La Coupe du monde, gagnée par une équipe de France dont les origines ont été questionnées partout dans le monde, a une double vertu, juge l'ex-Bleu Lilian Thuram: relancer le débat sur le racisme et servir de déclic à toute une génération.
"C'est surtout une hypocrisie totale de dire qu'il ne faut pas parler des origines des joueurs. Parce qu'avec ceux qui ne jouent pas en équipe de France, on se l'autorise. Ceux-là sont sans cesse désignés comme des jeunes issus de la deuxiÚme ou troisiÚme génération, sans cesse renvoyés à leurs origines", a regretté le champion du monde 98 dans un entretien publié samedi dans Libération.
"Cette victoire est un cadeau extraordinaire fait Ă tous ces enfants qui ont du mal Ă se considĂ©rer comme français. Avec elle, ils pourraient franchir le pas. Mais on ne devrait pas attendre une Coupe du monde pour leur donner le sentiment d'ĂȘtre lĂ©gitimes, ce devrait ĂȘtre un discours portĂ© par nos politiques et notre sociĂ©tĂ©", a-t-il ajoutĂ©.
Pour l'ancien joueur de l'AS Monaco ou de la Juventus Turin, qui fut aussi membre du Haut Conseil Ă l'intĂ©gration, "aprĂšs cette victoire, il n'y aura peut-ĂȘtre plus de questionnements sur la lĂ©gitimitĂ© d'ĂȘtre Noir et Français". Pour Lilian Thuram, trĂšs engagĂ© sur les questions de racisme et d'intĂ©gration depuis sa retraite sportive en 2008, le problĂšme est "que ce sont toujours les mĂȘmes qu'on renvoie Ă leurs origines". "Parce qu'on ne parle pas de celles de Lloris, Griezmann, Hernandez, Pavard. Parce qu'en fait, c'est de la couleur de peau dont il s'agit."
De nombreuses personnalités, médiatiques ou politiques, à l'étranger, ont mis en avant les origines des joueurs noirs de l'équipe de France dans la foulée de la victoire, à l'instar du président vénézuélien Nicolas Maduro. Pour ce dernier, "c'est l'Afrique qui a gagné".
- © 2018 AFP
