Tribune libre de Jean-Michel Moutama

Avenir de la filière canne à sucre : la CGPER appelle à une mobilisation d’urgence

  • Publié le 30 mai 2026 à 17:44
  • Actualisé le 30 mai 2026 à 17:47
Jean Michel MOUTAMA

La CGPER appelle à une mobilisation d’urgence du Département face aux difficultés de trésorerie de l'interprofession. Alors que la filière canne à sucre réunionnaise traverse une période de mutations complexes, marquée par une baisse des tonnages et une hausse générale des coûts de production, un nouveau défi de taille pèse sur l’avenir de nos exploitations (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

La CGPER souhaite aujourd’hui exprimer sa vive inquiétude face aux tensions financières majeures qui impactent nos outils interprofessionnels, le CPCS et le CTICS, et qui menacent par ricochet la trésorerie déjà fragilisée des planteurs.

À ce jour, la situation est critique : les lignes bancaires de l’interprofession sont saturées, bloquant mécaniquement les décaissements. Le CPCS affiche son solde le plus bas historique, tandis que le CTICS présente une trésorerie négative de près de 2,3 millions d'euros. Cette paralysie financière risque de gripper durablement le dispositif d’accompagnement des agriculteurs et le versement des aides à la plantation.

- Diagnostiquer l'origine de la crise pour mieux la résoudre -

La CGPER salue l’effort récent du Département, qui a acté l’octroi d’une nouvelle avance de trésorerie de 1,5 million d’euros, après un premier versement d'un million d'euros il y a quelques mois. Cette intervention apporte une bouffée d'oxygène indispensable à court terme.

Toutefois, notre responsabilité de syndicat est de rappeler que cette mesure, bien que nécessaire, ne constitue pas une solution durable. Elle vient pallier des difficultés structurelles dont l'origine est clairement identifiée.

Le blocage actuel découle principalement des retards pris dans la mise en service opérationnelle de la plateforme informatique EUROPAC, gérée par le Département. Devenue pleinement fonctionnelle en mars 2026, cette attente a généré un stock de plus de 1 000 dossiers "plantation" en souffrance depuis 2023.

Sur le terrain, les équipes du CTICS sont mobilisées et prêtes à instruire ces dossiers, mais elles restent suspendues aux notifications du Département pour pouvoir déclencher les remboursements auprès de l’ASP (Agence de Services et de Paiement).

À ce jour, seuls 80.000 euros ont pu être récupérés, face à un encours de financement interprofessionnel qui a culminé à près de 7 millions d’euros pour préserver le plan de relance de la plantation.

- Un effet de ciseau financier insoutenable pour la filière -

Pour la CGPER, cette situation place l'interprofession dans une position de vulnérabilité inacceptable :

1. L'échéance des 12 mois : Dans un an, le CPCS devra rembourser les 2,5 millions d’euros d’avances consenties par le Département. Si le rythme des notifications administratives n'augmente pas de manière industrielle d'ici là, la filière se retrouvera face à la même impasse financière.

2. Des contraintes cumulées : À ces retards de paiement s'ajoutent des blocages administratifs internes, comme l'impossibilité pour le CTICS de clôturer ses comptes 2025 en l'absence d'arbitrage sur la convention CPCS/CTICS.

- Les propositions de la CGPER pour sortir de l'impasse -

À l’aube de l’installation de la nouvelle gouvernance du CPCS, et dans la perspective d’une table ronde indispensable avec le contrôleur financier de l’État, la CGPER appelle le Département à dépasser la logique des avances de trésorerie pour s’attaquer aux causes réelles du problème. Nous demandons :

• Un plan de mobilisation des ressources humaines : Le renforcement immédiat des équipes du Département dédiées au traitement et à la notification des dossiers en attente. C'est le seul levier pour libérer les flux financiers de l'ASP vers l'interprofession.

• La neutralité des coûts de portage : Que l'interprofession et les planteurs ne soient pas pénalisés par les intérêts bancaires liés au dépassement des lignes de crédit, ces frais découlant directement des délais de mise en route de la plateforme EUROPAC.

• Une sécurisation contractuelle du remboursement : Que le calendrier de remboursement des 2,5 millions d'euros d'avances soit contractuellement indexé sur le rythme réel des versements de l'ASP, afin de ne pas asphyxier de nouveau le CPCS dans un an.

La CGPER invite l'ensemble des partenaires de la filière, ainsi que les services de l'État et du Département, à faire preuve d'un esprit de responsabilité et de clarté technique. Les planteurs réunionnais ont répondu présent en investissant pour l'avenir de leurs parcelles ; il est du devoir des institutions de garantir que l'accompagnement administratif et financier suive le même rythme.

Moutama Jean-Michel

Président de la CGPER

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