Tribune libre de Giovanni Payet

Coupes brutales dans les contrats aidés (PEC) à La Réunion : le gouvernement sacrifie la cohésion sociale sur l’autel de la rigueur comptable

  • Publié le 6 mai 2026 à 08:13
  • Actualisé le 6 mai 2026 à 08:16
GIOVANNI PAYET

Face à l’annonce par le gouvernement d'une réduction drastique des Parcours Emploi Compétences (PEC), Giovanni Payet, président de La Voix Citoyenne, dénonce une faute politique majeure. Si le redressement des finances publiques de la France est un impératif que nous ne nions pas, il ne saurait justifier un sacrifice aveugle de nos territoires ultramarins. La Réunion refuse le cynisme d'une décision déconnectée de la réalité économique réunionnaise (Photo : D.R)

La Voix Citoyenne rappelle avec fermeté que la responsabilité politique ne consiste pas à appliquer des coupes uniformes, mais à tenir compte des réalités structurelles. Appliquer à La Réunion les mêmes coups de rabot qu’en Hexagone relève d'un déni profond des données de notre marché du travail, dont les stigmates appellent à la protection plutôt qu'à la sanction :

Un chômage structurel asphyxiant : Avec un taux de chômage flirtant avec les 18 % (contre environ 7,5 % au niveau national), et un chômage des jeunes de moins de 30 ans dépassant la barre dramatique des 30 %, notre jeunesse est empêchée. Près de 120 000 Réunionnais sont aujourd'hui inscrits à France Travail (catégories A, B et C).

Une précarité de masse : 36 % des Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté. Avec plus de 100 000 allocataires du RSA, supprimer des milliers de contrats aidés, c’est condamner des familles entières à la bascule vers l'assistance passive et amputer un pouvoir d'achat déjà ravagé par l'inflation.

Un tissu associatif vital en danger de mort : À La Réunion, le PEC n’est pas un artifice statistique. Il est le moteur de nos associations de quartier, de l'aide à la personne, de la protection de l'environnement et du maintien du lien social.  

- Évaluer les PEC autrement : l’urgence de l'agilité, de l'humanité et de la dignité - 

Plutôt que de détruire ce dispositif de manière unilatérale, La Voix Citoyenne propose de repenser l'évaluation des PEC. Nous devons sortir du simple tableur Excel pour mesurer leur véritable impact social.

Dans un monde géopolitique et économique de plus en plus instable, l'action publique doit faire preuve d’agilité. Face aux crises qui se succèdent, l'État ne peut abandonner les plus fragiles. Les PEC sont un outil d'humanité et créent un lien social irremplaçable sur le terrain. Ils garantissent à chacun, par l’activité et l'utilité collective, le droit inaliénable à une vie digne. L'évaluation des politiques publiques de l'emploi doit désormais intégrer cette "rentabilité humaine".  

- Défendre l'investissement social contre la "fausse économie" - 

Pour Giovanni Payet, cette politique de la hache est un non-sens absolu : "Dans un pays confronté au mur de la dette, chaque euro public doit être un investissement. Le PEC n'est pas une dépense à perte, c'est un investissement direct dans la dignité humaine, la formation et la paix sociale de notre île.

"Supprimer 6.000 contrats à La Réunion ne sauvera pas le budget de la Nation. En revanche, cela creusera un déficit social abyssal dont le coût de réparation — montée de la délinquance, explosion des aides d'urgence, désespoir, isolement — sera infiniment plus lourd que les économies de bouts de chandelle espérées par Bercy."

Les exigences de La Voix Citoyenne : pour une différenciation territoriale assumée

La Voix Citoyenne demande de l'État l'abandon de cette gestion verticale mortifère et propose un cap politique clair :

La sanctuarisation immédiate des enveloppes allouées aux Outre-mer, au nom du principe constitutionnel de continuité et d'égalité républicaine.

L'adaptation des dispositifs à nos défis locaux : Orienter massivement les contrats aidés vers les secteurs en tension comme la transition écologique ou l'accompagnement du vieillissement (la "Silver Économie" locale), transformant ainsi nos vulnérabilités en gisements d'emplois durables.

L'instauration d'un dialogue social de vérité : La tenue en urgence d'une Conférence Sociale Territoriale avec l'État, les collectivités et les acteurs associatifs pour construire une véritable trajectoire de sortie de la précarité, au lieu d'imposer un sevrage brutal.  

"Gouverner, c'est choisir. La vraie responsabilité politique, c'est d'avoir le courage de réformer sans jamais briser les plus faibles. À La Réunion, briser les PEC, c’est briser la République du quotidien", conclut Giovanni Payet.

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