Tribune libre de Thierry Robert

Hausse des carburants : le Pact propose 5 mesures pour protéger tous les Réunionnais

  • Publié le 2 mai 2026 à 11:49
  • Actualisé le 2 mai 2026 à 13:26
campagne de thierry robert , municipales 2026

Le conflit dans le détroit d'Ormuz a déclenché une onde de choc directe sur les pompes à carburant de La Réunion. Le préfet lui-même a reconnu que les prix pourraient « tangenter les 2 euros » — un niveau inédit depuis la crise ukrainienne de 2022. Pour des dizaines de milliers de Réunionnaises et de Réunionnais qui vivent sous le seuil de pauvreté, ce n'est pas une statistique : c'est une asphyxie quotidienne. (Photo Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)

À La Réunion, posséder une voiture n'est pas un choix de confort. C'est une condition de survie économique. Sans voiture, pas de travail, pas d'université, pas d'accès aux soins dans les hauts. Le réseau de transport en commun, malgré les efforts récents, ne peut pas encore remplacer le véhicule individuel pour une majorité de Réunionnais. Quand l'essence explose, c'est donc tout le quotidien de notre peuple qui vacille.

Mais cette flambée n'est pas une fatalité. Elle est le révélateur brutal de failles structurelles que personne n'a voulu corriger depuis des années : un monopole de stockage intact, une réglementation inadaptée à nos réalités géographiques, une filière agricole locale inexploitée dans sa dimension énergétique, et un dispositif de régulation des prix qui, malgré ses qualités, reste insuffisant face aux chocs extrêmes.

Le PACT refuse que La Réunion continue de subir. Nous présentons aujourd'hui un plan structuré en cinq propositions, organisées selon leur horizon d'application, pour répondre à la fois à l'urgence immédiate et bâtir une véritable autonomie énergétique durable pour notre île.

Ce plan s'adresse à l'ensemble des acteurs qui ont la responsabilité d'agir et que nous appelons à se mobiliser sans délai : l'État et la Préfecture, la Région Réunion, le Département, l'Association des Maires du Département de La Réunion (AMDR), le Conseil Économique, Social et Environnemental Régional (CESER), le Grand Port Maritime de La Réunion, la Chambre de Commerce et d'Industrie de La Réunion (CCIR), la Chambre des Métiers et de l'Artisanat, la Chambre d'Agriculture — et, en première ligne sur les sujets structurels, nos parlementaires : les députés et sénateurs de La Réunion, ainsi que notre député européen, dont le rôle est décisif pour obtenir les adaptations réglementaires européennes qu'exigent nos spécificités ultramarines.

- PARTIE 1 — TRES COURT TERME : L'URGENCE D'AUJOURD'HUI -

Proposition N°1 — Imposer un effort solidaire aux pétroliers et convoquer une table ronde d'urgence

La situation est grave. Elle exige une réaction immédiate. Le PACT demande que l'État convoque sans délai une table ronde réunissant l'ensemble des parties prenantes : Région, Département, AMDR, Grand Port Maritime, CCIR, Chambre des Métiers, Chambre d'Agriculture, CESER, pétroliers, et représentants des usagers.

Les pétroliers ont engrangé des surmarges considérables avec la flambée des cours mondiaux. Leur effort jusqu'ici — quelques centimes consentis sous pression médiatique — est dérisoire au regard des profits réalisés. La Région Réunion a elle-même estimé que leurs profits leur confèrent des marges de manœuvre suffisantes pour agir davantage. Le PACT va plus loin.

Nous demandons qu'au minimum 70 % des surmarges générées par la hausse des cours soient reversés sous forme de ristourne directe à la pompe, au bénéfice de l'ensemble des Réunionnais — pas seulement des professionnels. Les 30 % restants constituent la rémunération normale de l'activité. Nous ne demandons pas aux pétroliers d'être philanthropes. Nous leur demandons d'être responsables.

La Région a acté une réduction de 50 % des abonnements Car Jaune à partir du 1er mai 2026. C'est un premier signal positif que le PACT salue. Mais il doit aller de pair avec une action directe sur le prix à la pompe pour les milliers de Réunionnais qui n'ont pas accès aux transports en commun.

