Tribune libre de Brigitte Hoarau

Derrière chaque statistique se trouve un visage, une famille, une vie brisée

  • Publié le 22 juin 2026 à 09:37
  • Actualisé le 22 juin 2026 à 09:47
Meurtre de Lyhanna : la collégienne a été violée, révèle l’autopsie

Aujourd’hui, ce ne sont pas seulement des chiffres qui comparaissent devant nous. Ce sont des milliers d’enfants dont l’enfance a été volée. Chaque année en France, près de 160.000 enfants sont victimes de violences sexuelles. Un enfant est victime toutes les trois minutes. Trois enfants par classe, en moyenne, portent en silence les blessures de violences, souvent commises par des personnes censées les protéger.

L’affaire Lyhanna a bouleversé notre conscience collective. Elle a rappelé avec une brutalité insoutenable que derrière chaque statistique se trouve un visage, une famille, une vie brisée. Grâce au travail de la CIIVISE et au projet de loi intégrale
inspiré de ses propositions, les citoyens se sont emparés de ce sujet longtemps enfoui sous le silence. Ils ont dit : stop à l’impunité, stop à l’indifférence.

À La Réunion, la situation est particulièrement préoccupante. Notre département figure parmi les territoires les plus touchés par les violences faites aux enfants. Face à cette réalité, le Conseil départemental, chef de file de la protection de l’enfance, a présenté le 18 juin dernier de nouvelles mesures lors d’une conférence de presse réunissant les principaux acteurs institutionnels, judiciaires et associatifs.

- Des mesures qui vont dans le bon sens - 

Le président du Département, la Première Présidente de la Cour d’appel de Saint-Denis, et la Procureure Générale ont réaffirmé une ambition commune lors d’une récente conférence de presse : prévenir plus tôt, repérer davantage et accompagner mieux lors d’une conférence de presse récente :

Face à l’augmentation des situations de danger, le Département déploie un plan d’urgence pour les plus vulnérables, en particulier les moins de 3 ans avec 4 mesures phares :

- Équipe dédiée à l'évaluation et création d'une Direction de la prévention, pour les enfants âgés de moins de 3 ans.

- Le lancement prochain d’un numéro d’écoute destiné aux enfants, aux femmes victimes de violences intrafamiliales et aux assistants familiaux ;

- Pour le Périscolaire : Sensibilisation par la CRIP dès la rentrée de septembre (écoles du 1er degré).

Avec des moyens renforcés : Création de 30 postes de travailleurs sociaux et renforcement de l’accueil familial.

Ce partenariat avec la Justice devrait fluidifier le traitement des informations préoccupantes et sécurise le circuit des mineures et mineurs victimes. La formation des équipes du périscolaire au repérage des situations de danger ;

Le déploiement des caravanes d’accès aux droits dans les quartiers ;

Le renforcement des liens avec les unités d’accueil pédiatriques spécialisées dans la prise en charge des enfants victimes d’agressions sexuelles ;

La création de 30 postes supplémentaires pour renforcer les équipes de protection de l’enfance.

- Un silence demeure : celui de trop nombreux responsables politiques -

Ces annonces vont dans le bon sens. Mais elles ne suffiront que si elles sont accompagnées d’une mobilisation politique constante.

Car pendant que les associations, les magistrats, les travailleurs sociaux et les citoyens se mobilisent, un silence demeure : celui de trop nombreux responsables politiques.

Où sont nos parlementaires ? Où sont leurs prises de parole ? Où sont leurs propositions ? Face à l’une des plus grandes urgences sociales et humaines de notre temps, ce silence est assourdissant.

À l’exception notable de Karine Lebon, peu de voix se sont élevées publiquement pour porter ce combat à la hauteur des enjeux.

Les enfants n’ont pas de lobby. Ils n’ont pas de moyens de pression. Ils dépendent de notre courage collectif. Aujourd’hui, nous refusons la banalisation.

Nous refusons l’oubli. Nous refusons l’impunité.

Parce qu’une société qui ne protège pas ses enfants renonce à son avenir.

Parce qu’aucun enfant ne devrait avoir peur dans sa propre maison.

Parce qu’il est temps que la protection de l’enfance devienne une priorité absolue.

Au nom de tous les enfants victimes, nous demandons que le silence cesse et que l’action commence.

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