DerniÚrement, plusieurs passagers ont été verbalisés à l'aéroport Roland-Garros car ils ne possédaient pas le précieux sésame pour voyager : le motif impérieux. Celui-ci est obligatoire pour se rendre à La Réunion. Les passagers doivent dans ce cas payer une amende de 135 euros avant de suivre une septaine (obligatoire d'un point de vue moral), comme n'importe quel autre voyageur. Gare à celles et ceux qui tenteraient cependant de falsifier un justificatif pour voyager. On bascule dans ce cas dans le délit, et celui-ci peut vous coûter cher : jusqu'à 45.000 euros d'amende et trois ans d'emprisonnement. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Depuis le 28 janvier 2021, le motif impérieux est restauré entre La Réunion et l'Hexagone. Impossible, donc, de voyager pour le plaisir, il faut justifier son trajet en avion par une urgence familiale, pour le travail ou des raisons de santé.
Pour autant, certains tentent de passer Ă travers les mailles du filet. La semaine derniĂšre, la police aux frontiĂšres a effectuĂ© une sĂ©rie de contrĂŽles sur les voyageurs atterrissant Ă La RĂ©union. Lors d'un vol en provenance de Mayotte, trois passagers ont Ă©tĂ© verbalisĂ©s. Le lendemain, pour un vol qui avait dĂ©collĂ© de Paris, sept autres voyageurs ont Ă©tĂ© sanctionnĂ©s. Lors de sa confĂ©rence du mercredi 3 fĂ©vrier, le prĂ©fet a indiquĂ© qu'une nouvelle dizaine de passagers avaient Ă©tĂ© verbalisĂ©s pour les mĂȘmes raisons.
Montant de l'amende : 135 euros. Cela peut paraĂźtre peu cher payĂ© pour un voyage rĂ©alisĂ© sans autorisation car c'est, rappelons-le, la mĂȘme amende que pour un oubli de masque ou une absence d'attestation en temps de confinement. "Il s'agit d'une amende de quatriĂšme classe", indique la prĂ©fecture, qui ne fixe pas les prix, mais se fie aux dispositions de lâarticle L. 3136-1 du code de la santĂ© publique. En cas de rĂ©cidive, l'amende peut ĂȘtre majorĂ©e jusqu'Ă 3.750 euros.
Mais que se passe-t-il une fois que le passager, qui ne devrait pourtant pas avoir pris l'avion, se retrouve à La Réunion ? Impossible de lui faire faire machine arriÚre, indique la préfecture. C'est la loi : "on ne peut pas expulser un voyageur du territoire national comme cela". L'amende est donc la seule maniÚre de sanctionner les passagers sans motif impérieux. Et une fois la somme de 135 euros réglée, le passager sort de l'aéroport comme n'importe quel voyageur.
- Pas de surveillance renforcée pour autant -
Interrogée au sujet de la "surveillance" des personnes verbalisées, la préfecture indique que les passagers doivent respecter un isolement de sept jours "comme tout le monde" avant de réaliser un test à J+7. Une septaine obligatoire d'un point de vue moral uniquement, le gouvernement ne pouvant pas la rendre obligatoire pour une question de libertés individuelles.
En mai, le Conseil constitutionnel avait en effet rappelĂ© la prĂ©fecture Ă l'ordre : la quatorzaine Ă rĂ©aliser obligatoirement dans un hĂŽtel ou un centre dĂ©diĂ© avait Ă©tĂ© jugĂ©e illĂ©gale. A partir du moment oĂč les voyageurs s'isolent chez eux, ce confinement d'une semaine est donc un engagement moral. La septaine nĂ©cessite "une obligation morale et physique" avait dĂ©clarĂ© Jacques Billant lors de l'annonce de cette mesure le 15 janvier dernier.
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Un test RT-PCR doit ĂȘtre effectuĂ© au terme de cette septaine. LĂ encore, il n'est pas obligatoire mais trĂšs fortement recommandĂ©. Or Ă ce jour, seuls 30% des passagers font leur test Ă J+7. "Ăa reste insuffisant" se dĂ©sole la docteure Christine Kowalczyk, prĂ©sidente de l'Union des mĂ©decins libĂ©raux de La RĂ©union. "Avec l'Ă©tat d'urgence sanitaire, il faudrait trouver le moyen de rendre ce second test obligatoire" ajoute-t-elle.
