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Tribune libre de Place Publique

17 octobre, entendre la colère, en finir avec les dépendances

  • Publié le 18 octobre 2026 à 14:23
  • Actualisé le 18 octobre 2026 à 18:25
Place publique

"On n’y arrive plus". Le cri lancé samedi dans les rues de La Réunion n’est pas celui d’une crise passagère, mais celui d’un modèle à bout de souffle. Joël Personné, référent Place Publique Réunion, appelle à cesser de chercher des boucs émissaires pour s’attaquer enfin aux causes : nos dépendances (Photo d'illustration)

Ce samedi 17 octobre, à Saint-Pierre, au Port, à Saint-Denis et ailleurs, des milliers de Réunionnais sont descendus dans la rue. Lycéens, salariés, retraités, mères de famille, Gilets jaunes d’hier, citoyens qui n’avaient jamais manifesté : tous disaient la même chose, on n’y arrive plus.

Cette colère, nous la connaissons. Nous la comprenons. Elle doit être entendue. Elle n’est ni un caprice ni une manipulation, mais une réalité que chaque famille vit dans son caddie, à la pompe et dans son loyer.

A la Réunion la crise c’est un état permanent !

Dans l’Hexagone, la vie chère est une crise. Chez nous, elle est un état permanent, et chaque flambée vient se poser sur un socle déjà trop lourd. Ce socle porte un nom : la dépendance.

Dépendance aux importations pour l’essentiel de ce que nous mangeons et de ce qui nous fait rouler. Dépendance à une distribution concentrée, où la formation des prix et des marges reste peu lisible. Dépendance énergétique. Dépendance, enfin, à un modèle qui a privilégié la consommation sur la production.

Pour y pallier, de nombreux dispositifs ont été mis en place : transferts publics, défiscalisation, surrémunération, octroi de mer censé protéger notre production et qui finance surtout nos communes. Nécessaires en leur temps, ils ont permis un rattrapage réel. Mais ils ont surtout installé un modèle qui amplifie nos dépendances et s’en nourrit.

Nous avons les moyens

Beaucoup choisissent des boucs émissaires : l’Europe, l’État, les zoreils… Cela n’a jamais rien résolu et ne sert que ceux qui prospèrent dans la division. Savoir ce que nous ne voulons plus, et ce que nous voulons pour nos enfants, est la base de la solution.

Car nous avons les moyens : une jeunesse formée qui ne demande qu’à travailler ici, des agriculteurs et des entrepreneurs qui savent produire, des ressources naturelles, des institutions solides, une commande publique considérable. Et soixante-dix ans de départementalisation qui nous apprennent ce qui a marché et ce qui a échoué.

Nous devons

Nous devons faire la clarté sur les prix et mettre en place les contrôles nécessaires. Chaque Réunionnais a le droit de savoir comment se forme le prix de ce qu’il achète. La transparence des marges est une condition de la confiance et le premier moyen de lutter contre les abus.

Nous devons produire davantage ici, en réorientant nos aides vers la production locale et en faisant de la commande publique un levier pour nos filières.

Nous devons conquérir notre autonomie énergétique : chaque kilowattheure produit sur notre sol est du pouvoir d’achat et de la souveraineté.

Nous devons loger dignement tous les Réunionnais, car le logement est le premier poste de dépense des familles modestes.

Et surtout, nous devons, nous citoyens, nous engager davantage dans notre vie publique. La colère d’aujourd’hui dit aussi le sentiment d’être tenu à l’écart. Les solutions ne se construiront pas sans ceux qui vivent la vie chère au quotidien.

Le droit de manifester, et le devoir de le protéger

Pour autant, les violences survenues à la Rivière-des-Galets et à Saint-Denis desservent cette cause. Elles portent tort aux milliers de manifestants pacifiques et offrent un prétexte à ceux qui préfèrent ne pas entendre. La République garantit le droit de manifester ; elle doit aussi garantir la sécurité de tous.

Rassembler plutôt que diviser

À six mois de la présidentielle, certains méprisent cette colère, d’autres voudraient l’attiser. Ni les uns ni les autres ne répondent à ce que les Réunionnais ont exprimé.

Ce que nous attendons, c’est une réponse sérieuse, juste et crédible : une République démocratique, écologique et sociale, qui s’attaque aux causes des inégalités au lieu de les compenser, et fasse de la fin des dépendances ultramarines un projet de gouvernement.

C’est ce projet que nous portons à Place Publique, et c’est le sens de notre engagement aux côtés de Raphaël Glucksmann : rassembler toutes celles et tous ceux qui refusent à la fois le déni et le chaos.

Nous connaissons nos dépendances. Nous avons les moyens d’en sortir. Il nous reste à le vouloir, ensemble.

Joël Personné
référent Place Publique Réunion

 

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