- PARTIE 2 — COURT TERME : REFORMER LE SYSTEME DE REGULATION -

Proposition N°2 — Instaurer un prix plafond absolu et refondre le dispositif de régulation

À La Réunion, le prix des carburants est fixé chaque mois par arrêté préfectoral, en fonction des cotations internationales et de la parité euro/dollar. Ce système de prix administrés est une exception précieuse qui déroge au principe général de liberté des prix et protège les consommateurs réunionnais. Contrairement à l'Hexagone, aucune TVA ni taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) n'est perçue sur notre territoire — c'est déjà une adaptation spécifique utile. Mais ce dispositif reste insuffisant : il suit les cours mondiaux à la hausse sans vrai filet de sécurité pour les ménages les plus vulnérables.

Le PACT propose d'y intégrer un mécanisme de prix plafond absolu — un « plafond-marteau » — au-delà duquel le prix à la pompe ne peut plus monter, quelles que soient les circonstances internationales. Nous proposons de fixer ce plafond à :
• Super sans-plomb SP95 : 1,65 € maximum par litre
• Gazole : 1,35 € maximum par litre
• Gaz domestique : un prix plafond mensuel à définir en concertation avec les acteurs concernés

Au-delà de ces seuils, un Fonds de Compensation Carburant prendrait en charge la différence. Ce fonds serait alimenté de trois façons complémentaires : une fraction des surmarges pétrolières prélevée lors des périodes de cours élevés ; une contribution publique de l'État et des collectivités ; et des cotisations versées par les Réunionnais eux-mêmes lors des périodes de cours bas — constituant ainsi une réserve pour les crises futures. Ce mécanisme de solidarité intertemporelle existe dans plusieurs territoires insulaires dans le monde. Il est pleinement applicable à La Réunion.

La mise en œuvre de cette réforme nécessite une révision du cadre réglementaire préfectoral actuel, une saisine du gouvernement pour adapter les textes du Code de l'énergie applicables à La Réunion, et l'implication active de nos députés, sénateurs et du député européen pour porter ces modifications au bon niveau de décision. L'ensemble des chambres consulaires et du CESER doit être associé à cette concertation.

- PARTIE 3 — MOYEN TERME : BRISER LE MONOPOLE ET ADAPTER LES REGLES -

Proposition N°3 — Créer un deuxième site de stockage des carburants

Aujourd'hui, la quasi-totalité des produits pétroliers importés à La Réunion transite par un seul et unique site de stockage, géré par la SRPP (Société Réunionnaise des Produits Pétroliers), localisé sur le territoire de l'Ouest, au sein du Grand Port Maritime. Ce monopole de fait est une anomalie structurelle majeure qui pèse directement sur les prix et fragilise la sécurité d'approvisionnement de toute l'île.

La démonstration en a été faite crûment en mars 2026 : 11,2 millions de litres de sans-plomb 95 déclarés non conformes ont dû être réexpédiés vers un navire, faute d'autre infrastructure de stockage disponible sur le territoire. Cette situation résume à elle seule l'absurdité de notre dépendance à un site unique. Et selon des rapports de la Haute Autorité de la concurrence et de l'Inspection générale des finances, les pétroliers engrangent à La Réunion un retour sur investissement de 40 %, contre 15 % dans l'Hexagone : un monopole aussi rentable n'a structurellement aucune raison de faire des efforts sur les prix.

Le PACT propose que la Région, en lien avec l'État, le Grand Port Maritime, la Ville du Port, la chambre de commerce et d’industrie de la Réunion, le Territoire de l'Ouest, et la CIREST — qui porte sous l’égide de jean Paul VIRAPOULLE depuis plusieurs années l'idée d'un port secondaire dans l'est de l'île — lancent conjointement une étude de faisabilité pour la création d'un second site de stockage des carburants. Ce site, idéalement dans l'est de l'île, pourrait être géré par une structure publique ou en délégation de service public. Deux sites, deux zones géographiques : une concurrence réelle, une sécurité renforcée, et une pression structurelle sur les marges aujourd'hui captées par un opérateur unique.

