Du protÚge-tibias fétiche à la dose de parfum, de l'eau bénite aux grigris africains, beaucoup de joueurs de la Coupe du monde sont pétris de superstitions, vieilles comme l'histoire du football.
"Ils sont trĂšs usĂ©s mais je suis trĂšs superstitieux", confesse l'Anglais Dele Alli, qui porte toujours les protĂšge-tibias de ses 11 ans. Les Anglais sacrifient d'ailleurs beaucoup Ă ces sortes de rites magiques. Eric Dier refuse d'enlever le spectaculaire strapping autour de sa cuisse mĂȘme maintenant qu'il est guĂ©ri, et Phil Jones n'aime pas marcher sur les lignes blanches du terrain.
Quand il Ă©tait joueur, Gary Lineker ne frappait pas vers les cages Ă l'Ă©chauffement pour ne pas gaspiller un but. L'Allemand du Paris SG Julian Draxler est lui prĂȘt Ă gaspiller son parfum. "Chaque joueur a son rituel avant un match, moi j'emmĂšne mon sac dans le vestiaire et je me donne deux ou trois giclĂ©es de parfum. Ca me donne une sensation de bien ĂȘtre. Des fois, mes coĂ©quipiers me demandent si je vais bien", sourit-il. Moins dĂ©licat, son coĂ©quipier Mario Gomez tient Ă toujours utiliser l'urinoir de gauche avant le match.
- La mĂȘme station service -
Chez les Espagnols, le gardien remplaçant Pepe Reina Ă©tait dĂ©vorĂ© de manies quand il jouait Ă Liverpool. Il faisait le plein de sa voiture six heures avant le coup d'envoi dans la mĂȘme station essence, mĂȘme s'il restait beaucoup d'essence dans le rĂ©servoir, se garait Ă la mĂȘme place Ă Anfield, la 39, et mangeait toujours un repas identique, comme il l'a racontĂ© dans son autobiographie: "club sandwich jambon-fromage et un verre de vin rouge avant d'aller au lit".
Chez les Croates, Ivan Rakitic a Ă©galement un rituel d'avant-match: il se bande la jambe gauche, puis met sa chaussette gauche et sa chaussure gauche avant de passer Ă la jambe droite... mais il effectue toujours son premier pas sur la pelouse du pied droit. L'arriĂšre gauche de la Seleçao Marcelo aussi entre toujours sur le terrain du pied droit. Il a fait rire son sĂ©lectionneur, Tite, qui a racontĂ© que le MadrilĂšne avait mĂȘme fait demi-tour au premier entraĂźnement du BrĂ©sil Ă Rostov-sur-le-Don pour pĂ©nĂ©trer Ă nouveau sur le terrain aprĂšs avoir rĂ©alisĂ© qu'il y Ă©tait entrĂ© du mauvais pied.
"Tout le monde aime se lever du pied droit, non ? Moi, c'est pareil", a ri Marcelo. Mais est-ce que ça marche toujours ? Le sĂ©lectionneur du Maroc, HervĂ© Renard, porte toujours une chemise blanche depuis qu'il a remportĂ©, ainsi vĂȘtu, la Coupe d'Afrique (CAN) 2012 avec la Zambie. Mais ça n'a pas portĂ© chance aux Lions de l'Atlas, dĂ©jĂ Ă©liminĂ©s et battus Ă la derniĂšre seconde de leur premier match sur un but contre contre son camp...
- "Pensée magique" -
"Il vaudrait mieux dire routine plutÎt que rituel", explique à l'AFP le spécialiste de psychologie du sport Alexandre Fabregas, frÚre de l'international de handball, Ludovic Fabregas. "Dire rituel incite à la pensée magique, alors que routine met en évidence le contrÎle du sportif, c'est une habitude dont il a besoin pour sentir qu'il maßtrise", ajoute-t-il.
Mais la pensĂ©e magique imprĂšgne le foot depuis si longtemps... Le gardien le plus cĂ©lĂšbre de la Colombie, RenĂ© Higuita, portait toujours le mĂȘme slip bleu, et Giovanni Trapattoni, sĂ©lectionneur de l'Italie en 2002, s'Ă©tait fait surprendre en train de verser sur le terrain de l'eau bĂ©nite offerte par sa s?ur qui vit dans un couvent.
Au Mondial argentin en 1978, l'idole Mario Kempes ne marquait pas. Puis il a rasé sa large moustache, sur une suggestion de son sélectionneur Cesar Luis Menotti et a claqué trois doublés d'affilée, contre la Pologne, le Pérou, et surtout en finale contre les Pays-Bas (3-1). Et l'Argentine a gagné.
"AprÚs, chaque fois que Menotti me croisait, il me disait: +Tu ne devrais pas aller te raser, Mario?", a raconté ensuite Kempes.
La France n'est pas en reste, elle a gagné ses trois grands titres avec un maillot à bande rouge sur le poitrail (Euro-1984 et Euro-2000, Mondial-1998), mais le charme n'a plus opéré à l'Euro-2008.
Et personne n'a oubliĂ© le baiser de Laurent Blanc sur le crĂąne de Fabien Barthez avant les matchs Ă la Coupe du monde victorieuse. L'image est si cĂ©lĂšbre qu'elle est mĂȘme le sujet d'une gigantesque fresque sur une façade d'immeuble Ă Samara, ville-hĂŽte du Mondial-2018. La superstition a encore de beaux jours devant elle...
AFP


