Suicide : à La Réunion tous les ans, 72 personnes se tuent et plus de 1.400 tentent de mettre fin à leurs jours

  • Publié le 10 septembre 2026 à 06:14
  • Actualisé le 10 septembre 2026 à 06:15
Sucide

Chaque année, le 10 septembre, marque la Journée internationale de prévention du suicide. À La Réunion 72 personnes meurent par suicide et plus de 1.400 tentent de mettre fin à leurs jours tous les ans. Une personne qui tente de passer à l'acte est souvent vue comme lâche. Derrière cet acte désespéré, des appels à l'aide d'hommes, de femmes et des plus jeunes. Derrière ces chiffres, ce sont des milliers de familles, de collègues et de proches qui se demandent comment repérer la détresse et comment réagir à temps (Photo : www.imazpress.com)

L’objectif de septembre jaune est de toucher non seulement les personnes concernées de près ou de loin mais aussi et surtout le grand public afin de briser le tabou encore trop présent.

Il est souvent difficile de percevoir ce qui se passe dans la tête de l'autre. Chacun peut se lever le matin et enfiler un masque, laisser penser que tout va bien. Mais au contraire, derrière cette façade, se cache un mal-être très souvent difficile à évoquer. Regardez l'exemple même dans cette publicité.

La menace de suicide doit toujours être prise au sérieux et ne doit pas être considérée comme de la manipulation. Les menaces de suicide sont des appels à l’aide.

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- Les idées suicidaires ne sont pas l’expression d'une lâcheté  -

"Il faut comprendre que les idées suicidaires ne traduisent pas forcément un désir de mourir au sens où on pourrait l’imaginer. Elles apparaissent dans un contexte où la souffrance psychique est devenue tellement intense que la personne ne parvient plus à entrevoir de solutions pour l’apaiser. Dans ces moments-là, la personne en souffrance peut avoir des difficultés à prendre du recul, à imaginer des alternatives ou même à se représenter que sa situation et sa souffrance peuvent évoluer", explique le Docteur Pauline Mascarel, praticien hospitalier-psychiatre à l'EPSMR et responsable du Centre régional de prévention du suicide à La Réunion et coordinatrice du dispositif VigilanS OI.

"Ce n’est donc pas forcément "je veux mourir", mais plutôt "je ne vois plus comment continuer à vivre avec cette souffrance et je ne vois plus d’autre issue", ajoute-t-elle.

Il s'agit là d'une notion importante à comprendre pour l’entourage, "car, vu de l’extérieur, il peut être difficile de saisir comment une personne a pu en arriver là". "Les proches peuvent ressentir de la peur, de l’incompréhension, parfois de la colère ou de la culpabilité". À ce stade, "l'enjeu est surtout de pouvoir accueillir ces émotions sans qu’elles prennent toute la place dans la relation, afin de maintenir une attitude d’écoute et de soutien envers la personne qui traverse déjà une période de grande souffrance", indique la praticienne de l'EPSMR.

Elle poursuit : "Pour la personne concernée, mettre des mots sur ce vécu notamment après un passage à l’acte peut justement permettre d’expliquer qu’elle ne percevait plus les choses comme elle peut les percevoir aujourd’hui. Elle peut dire que, dans ce moment de grande souffrance, sa capacité à prendre du recul et à envisager d’autres solutions était réduite ou altérée".

- Percevoir les signes d'une détresse psychologique qui pourrait mener au suicide -

"Les idées suicidaires apparaissent dans un contexte de souffrance psychique qui s’installe progressivement, mais cette souffrance n’est pas toujours visible de l’extérieur", explique le Docteur Pauline Mascarel.

En effet, "certaines personnes peuvent dissimuler ce qu’elles ressentent. Cela peut être lié à la honte, au tabou qui entoure encore beaucoup les questions de santé mentale et de suicide, à la peur d’inquiéter leurs proches, d’être jugées, ou encore à la peur des conséquences que pourrait avoir le fait d’en parler", poursuit la spécialiste.

Selon la professionnelle de santé, une crise suicidaire résulte souvent de la combinaison d’événements de vie difficile. Une rupture amoureuse, un deuil, une perte d’emploi, des difficultés financières, du harcèlement, un burn-out, des violences physiques ou sexuelles...

C'est pour cette raison qu'il est important d'être vigilant aux signaux avant-coureurs qui peuvent se manifester chez un proche. 

"Les signes peuvent être en quelque sorte "dilués" dans les différentes sphères de la vie. Par exemple, la famille peut remarquer un peu plus de repli, les amis un changement d’attitude, les collègues une baisse de concentration, mais personne ne dispose nécessairement de l’ensemble des éléments", dit-elle.

"Pris séparément, ces changements peuvent paraître banals et ne pas interpeller forcément. C’est aussi ce qui peut rendre leur repérage compliqué", explique le Docteur Pauline Mascarel.

Il existe malgré tout des signes qui doivent attirer l’attention. Certains sont assez peu spécifiques : "un isolement inhabituel, un repli sur soi, une modification importante du comportement, une perte d’intérêt ou une rupture avec les habitudes de la personne".

"D’autres sont plus explicites, notamment lorsqu’une personne exprime qu’elle n’en peut plus, qu’elle ne voit plus d’issue, ou évoque directement des idées suicidaires", indique-t-elle.

- Prendre au sérieux les signaux d’alerte et réagir -

Selon les experts en prévention du suicide, une des meilleures façons d’aider une personne à risque est d’en parler. Même si l'on a peur de ne pas utiliser les bons mots, dans les faits, s'y inquiéter constitue une première étape.

