Tribune libre de Kévin Lognoné

Horloges : la Grande Rue des Stuarts de Cape Town à Zanzibar

  • Publié le 14 janvier 2026 à 13:01
  • Actualisé le 14 janvier 2026 à 13:05
Horloges : la Grande Rue des Stuarts de Cape Town à Zanzibar

En si ce début d'année, on parlait de projets qui durent bien plus qu’un hiver ? Comme ceux d’une horloge philosOEUFique qui conserve avec précision et dextérité l’aspect intangible de la mesure du temps. Ici, pas de modèle standardisé. Chaque projet est unique, fortement intégré, exposé, et pensé pour plusieurs décennies d’exploitation technique, scientifique, intellectuelle et philosophique.

Imaginer un film d’animation sur l’horlogerie en relation avec l’Afrique pourrait paraître surprenant. Pourtant, la tour de l’horloge (Clock Tower) qui fut posée en 1882 sur les quais du Victoria & Alfred Waterfront et qui servait de bureau au capitaine du port de Cape Town, est devenue un symbole marquant de l'histoire maritime de la ville qui fut le plus ancien port en activité de l'hémisphère sud.

Avec la Montagne de la Table (Table Mountain) en toile de fond. Il était prévu que l'ancien transatlantique Queen Elizabeth 2 de la Cunard Line serait dorénavant mouillé, à l'occasion notamment de la Coupe du monde de football 2010, à proximité du Victoria & Alfred Waterfront comme hôtel flottant en tant que projet de la compagnie Dubai World.

Une autre horloge rouge célèbre est celle de l'Hôtel de Ville (City Hall), restaurée récemment, située sur un balcon où Nelson Mandela a prononcé son premier discours en tant qu'homme libre.

On pense aussi à d’autres édifices majestueux qui captent encore aujourd’hui la mesure du temps.

Comme le palais des merveilles (House of Wonders) des sultans de l’archipel de Zanzibar. Son horloge emblématique située sur le clocher de ce monument historique, le plus grand et le plus haut de la vieille ville, face aux jardins Forodhani, illustre combien le patrimoine horloger accompagne cette architecture distinctive. Celle d’un palais, construit par un sultan, où le temps ne s’arrête jamais car point de repère majeur de l'archipel, reflétant l'histoire swahili, perse et arabe de Zanzibar.

Mais au fond le style gothique de la tour de l’horloge (Clock Tower) du Victoria & Alfred Waterfront de Cape Town reste une vigie bien singulière en Afrique australe. Un monument inspiré par l’Europe gothique des cathédrales comme la cathédrale Saint-Samson de Dol-de-Bretagne, édifice gothique remarquable avec ses vitraux du XIIIe siècle et surtout ses deux puits intérieurs et extérieurs reliés par un souterrain qui alimentent toujours une source, témoignage de son passé médiéval et de ses traditions locales. Mais de quelle façon ?

L’horloge du Victoria & Alfred Waterfront de Cape Town a été fabriquée en Ecosse, terre jacobite des Stuarts. Rappelons que les Stuarts ont donné leur nom à une dynastie de souverains qui régnèrent sur l’Écosse entre 1371 et 1714 ainsi que sur l’Angleterre, l’Irlande et le Pays de Galles de 1603 à 1714. Le fondateur de cette maison, Walter, était l’arrière-petit-fils d’Alain Dapifer, sénéchal de Dol-de-Bretagne, noble breton et combattant de la bataille d’Hastings (1066). Walter Fitzalan (nom anglicisé de Fils-Alain ou Fitz-Alain), sert le roi David ler d’Écosse (1124-1153) puis devient grand sénéchal royal (Stewart of Scotland: doyen et chef des serviteurs au service du roi). À sa mort, en 1177, le titre de Stewart passe de père en fils et peu à peu devient un nom de famille qui est francisé en Stuart.