Proposition N°4 — Adapter la réglementation européenne à nos spécificités ultramarines

La Réunion est un département français et européen, mais elle est géographiquement au cœur de l'océan Indien, entourée de pays voisins comme l'île Maurice où le carburant est bien moins cher — car ces pays ne sont pas soumis aux normes européennes d'importation des hydrocarbures. Ces contraintes sont réelles, mais elles ne peuvent pas servir d'alibi permanent à l'inaction.

La France a déjà su adapter certaines règles à nos réalités : c'est le cas de la fiscalité sur les carburants, qui ne s'applique pas à La Réunion comme dans l’hexagone. La même logique doit maintenant s'étendre aux conditions d'approvisionnement, pour permettre d'explorer des sources régionales compétitives, sous réserve de garanties de qualité négociées.

Cette démarche de dérogation réglementaire doit être portée avec force auprès du gouvernement français et des instances européennes. C'est ici que le rôle de notre député européen, Mr OMARJEE, est déterminant : c'est à Bruxelles que se jouent une partie des règles qui nous enferment. Nos parlementaires nationaux — députés et sénateurs — ont également la responsabilité de défendre une adaptation du droit applicable aux territoires ultramarins insulaires les plus éloignés. La CCIR et les chambres consulaires, par leur expertise économique et leurs réseaux, doivent être des appuis actifs dans cette démarche. 

-  PARTIE 4 — LONG TERME : CONSTRUIRE NOTRE AUTONOMIE ENERGETIQUE -

Proposition N°5 — Lancer sans délai l'étude pour une filière biocarburant à base de canne à sucre réunionnaise

La Réunion possède une ressource unique, identitaire et profondément sous-exploitée dans sa dimension énergétique : la canne à sucre. Elle couvre près de 60 % des surfaces agricoles de l'île, dans plus de 24 000 hectares et 3 000 exploitations, représentant 14 000 emplois directs et indirects. Quand on arrive en avion à La Réunion, c'est elle qu'on voit en premier. La canne, c'est notre paysage, notre histoire, notre culture. Et si nous le décidons maintenant, c'est aussi notre avenir énergétique.

Cette filière est aujourd'hui menacée. Les industriels qui la faisaient vivre se désengagent progressivement de la transformation de la canne, laissant les planteurs dans une incertitude croissante. Si nous ne faisons rien, c'est un pan entier de notre identité réunionnaise, de nos paysages et de milliers d'emplois qui disparaîtront. Le PACT refuse que cela arrive par manque de vision politique.

L'héritage de Paul Vergès : GERRI, une vision abandonnée qu'il faut ressusciter

Cette vision d'une île autonome sur le plan énergétique, en s'appuyant sur ses propres ressources naturelles, n'est pas nouvelle. Elle a été portée avec ambition par Paul Vergès lorsqu'il présidait la Région Réunion. Son programme pour l'autonomie énergétique de l'île, bâti sur la valorisation complète de la canne à sucre — la bagasse pour l'électricité, la mélasse pour le bioéthanol —, était une feuille de route cohérente et pionnière. Le projet GERRI (Grenelle de l'Environnement à La Réunion, Réussir l'Innovation), lancé en 2008-2009, en portait l'ambition : faire de La Réunion un territoire d'excellence en matière d'énergie renouvelable, avec notamment la production de bioéthanol à partir de la canne à sucre.

Ce projet a été progressivement vidé de sa substance après les élections régionales de 2010, et l'autonomie énergétique que Paul Vergès voulait atteindre dès 2025 a été repoussée à 2030, puis oubliée. Des années précieuses ont été perdues. Aujourd'hui, la crise que nous vivons démontre, une fois de plus, que cette vision était juste.

Le PACT rend hommage à cette vision et propose de la remettre au cœur de l'action publique réunionnaise. Ce que Paul Vergès avait tracé, nous avons la responsabilité de le construire.

La technologie est là. La ressource est là. Il manque la décision.

La distillerie Rivière du Mât produit déjà du bioéthanol à partir des surplus de mélasse de la canne. En 2019, Albioma a mis en service à Saint-Pierre la première centrale électrique au monde fonctionnant principalement au bioéthanol de canne à sucre. Dans l'Hexagone, le bioéthanol carburant E85 est disponible dans plus de 2 500 stations-service à environ 0,70 € le litre — contre près de 2 € pour le super à La Réunion aujourd'hui. L'écart parle de lui-même.