"Quand on est inquiet pour un proche, le plus important est de se faire confiance et si l’on s’en sent capable, d’oser ouvrir le dialogue, de montrer à la personne que l’on a remarqué qu’elle ne va pas bien et qu’on est disponible pour l’écouter. Et si l’on s’en sent en capacité de le faire, on peut même aborder la question des idées suicidaires, en lui demandant par exemple : "Est-ce que tu as des idées suicidaires ?", "Est-ce que tu penses à la mort ?", conseille la responsable du Centre régional de prévention du suicide à La Réunion.

Elle précise : "Il existe encore beaucoup de peur autour de cette question, notamment l’idée que parler du suicide pourrait "donner des idées" à quelqu’un. Or, poser la question ne crée pas d’idées suicidaires. Au contraire, cela peut permettre à la personne de se sentir entendue, de mettre des mots sur ce qu’elle traverse et parfois de ressentir un certain soulagement face au fait de ne plus avoir à porter cela toute seule".

"Le rôle du proche n’est pas de trouver seul une solution, ni de se substituer à un professionnel. Il peut en revanche être présent, écouter sans juger, sans minimiser ce que la personne ressent, et l’aider trouver des ressources adaptées", indque le Docteur Pauline Mascarel.

Les psychiatres de l’université de Columbia ont mis au point un protocole, un outil d’évaluation des risques de la gravité des idées suicidaires. Il vous guide à travers six questions à poser à votre proche pour savoir si il a eu des pensées suicidaires.

Le médecin traitant peut également être une première porte d’entrée vers le soin, puisqu’il connaît souvent la personne, son histoire et sa situation. "Il peut commencer l’évaluation et l’orienter si besoin vers une prise en charge plus spécialisée", dit la praticienne de l'EPSMR.

- Accompagner la personne fragile pour se faire aider -

À La Réunion, plusieurs dispositifs, pilotés par l’Agence régionale de santé (ARS) en lien avec ses partenaires, sont déployés pour accompagner et sensibiliser la population.

Depuis 2022, le Centre régional de prévention du suicide de l’Établissement public de santé mentale de La Réunion (EPSMR) gère localement les appels provenant de La Réunion. Il existe également l'association prévention suicide et l'association Sos Solitude.

L'ARS développe également le dispositif Monsoutienpsy. Ce dispositif permet de bénéficier du remboursement de 12 séances d’accompagnement psychologique par an grâce à un réseau de psychologues libéraux conventionnés par l’assurance maladie.

Lancé en 2015, le dispositif VigilanS de l'Agence régionale de santé consiste également en un système de recontacte et d’alerte autour de la personne ayant fait une tentative de suicide. Il permet de garder du lien grâce à l'appui d'un réseau de professionnels de santé qui assureront une veille et garderont le contact avec elle.

Dans le département, deux professionnels sont formés aux premiers secours santé mentale dans chaque établissement scolaire. Mais ils ne sont pas les seuls. L'ARS a décidé d'intégrer à la formation, les animateurs d’activités socio-culturelles, les clubs sportifs et tous ceux pouvant entrer en contact avec des jeunes.

Pour améliorer l’accès aux soins, notamment des plus jeunes - les plus frappées par la détresse mentale - sept postes de psychologues ont été créés dans les centres médico-psychologiques pour enfants et ados (CMPEA) et dans les maisons des adolescents. Ce qui a réduit les délais d’attente à 3 à 5 mois.

L’ARS a également financé deux postes de psychologues dans les centres de santé universitaires et mis en place un partenariat avec les quatre missions locales de l’île afin qu’elles disposent, elles aussi, de psychologues.

L'Agence régionale de santé réalise également des actions de sensibilisation en collèges et lycées pour informer les jeunes sur la nécessité de parler de leur mal-être, les mettant en liant notamment avec des associations et des lignes d’écoute dédiées aux jeunes.

À La Réunion, il existe Kozé Jeunes : 0 801 901 974 (numéro non surtaxé), appels possibles du lundi au vendredi du 12h à 16h30 et le mercredi de 09h30 à 16h30.

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- 72 personnes meurent par suicide tous les ans à La Réunion -

Face au constat alarmant, la santé mentale est une priorité inscrite dans le Projet Régional de santé (PRS) La Réunion 2023-2033, ainsi que du prochain projet territorial de santé mentale (2ème génération) qui sera présenté prochainement, indique l'Agence régionale de Santé à Imaz Press.

À La Réunion, 72 personnes meurent par suicide et plus de 1.400 tentent de mettre fin à leurs jours tous les ans.
En France, on recense près de 9.000 morts par an, soit 25 suicides par jour et environ 200.000 tentatives de suicide par an.

En France, suicide est la 1ère cause de mortalité évitable chez les 25-34 ans, la seconde cause de mortalité évitable chez les 18-25 ans et la 1ère cause de mortalité maternelle jusqu’à 1 an après la grossesse.

Les personnes sans emploi, les agriculteurs et les ouvriers sont particulièrement vulnérables, tout comme les personnes âgées. (SPF)

Si vous en sentez le besoin, vous pouvez contacter le 3114 : le numéro national de prévention du suicide.

Disponible 24h/24 et 7j/7, ce service gratuit met en relation les personnes en détresse, leurs proches et les professionnels avec des professionnels formés (infirmiers, psychologues et psychiatres).

Si vous ou l'un de vos proche avez des idées suicidaires, un professionnel de soins (infirmier ou psychologue), spécifiquement formé à la prévention du suicide, sera à votre écoute afin d’évaluer votre situation et vous proposer des ressources adaptées à vos besoins ou à ceux de vos proches.

Ce service s'adresse également aux personnes endeuillées par un suicide. Si vous êtes dans cette situation, des ressources d’aide de proximité vous seront proposées afin que nous n’ayez pas à affronter cette épreuve seul.

ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

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