Un ancien facteur de la Poste de Saint-Louis, Frantz Dambreville, se bat contre l'institution pour retrouver "une vie normale". AprĂšs avoir Ă©tĂ© victime de deux accidents de travail Ă la poste de Saint-Louis et de l'Etang SalĂ©, il a enchaĂźnĂ© les hospitalisations et les arrĂȘts maladies. Reconnu travailleur handicapĂ©, l'entreprise devait lui proposer un poste amĂ©nagĂ© mais le salariĂ© a Ă©tĂ© licenciĂ©. La direction de la Poste de Saint-Louis Ă©tant directement en cause, l'ancien facteur a entamĂ© une procĂ©dure contre son ancienne entreprise. La Poste dit que la rĂ©glementation a Ă©tĂ© respectĂ©e Ă la lettre et que son ancien salariĂ© a refusĂ© "plusieurs propositions"
- Retour sur les faits -
29 dĂ©cembre 2005 : alors quâil effectue sa tournĂ©e habituelle sur Saint-Louis, Frantz Dambreville, facteur Ă la RiviĂšre Saint-Louis, est victime dâun accident de la circulation. Il souffre de diverses fractures nĂ©cessitant un an dâhospitalisation. Son Ă©tat de santĂ© lâobligera Ă Â rester 4 ans en arrĂȘt maladie. Suite Ă cela, il est contraint de se dĂ©placer avec une canne. La mĂ©decine du travail, le mĂ©decin conseil de la sĂ©curitĂ© sociale, le mĂ©decin traitant font la mĂȘme conclusion : il lui faut un poste amĂ©nagĂ©.
Or, la Poste ne lui propose pas d'emploi amĂ©nagĂ©, mais un poste de distribution Ă vĂ©lo contraire Ă lâavis mĂ©dical. "La pression, le besoin de travailler, lâabsence dâalternative", conduisent Frantz Dambreville Ă accepter. Il se rappelle des douleurs et difficultĂ©s que ce travail lui ont causĂ©.
Souffrant toujours de la jambe, il enchaĂźne les arrĂȘts maladie. Les mĂ©decins lui conseillent dâopter pour une opĂ©ration qui consiste Ă un blocage dĂ©finitif de la cheville, lâarthrodĂšse. L'intervention a lieu le 4 fĂ©vrier 2013. AprĂšs lâopĂ©ration, sept mois dâhospitalisation Ă domicile et des sĂ©ances de rééducation sont nĂ©cessaires. Frantz Dambreville se retrouve avec une invaliditĂ© Ă 35% lui donnant droit Ă une pension trimestrielle .
Le 15 fĂ©vrier 2014, Frantz Dambreville est reconnu travailleur handicapĂ© par la maison dĂ©partementale des personnes handicapĂ©es (MDPH). Il reprend le travail, Ă un poste de âŠmanutentionnaire. Sa hierarchie ne lui laisse pas le choix. Frantz Dambreville se souvient : "ce jour lĂ jâai appelĂ© ma femme, je pleurais". Il lui fait part de son stress et de la peur de perdre son travail. Le lendemain, il se retrouve seul sur ce poste oĂč il est obligĂ© de dĂ©placer des cartons lourds et volumineux alors quâil se dĂ©place avec une canne.
Il tiendra Ă ce poste deux jours.
Le jour suivant, en sortant du rĂ©fectoire de la poste de Saint-Louis, la canne de Frantz Dambreville glisse dans une flaque dâeau. "Le distributeur dâeau du rĂ©fectoire Ă©tant dĂ©fectueux, un seau fait office dâĂ©vacuation. Ce seau Ă©tait plein" relate-t-il. ConsĂ©quences de ce second accident de travail : le salariĂ© souffre d'un tassement de la colonne vertĂ©brale. La mĂ©decine du travail lui assure "quâun poste amĂ©nagĂ© sera trouvĂ©". En attendant, dit-il, il est contraint de rester un an en arrĂȘt maladie. Aucun poste amĂ©nagĂ© nâayant Ă©tĂ© dĂ©gagĂ©, la mĂ©decine du travail prolonge son arrĂȘt maladie.