Le potentiel est réel. La Réunion produit environ 200 000 tonnes de sucre de canne par an, générant des volumes de mélasse qui pourraient alimenter une filière bioéthanol-carburant ambitieuse. Un carburant local, produit ici, par des Réunionnais, pour des Réunionnais, à un prix maîtrisé et stable. C'est possible.

L'urgence : lancer l'étude de faisabilité sans délai

Si la filière biocarburant est un projet de long terme dans sa réalisation industrielle, l'étude de faisabilité, elle, doit être lancée immédiatement. Chaque mois de retard est une occasion manquée de préparer l'avenir. Le PACT demande que la Région Réunion, en tant que collectivité cheffe de file en matière de développement économique et d'énergie, prenne la maîtrise d'ouvrage de cette étude et la lance sans attendre.

Cette étude devra couvrir au minimum les volets suivants :
• Évaluation des volumes de canne et de mélasse mobilisables sans déstabiliser les filières sucre et rhum existantes
• Faisabilité technique et économique d'une unité de production de bioéthanol carburant E85 à La Réunion
•  Modèle économique et financier : investissements nécessaires, coût de production prévisionnel, prix de vente cible pour les Réunionnais
• Impact sur la filière canne : nombre d'emplois créés ou consolidés, revenus pour les planteurs, dynamique territoriale
• Réseau de distribution : adaptation des stations-service existantes pour la commercialisation du E85
•  Cadre réglementaire applicable : dérogations éventuelles à solliciter auprès de l'État et de l'Union européenne

La Chambre d'Agriculture, les représentants des planteurs, la CCIR, le CESER et les industriels concernés devront être associés dès le départ à la définition du cahier des charges. Il s'agit d'un projet de territoire, pas d'un dossier technocratique.

Relancer la filière canne autour du biocarburant, c'est bien plus qu'une réponse à la crise des prix à la pompe. C'est préserver les paysages que chaque Réunionnais reconnaît comme les siens. C'est sauvegarder une agriculture identitaire menacée. C'est créer des emplois locaux, non délocalisables, dans toutes les zones de production cannière. C'est enfin construire, brique par brique, l'autonomie énergétique que notre île mérite et dont elle a besoin pour ne plus jamais être à la merci des crises pétrolières mondiales.

- CONCLUSION — UN APPEL A LA RESPONSABILITE COLLECTIVE -

Ces cinq propositions forment un tout cohérent. De l'urgence immédiate à la transformation structurelle de long terme, elles partagent un fil conducteur unique : remettre les intérêts de tous les Réunionnais au centre des décisions qui les concernent.

Il ne s'agit pas ici de désigner des responsables ou d'alimenter des polémiques stériles. Il s'agit de construire ensemble des solutions durables. Chaque acteur a sa part à jouer : l'État dans le cadre réglementaire et les arbitrages nationaux ; la Région dans le portage des grands projets structurants et le lancement immédiat des études ; le Département et l'AMDR dans l'accompagnement des communes et des ménages les plus vulnérables ; le Grand Port Maritime dans la modernisation des infrastructures d'approvisionnement ; les chambres consulaires et le CESER dans la mobilisation et la représentation du tissu économique et de la société civile ; nos parlementaires nationaux dans la défense de dérogations législatives adaptées à nos spécificités ; notre député européen dans le plaidoyer à Bruxelles pour une reconnaissance de la singularité des territoires ultramarins insulaires ; et enfin les pétroliers, dans l'effort de solidarité qui leur incombe face à une population qu'ils approvisionnent et dont ils dépendent.

« Assez de subir. La Réunion a les atouts, les ressources humaines et naturelles, et le peuple résilient qu'il faut pour bâtir son avenir énergétique. Ce que Paul Vergès avait visé, ce que la crise d'aujourd'hui rend plus urgent que jamais, nous pouvons le construire. Mais cela exige que tous les acteurs se lèvent maintenant, ensemble, avec la seule ambition qui vaille : celle de servir l'intérêt de toutes les Réunionnaises et de tous les Réunionnais, sans exception. »  — Thierry Robert, Président du PACT

Le PACT se tient disponible pour rencontrer l'ensemble des acteurs institutionnels, économiques et de la société civile afin de travailler collectivement à la concrétisation de ces propositions. 

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