En cette Journée mondiale de la diversité écologique, cessons les commémorations hypocrites et les lamentations stériles. Il est temps de poser un diagnostic lucide et profondément politique : le vivant n'est pas un décor, il est notre chair. Nous ne protégeons pas la nature "extérieure" ; nous défendons les conditions mêmes de notre survie.
Les chiffres de la science ne mentent plus le taux d'extinction actuel est des dizaines à des centaines de fois supérieur à la moyenne des 10 derniers millions d'années. Nous vivons, en direct, la sixième extinction de masse. À l'échelle planétaire, 1 million d'espèces animales et végétales sont aujourd'hui menacées de disparition à court terme. Détruire les écosystèmes, c’est planifier notre propre fin : il faut désormais les ressources de 1,6 planète Terre pour soutenir nos rythmes de consommation et de prédation.
De la régulation du climat à la pureté de l'eau, la biodiversité est le socle de toute dignité humaine. Le concept One Health (Une seule santé) rappelle une évidence vitale : alors que 60% des infections humaines sont d’origine animale, la destruction des espaces sauvages brise les barrières sanitaires naturelles et nous expose aux pires crises pandémiques.
Pourtant, le constat est sanglant. La biodiversité subit une guerre de basse intensité menée par un capitalisme prédateur, obsédé par le profit immédiat. 75% de la surface terrestre a été profondément altérée par l'action humaine, et 85% des zones humides mondiales ont déjà été rayées de la carte.
Au sommet de l’État, le cynisme a remplacé la gouvernance. Le gouvernement français, marchant main dans la main avec l’extrême droite, orchestre un sabotage en règle de nos défenses écologiques. Le détricotage des normes, le pillage programmé des zones humides, le démantèlement des budgets de l’ADEME et les régressions scélérates de la loi Duplomb I et II ne sont pas des erreurs de parcours : ce sont des volontés politiques claires d’affaiblir le droit des populations à une bonne vie !
La Réunion : Un effondrement silencieux face auquel le peuple se dresse
À La Réunion, la réalité de notre territoire est alarmante : 30% de la flore réunionnaise et 22% de notre faune sont d'ores et déjà en voie de disparition ou éteintes. Plus d'un tiers des espèces d'oiseaux indigènes ont définitivement disparu de notre ciel depuis l'arrivée de l'homme. Nos écosystèmes uniques subissent l'assaut de près de 150 plantes exotiques envahissantes qui étouffent nos forêts de bois de couleur, tandis que nos récifs coralliens se meurent.
Face à cette faillite des institutions, qui tiendrait encore debout sans le rempart du monde associatif et la ferveur citoyenne ? Ce sont les bénévoles, les militants, les collectifs locaux qui, chaque jour, suppléent l'incurie des pouvoirs publics. Ce sont eux qui nettoient nos plages, luttent pied à pied contre les chantiers écocidaires, replantent nos espèces indigènes, défendent nos dernières zones humides et éveillent les consciences. Cette force citoyenne n'est plus seulement une force de proposition : elle est devenue le garant de notre patrimoine commun.
Nous n'appelons plus à la "sensibilisation", mais à la résistance écologique, populaire et associative. Nous devons faire bloc pour fabriquer et amplifier des actions favorables au vivant :
- Décréter le stop-béton : Freiner et verrouiller de force l’étalement urbain ;
- Libérer la terre : Désimperméabiliser massivement les sols et restaurer les continuités écologiques et adapter la démarche de Commune-éponge ;
- Sanctuariser les espaces critiques : Protéger de manière absolue les zones humides, les littoraux, nos forêts et nos espaces agricoles via les plans locaux d’urbanisme et les Obligations Réelles
Environnementales ;
- Réduire drastiquement les pollutions chimiques, lumineuses et sonores, et basculer massivement vers l'agriculture biologique ;
- Soutenir massivement les actions pro-vivants : Donner les moyens juridiques et financiers aux défenseurs du terrain pour mener la guerre contre les espèces invasives et restaurer les milieux.
La biodiversité n’est pas une variable d’ajustement budgétaire. Elle est notre assurance-vie collective, notre droit le plus fondamental à l’avenir.
L’espoir est dans la rupture et l'action collective
Mais ce tableau sombre porte en lui les germes de la bascule. Si l'effondrement est systémique, la riposte le sera aussi. L’espoir ne viendra pas d’en haut, il naît déjà de notre résistance citoyenne et collective.
Partout, sur chaque territoire, dans chaque quartier de notre île, la colère se transforme en engagement associatif, le refus se transforme en projet d'avenir.
Les mobilisations citoyennes qui se lèvent ne sont plus de petits gestes isolés : elles sont les premières lignes de front d'une révolution écologique globale. Nous sommes les plus nombreux. Nous avons pour nous la légitimité du vivant, la force du tissu associatif, la rigueur de la science et l'exigence de la justice sociale.
En brisant les logiques productivistes, en unissant nos voix et nos bras, nous avons le pouvoir historique de bifurquer.
Nous ne sommes pas condamnés à assister à la fin du monde ; nous sommes la force vive qui va bâtir le monde d'après.
