'Etat islamique

  • PubliĂ© le 12 novembre 2016 Ă  04:09
Rojda Felat, cheffe des unités féminines de protection des femmes kurdes (YPJ), donne des ordres par walkie-talkie dans le village de Mazraat Khaled, à environ 40 km de la capitale de Raqa, le 9 novembre 2016

Dans un véhicule tout terrain, Kazßwar, combattante kurde de 23 ans, fonce dans le désert syrien au nord de Raqa pour rejoindre les premiÚres lignes de combat contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI). "Nous voulons prouver que nous sommes capables et que nous avons un rÎle à jouer" dans la lutte contre l'EI, affirme la jeune femme mince aux cheveux chùtains qui a adopté ce nom de guerre

Elle fait partie des Unités de protection de la femme kurde (YPJ) qui combattent aux cÎtés de leurs compagnons d'armes masculins dans l'offensive déclenchée samedi par les Forces démocratiques syriennes (FDS) --une alliance arabo-kurde-- pour capturer Raqa, "capitale" de l'EI en Syrie.

Chaussée de baskets et portant une tenue de jogging sur son treillis en raison du froid, Kazßwar a pris les armes il y a plusieurs années et participé à maintes batailles contre les ultraradicaux.

Dans l'un de ces combats, elle a perdu son amie, sa "soeur d'armes", Baharine Jia, dont elle a accroché sa photo sur le rétroviseur de la voiture.
Elles sont plusieurs centaines à lutter sans merci contre les jihadistes qui sÚment la terreur dans les territoires sous contrÎle kurde en Irak et en Syrie, notamment au sein de la communauté hétérodoxe des Yézidis, réduisant leurs femmes à l'esclavage.

"Notre participation aux brigades féminines est une revanche pour toutes les femmes enlevées à Sinjar (en Irak)et vendues (comme esclaves sexuelles) sur les marchés", explique Kazßwar. Elle arrive au hameau de Mazraat Khaled, à un km des combats opposant jihadistes et FDS et à une trentaine de km de Raqa.

- Nattes, youyous et mortier -

La jeune femme rejoint dans un immeuble en bĂ©ton, perchĂ© sur une colline, sa chef Rojda Felat, 38 ans, qui fait partie du commandement de la bataille. Les jihadistes "ont la hantise d'ĂȘtre tuĂ©s par des femmes car ils estiment que c'est haram (prohibĂ© par la religion)", se moque KazĂźwar. "Quand ils entendent nos voix, ils ont trĂšs peur, tandis que nous, en premiĂšre ligne, nous lançons des youyous aprĂšs chaque victoire".
Pendant qu'elles discutent, les roquettes s'abattent prĂšs d'elles et les avions de la coalition internationale qui soutient les FDS frappent les positions jihadistes d'oĂč s'Ă©lĂšvent des volutes de fumĂ©e grise.

Nattes brunes recouvertes d'un kéfié à damiers noirs et blancs, badge jaune des YPG sur l'épaule gauche, Rojda donne des ordres avec ses deux talkiewalkies aux combattants et combattantes qui se lancent à l'assaut des lignes ennemies.
Au bas de l'immeuble, des vĂ©hicules surmontĂ©s d'une douchka (mitrailleuse lourde de fabrication russe) sont Ă  l'arrĂȘt et Ă  l'intĂ©rieur, des combattantes se reposent.

"Souvent, dans le domaine militaire, les gens regardent la femme avec condescendance, arguant que nous sommes trop sensibles, que nous n'osons pas porter un couteau ou un revolver", dit-elle.

"Mais vous pouvez voir qu'aux YPJ, nous manions la douchka, savons utiliser le mortier et sommes capables de déminer", assure-t-elle en riant.

- "Peur de nos voix" -

Rojda montre du doigt un endroit oĂč des habitants d'al-Hicha ont trouvĂ© refuge et demande Ă  ses subordonnĂ©s de les conduire en lieu sĂ»r pour Ă©viter qu'ils ne soient tuĂ©s par les obus qui s'abattent prĂšs d'eux.

Dans ce village tenu par l'EI, à 40 km au nord de Raqa, 20 civils ont été tués mardi soir par des frappes de la coalition antijihadistes dirigée par Washington, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Une porte-parole des FDS, Jihan Cheikh Ahmad, a toutefois démenti, estimant que "ces accusations sont le fait de l'EI".

"Nous combattons pour sauver nos mĂšres, nos s?urs. Les victoires que nous remportons sont historiques", assure Rojda. Elle rejoint des combattantes assises prĂšs d'un mur oĂč elles ont posĂ© leurs kalachnikovs, et s'accorde un moment de repos afin de manger son sandwich.
Chirine, 25 ans, originaire d'un village Ă  la frontiĂšre turque, observe avec ses jumelles les combats. "Comme femme kurde au sein des YPJ, je suis ravie de participer Ă  cette campagne pour vaincre ces mercenaires" dit-elle, riant de la peur qu'elle suscite chez l'ennemi. "Ils ont peur de nos voix. Ils ont peur qu'on les tue. Ils veulent que la femme soit toujours l'esclave de l'homme".

"Je fulmine quand je vois des femmes portant le niqab et je suis contente quand je les vois le retirer", assure cette femme mince aux yeux marrons, portant sur la tĂȘte un foulard bordeaux brodĂ© de fleurs multicolores.
AFP

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1 Commentaires
Frederic Waymel
Frederic Waymel
9 ans

Fan, admiratif et plein d'espoir pour réduire à néant ces laches que sont l'EI.
Fan et admiratif de ce que ces femmes dans ce contexte osent et réussissent à faire. Yallah!
Mon souhait serait que ces laches sans visages soient supprimés avant la fin de l'année.