- Le facteur devant la justice -
Entre temps, lâancien facteur rencontre un avocat qui lui conseille de porter son affaire devant le tribunal des affaires de la sĂ©curitĂ© sociale (Tass). Un poste lui est proposĂ© Ă lâEtang-SalĂ©. Il sâagit dâun poste en cabine.
Le facteur explique "un poste en cabine, ça veut dire rester assis toute la journĂ©e et ne rien faire. Je dis bien sans rien faire. La fiche de poste ne correspond pas Ă la rĂ©alitĂ©". Il se rappelle de cet Ă©pisode comme dâune "mise au placard". Il plonge dans un Ă©tat dĂ©pressif.
Compte tenu de son Ă©tat psychologique, Frantz Dambreville a besoin dâun suivi psychiatrique. La caisse de sĂ©curitĂ© sociale qui a refusĂ© de se prononcer en faveur dâune rechute en ces termes : "lâĂ©tat de santĂ© de M. Dambreville de correspond pas Ă son Ă©tat physique". Il ne peut plus bĂ©nĂ©ficier dâarrĂȘt maladie.
Le 20 avril 2017. La mĂ©decine du travail dĂ©clare que l'ancien facteur est "inapte Ă tout poste dans lâentreprise et inapte au travail". Frantz Dambreville demande l'avis dâun expert du conseil des prudâhommes. Selon Frantz Dambreville cet expert le dĂ©clare "inapte au poste (en cabine) de lâEtang-SalĂ© mais pas inapte Ă travailler dans lâentreprise".
Le 19 dĂ©cembre 2017, le couperet tombe. Frantz Dambreville reçoit une convocation pour "un entretien prĂ©alable au licenciement pour inaptitude dĂ©finitive Ă travailler dans lâentreprise".
Le 8 février 2018, il est reçu par une commission paritaire à Saint-Denis (composée de deux syndicalistes et de deux membres de la direction de la Poste plus le directeur de Saint-Louis). Cette entretien aboutit au licenciement de l'ancien facteur. Il réclame de pouvoir consulter son dossier. Il obtient satisfaction.
Par la suite, l'ancien facteur porte plainte contre le diredteur de la Poste de Saint-Louis pour licenciement abusif. L'affaire est toujours en cours.
- La réponse de la Poste -
InterrogĂ©e par Imaz Press RĂ©union, la Poste affirme "avoir suivi les procĂ©dures rĂ©glementaires avant de dĂ©cider du licenciement de M. Dambreville". Pour la Poste, l'ancien facteur a bĂ©nĂ©ficiĂ© dâun "accompagnement par la commission du retour et de maintien dans lâemploi". Elle assure "avoir fait plusieurs propositions Ă M. Dambreville en tenant compte son statut de travailleur handicapĂ© Ă savoir des postes de 12 heures de travail hebdomadaire Ă moins de 30 km de chez lui".
Concernant les propositions d'emploi, la Poste assure que "plusieurs propositions ont Ă©tĂ© faites et celles-ci ont Ă©tĂ© refusĂ©es par M. Dambreville". Et de soutenir que "la mĂ©decine du travail a conclu que lâĂ©tat de santĂ© de M. Dambreville ne lui permettait pas dâĂȘtre reclassĂ© dans lâentreprise", elle assure que câest aussi lâavis de lâexpert dĂ©signĂ© par les prudâhommes, "lâexpert dĂ©signĂ© nâa pas remis en cause lâavis de la mĂ©decine du travail".
Ă propos de la plainte dĂ©posĂ©e par M. Dambreville contre la direction de la Poste, cette derniĂšre nâa pas souhaitĂ© sâexprimer "sur une procĂ©dure en cours".
En attendant la conclusion de son affaire, M. Dambreville, toujours handicapé d'une jambe, dit avoir du mal à joindre les deux bouts. Il attend "que la justice fasse son travail".
www.ipreunion.com
Â
Â
