Tribune libre d'Emmanuel Virin

Contrats aidés à La Réunion, le grand détournement de l’insertion

  • Publié le 9 mai 2026 à 07:41
  • Actualisé le 9 mai 2026 à 07:46
Baisse contrats PEC

Alors que le 20 mai 2026 s’annonce comme une journée de mobilisation des élus contre la baisse des contrats aidés, il est temps de briser un tabou réunionnais : le dispositif PEC (Parcours Emploi Compétences) est devenu une machine à masquer le chômage plutôt qu’à construire l’emploi durable. (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Depuis quelques jours , le refrain est le même dans les mairies : l’État nous abandonne avec seulement 4 000 PEC. Le choc est certes réel : en une seule année, le volume des contrats a chuté de plus de 65 %, passant d'une moyenne de 11 500 à 4 000. Soit 7 500
solutions d'insertion envolées en un an.

Certes la brutalité de la baisse des quotas impose des délais restreints qui compliquent toute réorganisation pour la future rentrée scolaire par exemple, que l’on peut comprendre.

Néanmoins ce cri d'alarme cache pourtant une réalité comptable et morale que nos édiles refusent d'affronter.

Sans vouloir défendre ce gouvernement en fin de cycle, force est de constater que l’État n’a pas "fermé le robinet" vis-à-vis des communes ; il a réalloué plus de moyens vers leur autonomie :

- Solidarité nationale record -

Les communes réunionnaises perçoivent en moyenne 259,86 € par habitant au titre de la DGF (Dotation Globale de Fonctionnement), contre seulement 174,76 € dans l'Hexagone. C’est un effort de solidarité supérieur de 48 % à la moyenne nationale.

Des dotations en hausse : La Dotation d’Aménagement (DACOM) progresse de 5,1 % cette année. À Sainte-Marie (+9,5 %), Saint-Benoît (+8,8 %) ou Saint-André (+7,5 %), les moyens financiers sont là.

L’argent circule, mais il ne sert pas significativement à la titularisation ou à la création d'emplois dignes. Il est aspiré par le fonctionnement courant, utilisant les PEC comme une main-d'œuvre sous-payée pour des missions peu valorisantes.

Rappelons la définition du PEC : Parcours Emploi Compétences. Ce dispositif n'a jamais été prévu pour remplacer des postes municipaux structurels. Or, à La Réunion, et pour le constater au quotidien auprès des professionnels de l’insertion, le constat est accablant :

- Un taux d’échec cuisant - 

Seuls 21 % à 23 % des bénéficiaires sortent vers un emploi durable (CDI ou CDD long).
La formation sacrifiée : Moins de 15 % des bénéficiaires accèdent à une véritable formation certifiante.

On demande à des pères et mères de famille de tenir nos services publics pour un salaire de misère (21h/semaine), sans leur offrir le bagage technique qui leur permettrait de quitter l’assistance et de s’assurer un avenir digne. C’est une « trahison » du concept même d’insertion.

Pourquoi nos élus préfèrent-ils 500 contrats précaires à 100 agents formés et stables ?

Parce que politiquement, le "contrat aidé" reste un outil de gestion sociale et politique à court terme. Où sont les plans de formation ? Avec des dotations supérieures à la moyenne nationale, pourquoi les collectivités ne financent-elles pas elles-mêmes la montée en compétence de notre jeunesse et des personnes en situation de grande précarité ?

Certes il y a une défaillance de l’Etat sur grand nombre de sujets, mais l’attaquer sur cette baisse de dotation des PEC est une posture trop facile. Le vrai courage serait d'utiliser les hausses de DGF pour créer des postes budgétaires pérennes et sortir du cycle infernal du "bouche-trou" administratif.

En 2026, l'insécurité générationnelle et financière ne se réglera pas par des manifestations pour obtenir "plus de contrats précaires". Elle se réglera par la dignité.

Les réunionnais les plus fragiles, notamment les jeunes, ne veulent plus être la variable d’ajustement de budgets municipaux sous contrainte. Ils veulent des compétences qui puissent être transférables demain au secteur privé, ils veulent une rémunération digne et une vraie perspective d'avenir. Si nos élus continuent de privilégier la quantité (de contrats) à la qualité (de l'insertion), ils ne préviennent pas un séisme social : ils le préparent.

Il est temps pour nos responsables politiques de changer de système, de passer de la revendication à la responsabilité. Arrêtons de gérer la misère, commençons enfin à investir dans l'humain.

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