Tribune libre de l’Union Française Contre les Nuisances des Aéronefs

Accident d'hélicoptère : le rappel douloureux de la dangerosité

  • Publié le 17 février 2026 à 14:53
  • Actualisé le 17 février 2026 à 15:35
mafate hélicoptère

L’accident d’hélicoptère intervenu le dimanche 8 février 2026 à la Plaine des Cafres a suscité une forte émotion au vu des images de l’appareil. Initialement présenté comme un atterrissage d’urgence, la dégradation de l’aéronef laisse plutôt penser à un crash. L’engagement initial du pronostic vital d’une des sept victimes semble, en tout cas, confirmer un choc très violent (Photo : sly/www.imazpress.com)

Nous sommes heureux qu’aucun décès ne soit finalement à déplorer et nous pensons fortement à ces passagers dont la vie a sans doute basculé en ce dimanche, alors qu’ils venaient simplement passer leurs vacances sur notre île magnifique. Cet événement vient rappeler cruellement que les activités d’aviation générale de tourisme et de loisirs sont dangereuses par destination.

Nationalement, selon les données publiées par le Bureau d’Enquêtes et d’Analyses pour la sécurité de l’aviation civile (BEA), l’année 2024 comptabilise 167 accidents d’aviation générale, (67 d’avions, 5 d’hélicoptères, 14 de planeurs et 80 d’ULM) ayant entraîné 29 décès et 28 blessés graves1 Ces chiffres officiels, publics et incontestables*, traduisent un niveau d’accidentalité élevé et récurrent, sans commune mesure avec la perception généralement associée à cette activité.

Cette accidentalité, hors norme, confirme l’existence d’un risque structurel, inhérent aux conditions de pratique de l’aviation générale.

A ce sujet, le site mentalpilote.com rappelle que "ramenée à l’heure d’activité, l’aviation légère est environ 50 fois plus dangereuse que l’automobile. Certaines familles de machines sont plus accidentogènes que les autres, comme les hélicoptères ou les avions de collection."

A la Réunion, au moins 12 personnes ont perdu la vie depuis 2000 lors de survols, auxquels s’ajoutent notamment les deux parachutistes ayant sauté d’un hélicoptère en 2021, jamais retrouvés.

Le gérant d’une compagnie d’hélicoptère a d’ailleurs confirmé publiquement que "nul n’est à l’abri de ce type d’accident, même avec des procédures strictes."

Il a d’autant plus raison que si la réglementation applicable à l’aviation civile commerciale est stricte et ne laisse rien au hasard, le cadre applicable à l’aviation générale de tourisme et de loisirs est par contre peu exigeant en matière de sécurité et atteint le laisser-faire laisser-voler en matière de nuisances et d’atteinte à l’environnement.

Cela relève d’un privilège exorbitant dont bénéficie une activité exercée à proximité immédiate des populations, et qui, en dehors de quelques usages professionnels spécifiques ou d’usages d’intérêt général (sécurité, santé, secours, désenclavement), répond à la seule satisfaction de choix individuels et privés de mobilité et de loisir d’une minorité.

Ainsi quand nos associations apportent des éléments c’est qu’ils sont largement documentés, étayés et vérifiables.

En réalité, l’essentiel du cadre applicable à l’aviation générale (ulm, aviation légère sportive ou de tourisme, hélicoptères, etc) relève du domaine réglementaire, c’est-à-dire de dispositifs élaborés et ajustés par l’appareil administratif, sans passer par la loi et donc sans le contrôle démocratique ni le filtre de règles supérieures telles que l’intérêt général, le droit à la sécurité à l’environnement ou à la santé.

C’est dans ce contexte que les règles de l’aviation générale ont évolué au fil du temps en fonction des desiderata du milieu de l’aviation et de ses nouveaux usages.

Cela explique qu’on se retrouve avec des exigences de sécurité relativement limitées notamment dans le domaine du vol à vue, où le principe de base repose sur le "voir et être vu" avec la possibilité au titre d’une multitudes de cas particuliers de pouvoir voler à des altitudes basses et très basses. C’est cela qui fonde l’extrême exposition des habitants aux intrusions de cette aviation.

En matière d’environnement, le constat est encore plus radical : il n’existe pas de réglementation environnementale des activités de l’aviation générale. Autrement dit, une activité potentiellement bruyante et intrusive peut être exercée de manière répétée au-dessus des populations, sans encadrement des nuisances ni prise en compte de leurs effets sanitaires et environnementaux. Cela consacre, là encore, un régime d’exception difficilement justifiable au regard des principes de protection des populations exposées. Pour ce monde de l’aviation, les gêneurs ce sont les populations !

Pour en revenir à notre Île, la quarantaine d’hélicoptères et les 130 ULM qui survolent chaque jour de l’année les Réunionnais, les exposent aux risques et aux impacts de leurs activités, sans aucun contrôle, ou si peu. Si l’accident de dimanche a eu lieu dans un endroit inhabité, le jour où un crash touchera des habitations se rapproche inéluctablement compte tenu du développement du  trafic.

Dans ce contexte, l’administration de l’aviation civile concentre pourtant l’essentiel de son action sur la préservation et la promotion de l’aviation générale, y compris lorsque des enjeux de sécurité, de nuisances ou de pollution sont clairement identifiés. Cette asymétrie ne peut plus durer. 

L’association KOLAIR, adhérente de l’UFCNA, appelle donc à une remise à plat complète du régime applicable à l’aviation générale : sécurité, environnement, transparence des données et prise en compte réelle des populations exposées. Le débat sur la sécurité aérienne, la santé publique et le respect des droits fondamentaux ne peut plus être confisqué.

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