Les Avatars de la Grande Rue des Stuarts représentent une œuvre historique et philosophique que le réalisateur Frank Cidic Mboumi a choisie d’emprunter en portant à l’écran une histoire symbolique mais aussi un chemin très ésotérique : celui qui relie les hommes, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs.

Comment traduire la mécanique des horloges dans un langage universel ? Comment unir la rigueur de l’acier et la chaleur du bois de l’Afrique de chez nous ?

Frank Cidic Mboumi prépare un projet de court-métrage, film d’animation : les Avatars de la Grande Rue des Stuarts. Mais qui est précisément ce profil si créatif, attiré par la complexité, l’architecture d’ensemble et les projets qui ont du sens ?

Né à Garoua, oasis d’acacias au cœur des savanes sahéliennes et des plantations de la brousse, Frank Cidic Mboumi est un réalisateur cinéaste d’origine camerounaise, surnommé "le Roi Sculpteur". Dans sa jeunesse au cœur de la capitale de la région du Nord du Cameroun et chef-lieu du département de la Bénoué, il nourrit très tôt une passion profonde pour les arts visuels, particulièrement pour la bande dessinée et le cinéma d’animation.

Formé aux Beaux-Arts de Foumban considérée comme la Cité des arts où se consolidera un système d'alphabet (A-Ka-Ou-Kou) et une langue appelée [Shü-Mom], c’est probablement les terres de ce sultanat qui lui ont donné sa première révélation de la couleur, Foumban étant la capitale historique du royaume des sultans Bamouns.

Le Musée de Foumban raconte l'histoire de l'un des plus anciens royaumes de l'Afrique subsaharienne, au travers de plus de trois mille objets d'art et pièces historiques de la culture bamoun, dont certains vieux de plus de six cents ans. Autour du musée, les artisans fabriquent et vendent une grande variété de pièces d'art qui va de l'imitation d'objets historiques à des créations modernes.

Le parcours nomade de Frank Cidic Mboumi l’amène ensuite à se diriger vers la capitale aux sept collines, Yaoundé, future Tel Aviv de l’Afrique. A l’Institut de Formation de Conservation du Patrimoine Audiovisuel (IFCPA) de la Cameroun Radio Télévision (CRTV), il s’engage pleinement dans la création visuelle et narrative.

En 2019, il travaille sur Zoukoulou aux côtés de l’Institut Goethe du Cameroun (qui fut une ancienne colonie allemande de 1884 jusqu'à la Première Guerre mondiale). Il se rapproche de nouveau de l’Institut de Formation de Conservation du Patrimoine Audiovisuel (IFCPA), puis signe la création des concept arts de Mboa Matanda, tout en y intervenant comme character designer. Il poursuit son parcours sur le film gabonais Young is Last Days et sur la séquence animée du documentaire congolais Les Révolutionnaires.

En 2021, il réalise son premier court métrage d’animation, La Vie en Prose, sélectionné dans plusieurs festivals internationaux et couronné du Prix du Meilleur Scénario aux Journées du Jeune Cinéaste (JJC), ainsi que d’une Mention Spéciale Animation au 39e Festival Vues d’Afrique à Montréal. Plus récemment, il participe en tant que background designer au long métrage d’animation camerounais La Grotte Sacrée, réalisé par Cyrille Masso et Daniel Minlo, sélectionné au Festival d’Annecy.

Entre création et transmission, il œuvre également comme Lead Graphic Designer, notamment pour la campagne de communication du NASA Space Apps Challenge 2024, et accompagne les jeunes enfants dans leur éveil créatif en collaboration avec plusieurs ONG internationales.

En 2025, après onze années de persévérance, il dévoile La Voie des Masques, une bande dessinée qui résume un parcours guidé par la discipline, la rigueur, et son profond amour pour l’image et l’écriture.

Son prochain défi sera : les Avatars de la Grande Rue des Stuarts. Où souhaitons qu’il participe au renouvellement de la thématique des borders studies. Excellente année 2026 pour explorer de nouveaux projets de frontière intelligente !

Kevin Lognoné

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