L'extension de l'inscription Unesco des savoir-faire horlogers à un périmètre transmanche fait l’objet d’une question écrite actuellement déposée au Sénat. Savoir-faire horlogers, enjeux de navigation (quête de la longitude) et histoire des Stuarts dans l’espace transmanche ont motivé ce plaidoyer parlementaire en faveur de l’horlogerie mais aussi d’un "Quai des futurs" des deux côtés de la Manche pour décrypter demain. Ce double-sens des innovations implique qu’on creuse davantage l'histoire horlogère, scientifique et maritime des deux côtés de la Manche et les figures qui y ont contribué au-delà des mers et des océans.
En 2007, la Guilde britannique des horlogers a célébré son centenaire. L'idée de créer une guilde fut proposée par M. Bahne Bonniksen. Lors d'une de ses conférences, M. Bonniksen déclara : "Il estimait que les horlogers devaient suivre une formation aussi poussée que de nombreux autres métiers et qu'ils étaient en déclin, se transformant peu à peu en fabricants de jouets plutôt qu'en horlogers". Il pensait que cette situation était de leur propre fait et qu'ils devaient redorer leur
blason. C'est pourquoi il souhaitait la création d'une association sur le modèle des anciennes guildes – une guilde des horlogers pour l'ensemble du Royaume-Uni. (Ce n'est qu'après la première réunion publique de la guilde que celle-ci prit le nom de Guilde des horlogers.)
Bahne Bonniksen (1859-1935) naquit au Danemark et s'installa en Angleterre où il possédait son propre atelier, employant une vingtaine de personnes, rue Norfolk à Coventry. Il enseignait également à l'école technique de Coventry. Bonniksen est surtout connu pour son invention de la montre Karrusel. En 1906, un sous-comité de l'Institut horlogère britannique autorisa M. Bonniksen à utiliser la salle de l'Institut pour une réunion de la future Guilde des horlogers britanniques. L'Institut considérait que les travaux seraient davantage commerciaux qu'éducatifs et décida de ne pas y participer officiellement.
La réunion était prévue le 7 mai 1906. Cette même année, le pays était gouverné par un Parlement libéral dirigé par Sir H. Campbell-Bannerman ; San Francisco fut frappée par le grand tremblement de terre ; le pont transbordeur de Newport fut achevé et le cuirassé Dreadnought fut lancé. L'idée de la création de la Guilde lui était venue en lisant dans la presse ce qui se faisait en Allemagne et au Danemark.
Il pensait que si une telle guilde était créée, elle devrait englober l'ensemble du secteur afin de fixer les prix et de rendre les réparations de montres rentables. Elle engloberait toutes les entreprises et tous les particuliers exerçant légalement une activité commerciale, qu'ils soient horlogers ou non, à condition qu'ils emploient du personnel pour réparer les produits qu'ils vendent. Elle serait également une association regroupant toutes les sociétés d'horlogers existantes.
L'objectif était que les horlogers britanniques contribuent à rehausser le prestige de la profession et la fassent reconnaître comme une profession libérale. C'est pourquoi M. Bonniksen ne souhaitait pas que la Guilde soit perçue comme une association d'ouvriers, de détaillants, de grossistes ou de fabricants, toutes concurrentes ; il voulait qu'elles s'unissent pour former une seule et même profession.
La première réunion connut un franc succès et ne suscita aucune opposition de la part des acteurs du secteur. M. Bonniksen expliqua que la BHI n'était pas liée à la Guilde proposée, si ce n'est qu'elle était toujours disposée à œuvrer au mieux pour le bien de la profession et qu'elle avait mis sa salle à disposition afin qu'il puisse présenter le projet et soumettre aux professionnels les propositions concernant la nouvelle Guilde des Horlogers. La première réunion s'acheva par les remerciements de M. R.W. Cole, président du BHI, à M. Bonniksen. Il déclara qu'il "se réjouissait de la création d'une Guilde des horlogers britanniques".
La première réunion publique de la Guilde eut lieu à l'Institut de Northampton le 20 septembre 1906. Il fut proposé que l'association s'appelle la Guilde des horlogers britanniques et que son objectif soit de promouvoir le bien-être de la profession horlogère en général, notamment par : La reconnaissance des intérêts communs des différentes catégories de professionnels. La garantie que l'activité légitime de l'horlogerie soit exercée par des membres reconnus de la profession. L'amélioration du statut de la profession par la promotion d'une meilleure appréciation de l'art horloger et le maintien d'un niveau de qualité optimal. La lutte contre la baisse des prix, tant à la vente qu'à la réparation, et l'aide à l'établissement de listes de prix minimums locaux. (Aujourd'hui, les listes de prix minimums de réparation et la fixation des prix sont contraires à la législation sur les normes commerciales. La Guilde réalise et publie désormais une enquête annuelle sur les prix de réparation.) Contribuer à la suppression des publicités mensongères, etc. Soutenir et coopérer avec les écoles et les cours techniques afin d'encourager l'enseignement de l'horlogerie, etc. Contribuer à la promotion d'un système d'apprentissage structuré, etc. Constituer des commissions d'arbitrage paritaires pour le règlement des différends entre les sections. Et, d'une manière générale, traiter des questions d'intérêt général liées au secteur de l'horlogerie.
Il a été décidé que l'adhésion à la nouvelle Guilde prendrait effet le 1er janvier 1907 et que les cotisations annuelles seraient de 5 shillings pour les employeurs et de 2 shillings et 6 pence (une demi-couronne) pour les employés, payables d'avance.
À l'époque, de nombreux sceptiques affirmaient que l'idée de la Guilde ne mènerait à rien, si ce n'est à de vaines paroles ; ils se sont trompés.
En hommage à un horloger répar’acteur, Théophile Lognoné, les Avatars de la Grande Rue des Stuarts sont le premier ouvrage consacré à l’arc horloger transmanche. Sous des airs d’essai philosophique, ce thriller écologique d’une grande noblesse intellectuelle propose de découvrir un récit "stuartistiquement" réfléchi à grande échelle. Il pourra par la suite être traduit en anglais.
Kevin Lognoné