- La falsification d'un justificatif durement punie -
Si le justificatif du motif impérieux présenté pour l'embarquement est falsifié, c'est une toute autre ambiance. "Si c'est une fausse attestation, dans ce cas c'est le délit de faux et usage de faux" nous indique le procureur de Saint-Denis Eric Tuffery.
Plus prĂ©cisĂ©ment, le dĂ©faut de justificatif est un non-respect de l'arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral - et est sanctionnĂ© par une contravention - mais la falsification d'un justificatif (un test PCR ou un document nĂ©cessaire Ă la justification du motif impĂ©rieux) constitue un dĂ©lit de "faux et usage de faux en Ă©criture privĂ©e".
Il peut s'agir d'un faux certificat de décÚs qui nécessiterait un voyage pour revenir auprÚs de sa famille, ou d'un faux contrat de travail justifiant un déménagement... Selon un avocat que nous avons concerté, le degré de gravité peut varier en fonction de la falsification. S'il s'agit par exemple d'un véritable certificat de décÚs récupéré et dont le nom ou la date a été modifié, la gravité augmente.
Si la police aux frontiĂšres (PAF) s'en aperçoit, le passager peut ĂȘtre menĂ© en garde Ă vue et la police en rĂ©fĂšre au procureur. Un large panel est ensuite Ă sa disposition, du simple rappel Ă la loi jusqu'Ă la prĂ©sentation devant un tribunal judiciaire, Ă©tant donnĂ© qu'il s'agit d'une infraction pĂ©nale. Selon l'analyse du juriste que nous avons interrogĂ©, le parquet peut dĂ©cider de ne pas envahir le tribunal avec des dossiers de ce genre. Mais il peut tout aussi bien frapper un grand coup Ă titre d'exemple, "afin d'envoyer un message clair aux faussaires Ă©ventuels".
Falsifier un document et s'en servir peut coûter trÚs cher : jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende.
- "Un outil dissuasif" -
Le motif impĂ©rieux peut-il vraiment limiter la propagation du virus ? Certains mauvais esprits pourraient prendre en compte l'amende de 135 euros - si on se dĂ©place sans attestation - dans le prix de leur trajet et tenter de passer outre les contrĂŽles. A condition d'avoir le goĂ»t du risque. Le motif impĂ©rieux subit en effet une double barriĂšre : celle de l'embarquement (censĂ© ĂȘtre stricte) et celle de l'arrivĂ©e, plus alĂ©atoire. Dans le sens RĂ©union â MĂ©tropole, la prĂ©fecture assure qu'en prĂ©-embarquement, aucun passager n'est autorisĂ© Ă embarquer s'il n'a pas avec lui un motif impĂ©rieux viable.
Pour Christine Kowalczyk, le motif impĂ©rieux reste cependant dissuasif. "Personne n'a envie de payer 135 euros d'amende quand mĂȘme. Ăa reste une somme significative". De quoi dĂ©courager selon elle ceux qui seraient tentĂ©s de tricher. "C'est malgrĂ© tout un outil efficace pour lutter contre la circulation du virus, cela a d'ailleurs Ă©tĂ© prouvĂ© en novembre" continue la mĂ©decin. "Avec les Ă©pidĂ©miologistes nous avons observĂ© une baisse significative des cas positifs, ça a fait baisser les taux."
En octobre-novembre, le retour des vacances avait entraßné un retour du virus, les autorités sanitaires de l'ßle allant jusqu'à recenser une centaine de nouveaux cas par jour.
Instauré le 30 octobre 2020 à La Réunion pour s'aligner sur le reconfinement de l'Hexagone, le motif impérieux avait ensuite été levé le 15 décembre par la préfecture pour anticiper les départs en vacances. Durant ce mois et demi de restrictions, les cas avaient baissé de façon drastique jusqu'à atteindre une moyenne de 20 nouvelles contaminations par jour environ.
"Aujourd'hui nous ressentons encore les rĂ©percussions des vacances, comme en octobre-novembre" compare Christine Kowalczyk pour qui la solution la plus pĂ©renne n'est pas le motif impĂ©rieux mais bien la vaccination. "Je me suis moi-mĂȘme faite vacciner. Il faut accĂ©lĂ©rer le rythme de vaccination en France."
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"Personne n'a envie de payer 135 euros d'amende quand mĂȘme. Ăa reste une somme significative"Mouais, 135Ăą"ÂŹ sur un budget vacances, c'est peanuts !